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    <title>Malebranche on Superphysics</title>
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    <description>Recent content in Malebranche on Superphysics</description>
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      <title></title>
      <link>https://www.superphysics.org/research/malebranche/search/book-4/chapter-01/</link>
      <pubDate>Mon, 01 Jan 0001 00:00:00 +0000</pubDate>
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      <description>&lt;p&gt;LIVRE QUATRIÈME.&#xA;DES INCLINATIONS, OU DES MOUVEMENTS NATURELS DE L’ESPRIT.&#xA;CHAPITRE PREMIER.&lt;/p&gt;&#xA;&lt;p&gt;I. Les esprits doivent avoir des inclinations, comme les corps ont des mouvements. —&#xA;II. Dieu ne donne aux esprits du mouvement que pour lui. — III. Les esprits ne&#xA;se portent aux biens particuliers que par le mouvement qu’ils ont pour le bien en&#xA;général. — IV. Origine des principales inclinations naturelles, qui feront la division&#xA;de ce quatrième livre.&lt;/p&gt;</description>
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      <title></title>
      <link>https://www.superphysics.org/research/malebranche/search/book-4/chapter-02/</link>
      <pubDate>Mon, 01 Jan 0001 00:00:00 +0000</pubDate>
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      <description>&lt;p&gt;CHAPITRE II.&lt;/p&gt;&#xA;&lt;p&gt;I. L’inclination pour le bien en général est le principe de d’inquiétude de notre volonté.&#xA;— II. Et par conséquent de notre peu d’application et de notre ignorance. — III.&#xA;Premier exemple, la morale peu connue du commun des hommes. — IV. Second&#xA;exemple, l’immortalité de l’âme contestée par quelques personnes. — V. Que&#xA;notre ignorance est extrême à l’égard des choses arbitraires, ou qui n’ont guère&#xA;de rapport à nous.&lt;/p&gt;</description>
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      <title></title>
      <link>https://www.superphysics.org/research/malebranche/search/book-4/chapter-03/</link>
      <pubDate>Mon, 01 Jan 0001 00:00:00 +0000</pubDate>
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      <description>&lt;p&gt;CHAPITRE III.&lt;/p&gt;&#xA;&lt;p&gt;I. La curiosité est naturelle et nécessaire. — II. Trois règles pour la modérer. — III.&#xA;Explication de la première de ces règles.&#xA;I. Tant que les hommes auront de l’inclination pour un bien qui&#xA;surpasse leurs forces et qu’ils ne le posséderont pas, ils auront&#xA;toujours une secrète inclination pour tout ce qui porte le caractère&#xA;du nouveau et de l’extraordinaire ; ils courront sans cesse après&#xA;les choses qu’ils n’auront point encore considérées, dans&#xA;l’espérance d’y trouver ce qu’ils cherchent, et, leurs esprits ne&#xA;pouvant se satisfaire entièrement que par la vue de celui pour qui&#xA;ils sont faits, ils seront toujours dans l’inquiétude et dans&#xA;l&amp;rsquo;agitation jusqu’à ce qu’il leur paraisse dans sa gloire.&#xA;Cette disposition des esprits est sans doute très-conforme à&#xA;leur état, car il vaut infiniment mieux chercher avec inquiétude la&#xA;vérité et le bonheur qu’on ne possède pas, que de demeurer dans&#xA;un faux repos en se contentant du mensonge et des faux biens dont&#xA;on se repaît ordinairement. Les hommes ne doivent pas être&#xA;insensibles à la vérité et à leur bonheur ; le nouveau et&#xA;l’extraordinaire les doit donc réveiller, et il y a une curiosité qui&#xA;leur doit être permise ou plutôt qui leur doit être recommandée.&#xA;Ainsi les choses communes et ordinaires ne renfermant pas le&#xA;vrai bien et les opinions anciennœ des philosophes étant trèsincertaines, il est juste que nous soyons curieux pour les&#xA;nouvelles découvertes, et toujours inquiets dans la jouissance des&#xA;biens ordinaires.&lt;/p&gt;</description>
    </item>
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      <title></title>
      <link>https://www.superphysics.org/research/malebranche/search/book-4/chapter-04/</link>
      <pubDate>Mon, 01 Jan 0001 00:00:00 +0000</pubDate>
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      <description>&lt;p&gt;CHAPITRE IV.&#xA;Continuation du même sujet. — I. Explication de la seconde règle de la curiosité. — II.&#xA;Explication de la troisième.&lt;/p&gt;&#xA;&lt;p&gt;I. La seconde règle que l’on doit observer, c’est que la&#xA;nouveauté ne doit jamais nous servir de raison pour croire que&#xA;les choses sont véritables. Nous avons déjà dit plusieurs fois que&#xA;les hommes ne doivent pas se reposer dans l’erreur et dans les&#xA;faux biens dont ils jouissent ; qu’il est juste qu’ils cherchent&#xA;l’évidence de la vérité et le vrai bien qu’ils ne possèdent pas, et&#xA;par conséquent qu’ils se portent aux choses qui leur sont&#xA;nouvelles et extraordinaires ; mais ils ne doivent pas pour cela&#xA;toujours s’y attacher ni croire, par légèreté d’esprit, que les&#xA;opinions nouvelles sont vraies à cause qu’elles sont nouvelles, et&#xA;que des biens sont véritables parce qu’ils n’en ont point encore&#xA;joui. La nouveauté les doit seulement pousser à examiner avec&#xA;soin les choses nouvelles ; ils ne les doivent pas mépriser,&#xA;puisqu’ils ne les connaissent pas, ni croire aussi témérairement&#xA;qu’elles renferment ce qu’ils souhaitent et ce qu’ils espèrent.&#xA;Mais voici ce qui arrive assez souvent. Les hommes, après&#xA;avoir examiné les opinions anciennes et communes, n’y ont point&#xA;reconnu la lumière de la vérité. Après avoir goûté les biens&#xA;ordinaires, ils n’y ont point trouvé le plaisir solide qui doit&#xA;accompagner la possession du bien ; leurs désirs et leurs&#xA;empressements ne se sont donc point apaisés par les opinions et&#xA;494&#xA;les biens ordinaires. Si donc on leur parle de quelque chose de&#xA;nouveau et d’extraordinaire, l’idée de la nouveauté leur fait&#xA;d’abord espérer que c’est justement ce qu’ils cherchent ; et parce&#xA;qu’on se flatte ordinairement et qu’on croit volontiers que les&#xA;choses sont comme on souhaite qu’elles soient, leurs espérances&#xA;se fortifient à proportion que leurs désirs s’augmentent, et enfin&#xA;elles se changent insensiblement en des assurances imaginaires.&#xA;Ils attachent ensuite si fortement l’idée de la nouveauté avec&#xA;l’idée de la vérité, que l’une ne se représente jamais sans&#xA;l’autre ; et ce qui est plus nouveau leur parait toujours plus vrai&#xA;et meilleur que ce qui est plus ordinaire et plus commun ; bien&#xA;différents en cela de quelques-uns, qui, ayant joint par aversion&#xA;pour les hérésies l’idée de la nouveauté avec celle de la fausseté,&#xA;s’imaginent que toutes les opinions nouvelles sont fausses et&#xA;qu’elles renferment quelque chose de dangereux.&#xA;On peut donc dire que cette disposition ordinaire de l’esprit et&#xA;du cœur des hommes à l’égard de tout ce qui porte le caractère&#xA;de la nouveauté, est une des causes les plus générales de leurs&#xA;erreurs, car elle ne les conduit presque jamais à la vérité.&#xA;Lorsqu’elle les y conduit, ce n’est que par hasard et par bonheur ;&#xA;et enfin elle les détourne toujours de leur véritable bien en les&#xA;arrêtant dans cette multiplicité de divertissements et de faux&#xA;biens dont le monde est rempli ; ce qui est l’erreur la plus&#xA;dangereuse dans laquelle on puisse tomber.&#xA;II. La troisième règle contre les désirs excessifs de la&#xA;nouveauté est que, lorsque nous sommes assurés d’ailleurs que&#xA;des vérités sont si cachées qu’il est moralement impossible de&#xA;les découvrir, et que les biens sont si petits et si minces qu’ils ne&#xA;peuvent nous rendre heureux, nous ne devons pas nous laisser&#xA;495&#xA;exciter par la nouveauté qui s’y rencontre.&#xA;Tout le monde peut savoir par la foi, par la raison et par&#xA;l’expérience, que tous les biens créés ne peuvent pas remplir la&#xA;capacité infinie de la volonté. La foi nous apprend que toutes les&#xA;choses du monde ne sont que vanité, et que notre bonheur ne&#xA;consiste pas dans les honneurs ni dans les richesses. La raison&#xA;nous assure que, puisqu’il n’est pas en notre pouvoir de borner&#xA;nos désirs et que nous sommes portés par une inclination&#xA;naturelle à aimer tous les biens, nous ne pouvons devenir heureux&#xA;qu’en possédant celui qui les renferme tous. Notre propre&#xA;expérience nous fait sentir que nous ne sommes pas heureux dans&#xA;la possession des biens dont nous jouissons, puisque nous en&#xA;souhaitons encore d’autres. Enfin nous voyons tous les jours que&#xA;les grands biens dont les princes et les rois même les plus&#xA;puissants jouissent sur la terre, ne sont pas encore capables de&#xA;contenter leurs désirs ; qu’ils ont même plus d’inquiétudes et de&#xA;déplaisirs que les autres ; et qu’étant pour ainsi dire au haut de la&#xA;roue de la fortune, ils doivent être infiniment plus agités et plus&#xA;secoués par son mouvement que ceux qui sont au-dessous et plus&#xA;proche du centre. Car enfin ils ne tombent jamais que du haut ; ils&#xA;ne reçoivent jamais que de grandes blessures ; et toute cette&#xA;grandeur qui les accompagne et qu’ils attachent à leur être propre&#xA;ne fait que les grossir et les étendre, afin qu’ils soient capables&#xA;d’un plus grand nombre de blessures et plus exposés aux coups&#xA;de la fortune.&#xA;La foi donc, la raison et l’expérience, nous convaincant que les&#xA;biens et les plaisirs de la terre, desquels nous n’avons point&#xA;encore goûté, ne nous rendraient pas heureux quand nous les&#xA;posséderions, nous devons bien prendre garde, selon cette troisième règle, à ne pas nous laisser sottement flatter d’une folle&#xA;espérance de bonheur, laquelle s’augmentant peu à peu à&#xA;proportion de notre passion et de nos désirs, se changerait à la&#xA;fin en une fausse assurance. Car lorsqu’on est extrêmement&#xA;passionné pour quelque bien on se l&amp;rsquo;imagine toujours très-grand&#xA;et l’on se persuade même insensiblement que l’on sera heureux&#xA;quand on le possédera.&lt;/p&gt;</description>
    </item>
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      <title></title>
      <link>https://www.superphysics.org/research/malebranche/search/book-4/chapter-05/</link>
      <pubDate>Mon, 01 Jan 0001 00:00:00 +0000</pubDate>
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      <description>&lt;p&gt;CHAPITRE V.&lt;/p&gt;&#xA;&lt;p&gt;I. De la seconde inclination naturelle ou de l’amour-propre. — II. Il se divise en l’amour&#xA;de l’être et du bien-être, ou de la grandeur et du plaisir.&#xA;l. La seconde inclination que l’auteur de la nature imprime&#xA;sans cesse dans notre volonté, c’est l’amour de nous-mêmes et de&#xA;notre propre conservation.&#xA;499&#xA;Nous avons déjà dit que Dieu aime tous ses ouvrages, que&#xA;c’est l’amour seul qu’il a pour eux qui les conserve, et qu’il veut&#xA;que tous les esprits créés aient les mêmes inclinations que lui. Il&#xA;veut donc qu’ils aient tous une inclination naturelle pour leur&#xA;conservation et pour leur bonheur, ou qu’ils s’alment eux-mêmes.&#xA;Cependant il n’est pas juste de mettre sa dernière fin dans soimême, et de ne se pas aimer par rapport à Dieu ; puisqu’en effet&#xA;n&amp;rsquo;ayant de nous-mêmes aucune bonté ni aucune substance, n&amp;rsquo;ayant&#xA;aucun pouvoir de nous rendre heureux et parfait, nous ne devons&#xA;nous aimer que par rapport à Dieu, qui seul peut être notre&#xA;souverain bien&#xA;[6]&#xA;.&#xA;Si la foi et la raison nous apprennent qu’il n’y a que Dieu qui&#xA;soit le souverain bien, et que lui seul peut nous combler de&#xA;plaisirs, nous concevons facilement qu’il faut donc l’aimer, et&#xA;nous nous y portons avec assez de facilité ; mais sans grâce, c’est&#xA;toujours imparfaitement et par amour-propre que nous l’aimons,&#xA;je veux dire par un amour-propre injuste et déréglé. Car, quoique&#xA;nous l’aimions peut-être comme ayant la puissance de nous&#xA;rendre heureux, nous ne l’aimons pas comme souveraine justice,&#xA;nous ne l’aimons pas tel qu’il est. Nous l’aimons comme un Dieu&#xA;humainement dóbonnaire et accommodant, et nous ne voulons&#xA;point nous accommoder à sa loi, à l’ordre immuable de ses&#xA;divines perfections. La charité toute pure est si au-dessus de nos&#xA;forces, que tantsans faut que nous puissions aimer Dieu pour luimême, ou tel qu’il est en lui-même, que la raison humaine ne&#xA;comprend pas facilement que l’on puisse aimer autrement que par&#xA;rapport à soi, et avoir d’autre dernière fin que sa propre&#xA;satisfaction.&#xA;II. L’amour-propre se peut diviser en deux espèces, savoir : en&#xA;500&#xA;l’amour de la grandeur et en l’amour du plaisir ; ou bien en&#xA;l’amour de son être et de la perfection de son être, et en l’amour&#xA;de son bien-être ou de la félicité.&#xA;Par l’amour de la grandeur nous affectons la puissance,&#xA;l’élévation, l’indépendance, et que notre être subsiste par luimême. Nous désirons en quelque manière d’avoir l’être&#xA;nécessaire : nous voulons en un sens être comme des dieux. Car&#xA;il n’y a que Dieu qui ait proprement l’être, et qui existe&#xA;nécessairement, puisque tout ce qui est dépendant n’existe que&#xA;par la volonté de celui dont il dépend. Les hommes donc,&#xA;souhaitant la nécessité de leur être, souhaitent aussi la puissance&#xA;et l’indépendance qui les mettent à couvert de la puissance des&#xA;autres. Mais par l’amour du plaisir ils désirent non pas&#xA;simplement l’être, mais le bien-être, puisque le plaisir est la&#xA;manière d’être qui est la meilleure et la plus agréable à l’àme : je&#xA;dis le plaisir précisément, en tant que plaisir. De sorte que si l’on&#xA;prend le plaisir en général, en tant qu’il contient les plaisirs&#xA;raisonnables, aussi bien que les sensibles, il me paraît certain&#xA;que c’est le principe ou le motif unique de l’amour naturel, ou de&#xA;tous les mouvements de l’âme vers quelque bien que ce puisse&#xA;être, car on ne peut aimer que ce qui plaît. Si les bienheureux&#xA;aiment les perfections divines, Dieu tel qu’il est, c”est que la vue&#xA;de ces perfections leur plait. Car l’homme étant fait pour&#xA;connaître et aimer Dieu, il fallait que la vue de tout ce qui est&#xA;parfait nous fit plaisir.&#xA;Il faut remarquer que la grandeur, l’excellence et&#xA;l’indépendance de la créature ne sont pas des manières d’être qui&#xA;la rendent plus heureuse par elles-mêmes, puisqu’il arrive&#xA;souvent qu’on devient misérable à mesure qu’on s’agrandit. Mais&#xA;501&#xA;pour le plaisir, c’est une manière d’être que nous ne saurions&#xA;recevoir actuellement sans devenir actuellement plus heureux, je&#xA;ne dis pas solidement heureux. La grandeur et l’indépendance le&#xA;plus souvent ne sont point en nous, et elles ne consistent&#xA;d’ordinaire que dans le rapport que nous avons avec les choses&#xA;qui nous environnent. Mais les plaisirs sont dans l’âme même, et&#xA;ils en sont des manières réelles qui la modifient, et qui par leur&#xA;propre nature sont capables de la contenter. Ainsi nous regardons&#xA;l’excellence, la grandeur et l’indépendance comme des choses&#xA;propres pour la conservation de notre être, et même quelquefois&#xA;comme fort utiles selon l’ordre de la nature pour la conservation&#xA;du bien-être ; mais le plaisir est toujours la manière d’être de&#xA;l’esprit, qui par elle-même le rend heureux, et s’il est solide le&#xA;rend parfaitement content, de sorte que le plaisir est le bien-être,&#xA;et l’amour du plaisir l’amour du bien-être.&#xA;Or cet amour du bien-être est plus fort en nous que l’amour de&#xA;l’être ; et l’amour-propre nous fait désirer quelquefois le nonêtre, parce que nous n’avons pas le bien-être. Cela arrive à tous&#xA;les damnés, auxquels il serait meilleur, selon la parole de JésusChrist, de n’être point que d’être aussi mal qu’ils sont ; parce que&#xA;ces malheureux étant ennemis déclarés de celui qui renferme en&#xA;lui-même toute la bonté, et qui est la cause seule des plaisirs et&#xA;des douleurs que nous sommes capables de sentir, il n’est pas&#xA;possible qu’ils jouissent de quelque satisfaction. ils sont et ils&#xA;seront éternellement misérables, parce que leur volonté sera&#xA;toujours dans la même disposition et dans le même dérèglement.&#xA;L’amour de soi-même renferme donc deux amours : l’amour de la&#xA;grandeur, de la puissance, de l’indépendance et généralement de&#xA;toutes les choses qui nous paraissent propres pour la&#xA;conservation de notre être ; et l’amour du plaisir et de toutes les choses qui nous sont nécessaires pour être bien, c’està-dire pour&#xA;être heureux et contents.&lt;/p&gt;</description>
    </item>
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      <title></title>
      <link>https://www.superphysics.org/research/malebranche/search/book-4/chapter-06/</link>
      <pubDate>Mon, 01 Jan 0001 00:00:00 +0000</pubDate>
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      <description>&lt;p&gt;CHAPITRE VI.&lt;/p&gt;&#xA;&lt;p&gt;I. De l’inclination que nous avons pour tout ce qui nous élève au-dessus des autres. —&lt;/p&gt;&#xA;&lt;p&gt;II. Des faux jugements de quelques personnes de piété. — III. Des faux&#xA;jugements des superstitieux et des hypocrites. — IV. De Voët, ennemi de M.&#xA;Descartes.&#xA;I. Toutes les choses qui nous donnent une certaine élévation&#xA;au-dessus des autres ; en nous rendant plus parfaits, comme la&#xA;science et la vertu, ou bien qui nous donnent quelque autorité sur eux, en nous rendant plus puissants, comme les dignités et les&#xA;richesses, semblent nous rendre en quelque sorte indépendants.&lt;/p&gt;</description>
    </item>
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      <title></title>
      <link>https://www.superphysics.org/research/malebranche/search/book-4/chapter-07/</link>
      <pubDate>Mon, 01 Jan 0001 00:00:00 +0000</pubDate>
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      <description>&lt;p&gt;CHAPITRE VII.&#xA;Du désir de la science, et des jugements des faux savants.&lt;/p&gt;&#xA;&lt;p&gt;L’esprit de l’homme a sans doute fort peu de capacité et&#xA;d’étendue, et cependant il n’y a rien qu’il ne souhaite de savoir ;&#xA;toutes les sciences humaines ne peuvent contenter ses désirs, et&#xA;sa capacité est si étroite qu’il ne peut comprendre parfaitement&#xA;une seule science particulière. Il est continuellement agité, et il&#xA;désire toujours de savoir, soit parce qu’il espère trouver ce qu’il&#xA;cherche, comme nous avons dit dans les chapitres précédents,&#xA;soit parce qu’il se persuade que son âme et son esprit&#xA;s’agrandissent par la vaine possession de quelques&#xA;connaissances extraordinaires. Le désir déréglé de son bonheur&#xA;et de sa grandeur fait qu’il étudie toutes les sciences, espérant&#xA;trouver son bonheur dans les sciences de morale, et cherchant&#xA;cette fausse grandeur dans les sciences spéculatives.&#xA;D’où vient qu’il y a des personnes qui passent toute leur vie à&#xA;lire des rabbins et d’autres livres écrits dans des langues&#xA;étrangères, obscures et corrompues, et par des auteurs sans goût&#xA;et sans intelligence ; si ce n’est parce qu’ils se persuadent que&#xA;lorsqu’ils savent les langues orientales, ils sont plus grands et&#xA;plus élevés que ceux qui les ignorent ? Et qui peut les soutenir&#xA;dans leur travail ingrat, désagréable, pénible et inutile, si ce n’est&#xA;l’espérance de quelque élévation et la vue de quelque vaine&#xA;grandeur ? En effet, on les regarde comme des hommes rares ; on&#xA;leur fait des compliments sur leur profonde érudition ; on les&#xA;écoute plus volontiers que les autres : et quoiqu”on puisse dire&#xA;que ce sont ordinairement les moins judicieux, quand ce ne serait&#xA;qu’à cause qu’ils ont employé toute leur vie à une chose fort&#xA;inutile, et qui ne peut les rendre ni plus sages ni plus heureux ;&#xA;néanmoins on s’imagine qu’íls ont beaucoup plus d’esprit et de jugement que les autres. Étant plus savants dans l’origine des&#xA;mots, on se laisse persuader qu’ils sont savants dans la nature&#xA;des choses.&lt;/p&gt;</description>
    </item>
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      <title></title>
      <link>https://www.superphysics.org/research/malebranche/search/book-4/chapter-08/</link>
      <pubDate>Mon, 01 Jan 0001 00:00:00 +0000</pubDate>
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      <description>&lt;p&gt;CHAPITRE VIII.&lt;/p&gt;&#xA;&lt;p&gt;I. Du désir de paraître savant. — II. Des conversations des faux savants. — III. De&#xA;leurs ouvrages.&lt;/p&gt;&#xA;&lt;p&gt;I. Si le désir déréglé de devenir savant rend souvent les&#xA;hommes plus ignorants, le désir de paraître savant ne les rend pas&#xA;seulement plus iμorants, mais il semble qu’il leur renverse&#xA;l’esprit ; car il y a une infinité de gens qui perdent le sens&#xA;commun, parce qu’ils le veulent passer ; et qui ne disent que des&#xA;sottises. parce qu’ils ne veulent dire que des paradoxes. Ils&#xA;s’éloignent si fort de toutes les pensées communes dans le&#xA;dessein qu’ils ont d’acquérir la qualité d’esprit rare et&#xA;extraordinaire, qu’en effet ils y réussissent, et qu’on ne les&#xA;regarde plus ou qu’avec admiration, ou qu’avec beaucoup de&#xA;mépris.&lt;/p&gt;</description>
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      <title></title>
      <link>https://www.superphysics.org/research/malebranche/search/book-4/chapter-09/</link>
      <pubDate>Mon, 01 Jan 0001 00:00:00 +0000</pubDate>
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      <description>&lt;p&gt;CHAPITRE IX.&lt;/p&gt;&#xA;&lt;p&gt;Comment l’inclination que l’on a pour les dignités et les richesses porte à l’erreur.&#xA;Les dignités et les richesses aussi bien que la vertu et les&#xA;sciences dont nous venons de parler, sont les principales choses&#xA;qui nous élèvent au-dessus des autres hommes, car il semble que&#xA;notre être s’agrandisse et devienne comme indépendant par la&#xA;possession de ces avantages, de sorte que l’amour que nous nous&#xA;portons à nous mêmes se répandant naturellement jusqu’aux&#xA;dignités et aux richesses, on peut dire qu’il n’y a personne qui&#xA;n’ait pour elles quelque inclination petite ou grande. Expliquons&#xA;en peu de mots comment ces inclinations nous empêchent de&#xA;trouver la vérité et nous engagent dans le mensonge et dans&#xA;l’erreur.&lt;/p&gt;</description>
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      <title></title>
      <link>https://www.superphysics.org/research/malebranche/search/book-4/chapter-10/</link>
      <pubDate>Mon, 01 Jan 0001 00:00:00 +0000</pubDate>
      <guid>https://www.superphysics.org/research/malebranche/search/book-4/chapter-10/</guid>
      <description>&lt;p&gt;CHAPITRE X.&#xA;De l’amour du plaisir par rapport å la morale. — I. Il faut fuir le plaisir, quoiqu’il rende&#xA;heureux. — II. Il ne doit point nous porter A l’amour des biens sensibles.&#xA;Nous venons de parler dans les trois chapitres précédents de&#xA;l’inclination que nous avons pour la conservation de notre être, et&#xA;comment elle est cause que nous tombons dans plusieurs erreurs.&#xA;Nous parlerons présentement de celle que nous avons pour le&#xA;bien-être, c’est-à-dire pour les plaisirs et pour toutes les choses&#xA;qui nous rendent plus heureux et plus contents, ou que nous&#xA;croyons capables de cela ; et nous tâcherons de découvrir les&#xA;erreurs qui naissent de cette inclination.&#xA;Il y a des philosophes qui tâchent de persuader aux hommes,&#xA;que le plaisir n’est point un bien, et que la douleur n’est point un&#xA;mal ; qu’on peut être heureux au milieu des douleurs les plus&#xA;violentes, et qu’on peut être malheureux au milieu des plus&#xA;grands plaisirs. Comme ces philosophes sont fort pathétiques et&#xA;fort imaginatifs, ils enlèvent bientôt les esprits faibles et qui se&#xA;laissent aller à l’impression que ceux qui leur parlent produisent&#xA;en eux ; car les stoïques sont un peu visionnaires, et les&#xA;visionnaires sont véhéments ; ainsi ils impriment facilement dans&#xA;les autres les faux sentiments dont ils sont prévenus. Mais comme&#xA;il n’y a point de conviction contre l’expérience et contre notre&#xA;sentiment intérieur, toutes ces raisons pompeuses et magnifiques,&#xA;qui étourdissent et éblouissent l’imagination des hommes,&#xA;s’évanouissent avec tout leur éclat aussitôt que l’âme est touchée&#xA;de quelque plaisir ou de quelque douleur sensible ; et ceux qui&#xA;ont mis toute leur confiance dans cette fausse persuasion de leur&#xA;esprit se trouvent sans sagesse et sans force à la moindre attaque&#xA;du vice ; ils sentent qu’ils ont été trompés et qu’ils sont vaincus.&#xA;I. Si les philosophes ne peuvent donner à leurs disciples la&#xA;force de vaincre leurs passions, du moins ne doivent-ils pas les&#xA;séduire ni leur persuader qu’ils n’ont point d’ennemis à&#xA;combattre. Il faut dire les choses comme elles sont : le plaisir est&#xA;toujours un bien, et la douleur toujours un mal ; mais il n’est pas&#xA;toujours avantageux de jouir du plaisir, et il est quelquefois&#xA;avantageux de souffrir la douleur.&#xA;Mais pour faire bien comprendre ce que je veux dire, il faut&#xA;savoir :&#xA;4° Qu’il n’y a que Dieu qui soit assez puissant pour agir en&#xA;nous, et pour nous faire sentir le plaisir et la douleur : car il est&#xA;évident à tout homme qui consulte sa raison, et qui méprise les&#xA;rapports de ses sens, que ce ne sont point les objets que nous&#xA;sentons qui agissent effectivement en nous, puisque le corps ne&#xA;peut agir sur l’esprit ; et que ce n’est point non plus notre âme qui&#xA;cause en elle-même son plaisir et sa douleur à leur occasion, car&#xA;s’il dépendait de l’âme de sentir la douleur, elle n’en soutïrirait&#xA;jamais ;&#xA;2° Qu’on ne doit donner ordinairement quelque bien que pour&#xA;532&#xA;faire faire quelque bonne action ou pour la récompenser ; et&#xA;qu’on ne doit ordinairement faire souffrir quelque mal que pour&#xA;détourner d’une méchante action ou pour la punir : et qu’ainsi&#xA;Dieu agissant toujours avec ordre, et selon les règles de la&#xA;justice, tout plaisir dans son institution nous porte à quelque&#xA;bonne action ou nous en récompense ; et toute douleur nous&#xA;détourne de quelque action mauvaise ou nous en punit.&#xA;3° Qu’il y a des actions qui sont bonnes en un sens et&#xA;mauvaises en un autre. C’est, par exemple, une mauvaise action&#xA;que de s’exposer à la mort, lorsque Dieu le défend ; mais c’est&#xA;aussi une bonne action que de s’y exposer lorsque Dieu le&#xA;commande. Car toutes nos actions ne sont bonnes ou mauvaises&#xA;que parce que Dieu les a commandées ou les a défendues, ou par&#xA;la loi éternelle, que tout homme raisonnable peut consulter en&#xA;rentrant en lui-même ; ou par la loi écrite, exposée aux sens de&#xA;l’homme sensible et charnel, qui depuis le péché n’est pas&#xA;toujours en état de consulter la raison.&#xA;Je dis donc que le plaisir est toujours bon, mais qu’il n’est pas&#xA;toujours avantageux de le goûter.&lt;/p&gt;</description>
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      <title></title>
      <link>https://www.superphysics.org/research/malebranche/search/book-4/chapter-11/</link>
      <pubDate>Mon, 01 Jan 0001 00:00:00 +0000</pubDate>
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      <description>&lt;p&gt;CHAPITRE XI.&lt;/p&gt;&#xA;&lt;p&gt;De l’amour du plaisir par rapport aux sciences spéculatives. — I. Comment il nous&#xA;empêche de découvrir la vérité. — II. Quelques exemples.&#xA;L’inclination que nous avons pour les plaisirs sensibles étant&#xA;mal réglée, n’est pas seulement l’origine des erreurs dangereuses&#xA;où nous tombons dans les sujets de morale et la cause générale du&#xA;dérèglement de nos mœurs ; elle est aussi une des principales&#xA;causes du dérèglement de notre esprit, et elle nous engage&#xA;insensiblement dans des erreurs très-grossières mais moins&#xA;dangereuses sur des sujets purement spéculatifs ; parce que cette&#xA;inclination nous empêche d’apporter aux choses qui ne nous&#xA;touchent pas, assez d’attention pour les comprendre et pour en&#xA;bien juger.&lt;/p&gt;</description>
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      <title></title>
      <link>https://www.superphysics.org/research/malebranche/search/book-4/chapter-12/</link>
      <pubDate>Mon, 01 Jan 0001 00:00:00 +0000</pubDate>
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      <description>&lt;p&gt;CHAPITRE XII.&#xA;563&lt;/p&gt;&#xA;&lt;p&gt;Des effets que la pensée des biens et des maux futurs est capable de produire dans&#xA;l’esprit.&lt;/p&gt;&#xA;&lt;p&gt;S’il arrive souvent que de petits plaisirs et de légères&#xA;douleurs, que l’on sent actuellement ou même que l’on s’attend&#xA;de sentir, nous brouillent étrangement l’imagination et nous&#xA;empêchent de juger des choses selon leurs véritables idées, il ne&#xA;faut pas s’imaginer que l’attente de l’éternité n’agisse point sur&#xA;notre esprit ; mais il est à propos de considérer ce qu’elle est&#xA;capable d’y produire.&lt;/p&gt;</description>
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      <title></title>
      <link>https://www.superphysics.org/research/malebranche/search/book-4/chapter-13/</link>
      <pubDate>Mon, 01 Jan 0001 00:00:00 +0000</pubDate>
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      <description>&lt;p&gt;CHAPITRE XIII.&lt;/p&gt;&#xA;&lt;p&gt;I. De la troisième inclination naturelle, qui est l’amitié que nous avoirs ! pour les autre :&#xA;hommes. - II. Elle porte à approuver les pensées de nos amis et à les tromper par&#xA;de fausses louanges.&#xA;De toutes nos inclinations prises en général et au sens que je&#xA;l’ai expliqué dans le premier chapitre, il ne reste plus que celle&#xA;que nous avons pour ceux avec qui nous vivons et pour tous les&#xA;objets qui nous environnent, de laquelle je ne dirai presque rien, parce que cela regarde plutôt la morale et la politique que notre&#xA;sujet. Comme cette inclination est toujours jointe avec les&#xA;passions, il serait peut-être plus à propos de n’en parler que dans&#xA;le livre suivant ; mais l’ordre n’est pas en cela de si grande&#xA;conséquence.&lt;/p&gt;</description>
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      <title></title>
      <link>https://www.superphysics.org/research/malebranche/search/book-5/chapter-01/</link>
      <pubDate>Mon, 01 Jan 0001 00:00:00 +0000</pubDate>
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      <description>&lt;p&gt;LIVRE CINQUIÈME.&#xA;DES PASSIONS.&#xA;CHAPITRE PREMIER.&lt;/p&gt;&#xA;&lt;p&gt;De la nature et de l’origine des passions en général.&#xA;L&amp;rsquo;esprit de l’homme a deux rapports essentiels ou nécessaires&#xA;fort différents ; l’un à Dieu, l’autre à son corps. Comme pur&#xA;esprit, il est essentiellement uni au Verbe de Dieu, à la sagesse et&#xA;à la vérité éternelle, c’est-à-dire à la souveraine raison ; car ce&#xA;n’est que par cette union qu’il est capable de penser, ainsi que&#xA;l’on a vu dans le troisième livre. Comme esprit humain, il a un&#xA;rapport essentiel à son corps ; car c’est à cause qu’il lui est uni&#xA;qu’il sent et qu’il imagine, comme l’on a expliqué dans le&#xA;premier et dans le second livre. On appelle sens ou imagination&#xA;l’esprit, lorsque son corps est cause naturelle ou occasionnelle&#xA;de ses pensées ; et on l’appelle entendement lorsqu’il agit par&#xA;lui-même, ou plutôt lorsque Dieu agit en lui et que sa lumière&#xA;l’éclaire en plusieurs façons différentes sans aucun rapport&#xA;nécessaire à ce qui se passe dans son corps.&#xA;Il en est de même de la volonté de l’homme. Comme volonté,&#xA;elle dépend essentiellement de l’amour que Dieu se porte à luimême et de la loi éternelle, en un mot, de la volonté de Dieu. Ce n’est que parce que Dieu s’aime que nous aimons quelque chose ;&#xA;et si Dieu ne s’aimait pas, ou s’il n’imprimait sans cesse dans&#xA;l’âme de l’homme un amour pareil au sien, c’est-à-dire ce&#xA;mouvement d’amour que nous sentons pour le bien en général,&#xA;nous n’aimerions rien, nous ne voudrions rien, et par conséquent&#xA;nous serions sans volonté ; puisque la volonté n’est autre chose&#xA;que l’impression de la nature qui nous porte vers le bien en&#xA;général, comme nous avons déjà dit plusieurs fois.&#xA;Mais la volonté, comme volonté d’un homme, dépend&#xA;essentiellement du corps ; car ce n’est qu’à cause des&#xA;mouvements du sang, ou plutôt des esprits animaux, qu’elle se&#xA;sent agitée de toutes les émotions sensibles. J’ai donc appelé&#xA;inclinations naturelles tous les mouvements de l’âme qui nous&#xA;sont communs avec les pures intelligences ; et quelques-uns de&#xA;ceux auxquels le corps a beaucoup de part, mais dont il n’est&#xA;qu’indirectement et la cause et la fin, je les ai expliqués dans le&#xA;livre précédent ; et j’appelle ici passions toutes les émotions que&#xA;l’âme ressent naturellement à l’occasion des mouvements&#xA;extraordinaires des esprits animaux et du sang. Ce sont ces&#xA;émotions sensibles qui feront le sujet de ce livre.&#xA;Quoique les passions soient inséparables des inclinations et&#xA;que les hommes ne soient capables de quelque amour ou de&#xA;quelque haine sensible que parce qu’ils sont capables d’un amour&#xA;et d’une haine spirituelle ; on a cru cependant qu’il était à propos&#xA;de les traiter séparément, afin d’éviter la confusion. Si l’on&#xA;considère que les passions sont beaucoup plus fortes et plus&#xA;vives que les inclinations naturelles, qu’elles ont pour l’ordinaire&#xA;d’autres objets, et qu’elles sont toujours produites par d’autres&#xA;causes, on reconnaîtra que ce n’est pas sans raison qu’on sépare des choses qui sont inséparables par leur nature.&#xA;Les hommes ne sont capables de sensations et d’imaginations&#xA;que parce qu’ils sont capables de pures intellections, les sens et&#xA;l’imagination étant inséparables de l’esprit ; et néanmoins&#xA;personne ne trouve à redire que l’on traite séparément de ces&#xA;facultés de l’âme, quoiqu’elles soient naturellement inséparables.&#xA;Enfin les sens et l’imagination ne diffèrent pas davantage de&#xA;l’entendement pur que les passions diffèrent des inclinations.&#xA;Ainsi il fallait séparer ces deux dernières facultés comme on a&#xA;coutume de séparer les trois premières, afin de faire mieux&#xA;discerner ce que l’âme reçoit de son auteur par rapport au corps&#xA;d’avec ce qu’elle tient de lui sans ce rapport. Le seul&#xA;inconvénient qui naitra naturellement de cette séparation de deux&#xA;choses naturellement unies sera, comme il arrive toujours dans de&#xA;pareilles occasions, la nécessité de répéter quelque chose de ce&#xA;qu’on a déjà dit.&lt;/p&gt;</description>
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      <title></title>
      <link>https://www.superphysics.org/research/malebranche/search/book-5/chapter-02/</link>
      <pubDate>Mon, 01 Jan 0001 00:00:00 +0000</pubDate>
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      <description>&lt;p&gt;CHAPITRE II.&#xA;De l’union de l’esprit avec les objets sensibles, ou de la force et&#xA;de l’étendue des passions en général.&lt;/p&gt;&#xA;&lt;p&gt;Si tous ceux qui lisent cet ouvrage voulaient prendre la peine&#xA;de faire quelques réflexions sur ce qu’ils sentent dans euxmêmes, il ne serait pas nécessaire de s’arrêter ici à faire voir la&#xA;dépendance où nous sommes de tous les objets sensibles. Je ne&#xA;puis rien dire sur cette matière que tout le monde ne sache aussi&#xA;bien que moi, pourvu qu’on y veuille penser. C’est pourquoi&#xA;j’aurais grand’envie de n’en rien dire. Mais parce que&#xA;l’expérience m’apprend que les hommes s’oublient souvent si&#xA;fort eux-mêmes, qu’ils ne pensent pas seulement à ce qu’íls&#xA;sentent, et qu’ils ne recherchent point les raisons de ce qui se&#xA;passe dans leur esprit, je crois que je dois dire ici certaines&#xA;choses qui peuvent les aider à y faire réflexion. J’espère même&#xA;que ceux qui savent ces choses ne seront pas fâchés de les lire,&#xA;car encore qu’on ne prenne point de plaisir a entendre parler&#xA;simplement de ce que l’on sait, on prend toujours quelque plaisir&#xA;d’entendre parler de ce que l’on sait et de ce que l’on sent tout&#xA;ensemble.&lt;/p&gt;</description>
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      <title></title>
      <link>https://www.superphysics.org/research/malebranche/search/book-5/chapter-03/</link>
      <pubDate>Mon, 01 Jan 0001 00:00:00 +0000</pubDate>
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      <description>&lt;p&gt;CHAPITRE III.&lt;/p&gt;&#xA;&lt;p&gt;Explication particulière de tous les changements qui arrivent an corps et à l’âme dans les&#xA;passions.&#xA;On peut distinguer sept choses dans chacune de nos passions,&#xA;excepté dans l’admiration, laquelle aussi n’est qu’une passion&#xA;imparfaite.&#xA;La première chose est le jugement que l’esprit porte d’un&#xA;objet, ou plutôt c’est la vue confuse ou distincte du rapport qu’un&#xA;objet a avec nous.&lt;/p&gt;</description>
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      <title></title>
      <link>https://www.superphysics.org/research/malebranche/search/book-5/chapter-04/</link>
      <pubDate>Mon, 01 Jan 0001 00:00:00 +0000</pubDate>
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      <description>&lt;p&gt;CHAPITRE IV.&#xA;Que les plaisirs et les mouvements des passions nous engagent dans l’erreur à l’égard&#xA;du bien, et qu’il faut y résister sans cesse. Manière de combattre le libertinage.&#xA;Toutes les choses que nous venons d’expliquer des passions en&#xA;général ne sont point libres ; elles sont en nous sans nous ; et il&#xA;n’y a que le seul consentement de notre volonté qui dépende&#xA;absolument de nous. La vue du bien est naturellement suivie du&#xA;mouvement d’amour, du sentiment d’amour, de l’ébranlement du&#xA;cerveau et du mouvement des esprits, d’une nouvelle émotion de&#xA;l’âme qui augmente le premier mouvement d’amour, d’un&#xA;nouveau sentiment de l’ãme qui augmente le premier sentiment&#xA;d’amour, et enfin du sentiment de douceur qui récompense l’âme&#xA;de ce que le corps est dans l’état où il doit être. Toutes ces&#xA;choses se passent dans l’âme et dans le corps naturellement et&#xA;machinalement, je veux dire sans qu’elle y ait part, et il n’y a que&#xA;notre seul consentement qui soit véritablement de nous. C’est&#xA;aussi ce consentement qu’il faut régler, qu’il faut conserver libre,&#xA;malgré tous les eíïorts des passions. C’est à Dieu seul à qui il&#xA;faut soumettre sa liberté : il ne faut se rendre qu’à la voix de&#xA;l’auteur de la nature, à l’évidence intérieure, aux reproches&#xA;secrets de sa raison. Il ne faut consentir que lorsqu’on voit&#xA;clairement que l’on ferait mauvais usage de sa liberté si l’on ne&#xA;voulait pas consentir ; c’est là la principale règle qu’il faut&#xA;616&#xA;observer pour éviter l’erreur et le péché.&#xA;Il n’y a que Dieu seul qui nous fasse voir avec évidence que&#xA;nous devons nous rendre à ce qu’il souhaite de nous ; il ne faut&#xA;donc être esclave que de lui seul. Il n’y a point d’évidence dans&#xA;les attraits et les caresses, dans les menaces et les frayeurs que&#xA;les passions causent en nous ; ce ne sont que des sentiments&#xA;confus et obscurs auxquels il ne se faut point rendre. Il faut&#xA;attendre qu’une lumière plus pure nous éclaire, que ces faux jours&#xA;des passions se dissipent, et que Dieu parle, Il faut rentrer en&#xA;nous mêmes et chercher en nous celui qui ne nous quitte jamais et&#xA;qui nous éclaire toujours. Il parle bas, mais sa voix est distincte ;&#xA;il éclaire peu, mais sa lumière est pure. Non, sa voix est aussi&#xA;forte qu’elle est distincte ; sa lumière est aussi vive et aussi&#xA;éclatante qu’elle est pure ; mais nos passions nous tiennent&#xA;toujours hors de chez nous, et par leur bruit et leurs ténèbres elles&#xA;nous empêchent d’être instruits de sa voix et éclairés de sa&#xA;lumière. Il parle même à ceux qui ne l&amp;rsquo;interrogent pas ; et ceux&#xA;que les passions ont emportés le plus loin entendent néanmoins&#xA;quelques-unes de ses paroles ; mais des paroles fortes,&#xA;menaçantes et terribles, plus perçantes qu’une épée à deux&#xA;tranchants, qui pénètre jusque dans les replis de l&amp;rsquo;âme, et qui&#xA;discerne les pensées et les mouvements du cœur ; par tout est à&#xA;découvert devant ses yeux, et il ne peut voir les dérèglements des&#xA;pécheurs sans leur en faire intérieurement de sanglants&#xA;reproches&#xA;[5]&#xA;. Il faut donc rentrer dans nous-mêmes et nous&#xA;rapprocher de lui. Il faut l’interroger, l’écouter et lui obéir ; car&#xA;si nous l&amp;rsquo;écoutons toujours, nous ne serons jamais trompés ; et si&#xA;nous lui obéissons toujours, nous ne serons jamais assujettis à&#xA;l’inconstance des passions et aux misères dues au péché.&#xA;617&#xA;Il ne faut pas s&amp;rsquo;imaginer, comme certains esprits forts que&#xA;l’orgueil des passions a réduits à la condition des bêtes, et qui,&#xA;ayant long-temps méprisé la loi de Dieu, semblent enfin n’en&#xA;connaître plus d’autre que celle de leurs passions infâmes ; il ne&#xA;faut pas, dis-je, s’imaginer, comme ces hommes de chair et de&#xA;sang, que ce soit suivre Dieu et obéir à la voix de l’auteur de la&#xA;nature, que de suivre les mouvements de ses passions et obéir&#xA;aux désirs secrets de son cœur. C’est là le dernier aveuglement ;&#xA;c’est, selon saint Paul, la peine temporelle de l’impiété et de&#xA;l’idolâtrie, c’est-à-dire la punition des plus grands crimes&#xA;[6]&#xA;. En&#xA;effet, cette peine est d’autant plus grande qu’au lieu d’apaiser la&#xA;colère de Dieu, comme toutes les autres punitions de ce monde,&#xA;elle l’irrite et l&amp;rsquo;augmente sans cesse jusqu’au jour terrible auquel&#xA;cette juste colère éclatera sur les pécheurs.&#xA;Cependant leurs raisonnements ne manquent pas de&#xA;vraisemblance, ils semblent fort conformes au sens commun, ils&#xA;sont favorisés des passions, et toute la philosophie de Zénon ne&#xA;saurait sans doute les détruire. Il faut aimer le bien, disent-ils ; le&#xA;plaisir est le caractère que la nature a attaché au bien, et c’est par&#xA;ce caractère, qui ne peut être trompeur puisqu’il vient de Dieu,&#xA;que nous le discernons du mal. Il faut fuir le mal, disent-ils&#xA;encore, la douleur est le caractère que la nature a attaché au mal ;&#xA;et c’est par ce caractère, qui ne peut être trompeur puisqu’il,&#xA;vient de Dieu, que nous le discernons du bien. On goûte du&#xA;plaisir quand ou s’abandonne à ses passions ; on sent de la peine&#xA;et de la douleur quand on y résiste. Donc l’auteur de la nature&#xA;veut que nous nous abandonnions à nos passions et que nous n’y&#xA;résistions jamais, puisque le plaisir et la douleur qu’il nous fait&#xA;sentir dans ces rencontres sont des preuves certaines de ses&#xA;volontés sur nous. C’est donc suivre Dieu que de suivre les&#xA;618&#xA;désirs de son cœur, et c’est obéir à sa voix que de se rendre à cet&#xA;instinct de la nature qui nous porte à satisfaire nos sens et nos&#xA;passions. C’est de cette sorte qu’ils raisonnent et qu’ils se&#xA;confirment dans leurs opinions infâmes. C’est ainsi qu’ils tâchent&#xA;de se mettre il couvert des reproches secrets de leur raison, et&#xA;Dieu permet pour punition de leurs crimes qu’ils s’éblouissent de&#xA;ces fausses lumières. Trompeuses lumières qui les aveuglent au&#xA;lieu de les éclairer, mais qui les aveuglent d’un aveuglement&#xA;qu’ils ne sentent point et dont ils ne souhaitent pas même d’être&#xA;guéris. Dieu les livre à un sens réprouvé ; il les abandonne aux&#xA;désirs de leur cœur, à des passions honteuses, à des actions&#xA;indignes de l’homme, comme parle l’Écriture. afin qu’après&#xA;s’être engraissés dans leurs débauches ils soient dans toute&#xA;l’éternité les victimes du sacrifice de sa colère.&#xA;Mais il faut délier le nœud de la difficulté qu’ils proposent. La&#xA;secte de Zénon n’ayant pu le délier l’a coupé d’abord en niant&#xA;que le plaisir fût un bien et que la douleur fût un mal. Mais cette&#xA;défaite est bien cavalière pour des philosophes, et je ne crois pas&#xA;qu’elle fasse changer de sentiment ceux qui reconnaissent par&#xA;expérience qu’une grande douleur est une grande misère. Ainsi&#xA;Zénon et toute la philosophie païenne ne peut résoudre la&#xA;difficulté proposée par les épicuriens, et il faut avoir recours à&#xA;une autre philosophie plus solide et plus éclairée.&#xA;Il est vrai que le plaisir est bon et que la douleur est mauvaise,&#xA;que c’est le plaisir et la douleur que l’auteur de la nature a&#xA;attaché à l’usage de certaines choses qui nous fait juger si elles&#xA;sont bonnes ou si elles sont mauvaises, que nous devons user des&#xA;bonnes et fuir les mauvaises, et suivre presque toujours les&#xA;mouvements des passions. Tout cela est vrai, mais cela ne regarde que le corps. Il faut presque toujours se laisser conduire&#xA;à ses passions et à ses désirs pour conserver son corps et pour&#xA;continuer long-temps une vie semblable à celle des bêtes. Les&#xA;sens et les passions ne nous sont donnés que pour le bien du&#xA;corps. Le plaisir sensible est le caractère que la nature a attaché&#xA;à l’usage de certaines choses, afin que, sans avoir la peine de les&#xA;examiner par la raison, nous nous en servissions pour la&#xA;conservation du corps, mais non pas afin que nous les&#xA;aimassions. Car nous ne devons aimer que ce que nous&#xA;reconnaissons très-certainement par la raison être notre bien.&#xA;Nous sommes raisonnables, et Dieu qui est notre bien ne veut&#xA;pas de nous un amour aveugle, un amour d’instinct, un amour&#xA;pour ainsi dire forcé ; mais un amour de choix, un amour éclairé,&#xA;un amour qui lui assujettisse notre esprit et notre cœur. Il nous&#xA;porte à l&amp;rsquo;aimer en nous faisant connaître par la lumière qui&#xA;accompagne la délectation de sa grâce qu’il est notre bien ; mais&#xA;il nous porte au bien du corps seulement par instinct et par un&#xA;sentiment confus du plaisir, parce que le bien du corps ne mérite&#xA;pas l’application de notre esprit ni l’usage de notre raison.&#xA;De plus, notre corps, n’est pas nous ; c’est une chose qui nous&#xA;appartient, mais sans laquelle, absolument parlant, nous pouvons&#xA;subsister. Le bien de notre corps n’est donc pas notre bien. Les&#xA;corps ne peuvent être le bien que des corps. Nous pouvons en&#xA;user pour notre corps, mais nous ne devons pas nous y attacher.&#xA;Notre âme a aussi son bien. savoir ce bien seul qui est au-dessus&#xA;d’elle, qui seul la conserve, et qui seul produit en elle des&#xA;sentiments de plaisir ou de douleur. Car enfin tous les objets de&#xA;nos sens sont par eux-mêmes incapables de se faire sentir ; et il&#xA;n’y a que Dieu qui nous apprenne qu’ils sont présents, par les&#xA;sentiments qu’il nous en donne. Et c’est ce que les philosophes&#xA;païens ne comprenaient pas.&#xA;Nous pouvons et nous devons aimer ce qui est capable de nous&#xA;faire sentir du plaisir, je l’avoue. Mais c’est par cette raison-là&#xA;que nous ne devons aimer que Dieu, parce qu’il n’y a que Dieu&#xA;qui puisse agir dans notre âme, et que les objets sensibles ne&#xA;peuvent au plus que remuer les organes de nos sens. Mais&#xA;qu’importe, direz vous, de quelle part viennent ces sentiments&#xA;agréables ! je veux les goûter. Ingrat que vous êtes ! reconnaissez&#xA;la main qui vous comble de biens. Vous exigez d’un Dieu juste&#xA;des récompenses injustes ; vous voulez qu’il vous récompense&#xA;pour des crimes que vous commettez contre lui, et dans le temps&#xA;même que vous les commettez. Vous vous servez de sa volonté&#xA;immuable, qui est l’ordre et la loi de la nature, pour arracher de&#xA;lui des faveurs que vous ne méritez pas, car vous produisez avec&#xA;une adresse criminelle, dans votre corps, des mouvements qui&#xA;l’obligent à vous faire goûter de toutes sortes de plaisirs. Mais la&#xA;mort corrompra ce corps ; et Dieu, que vous avez fait servir à&#xA;vos injustes désirs, vous fera servir à sa juste colère, il se&#xA;moquera de vous à son tour.&#xA;Il est vrai que c’est une chose bien fâcheuse que la possession&#xA;du bien du corps soit accompagnée du plaisir, et que la&#xA;possession du bien de l’âme soit souvent jointe à la peine et à la&#xA;douleur. On peut croire que c’est un grand dérèglement, par cette&#xA;raison que le plaisir étant le caractère du bien, comme la douleur&#xA;celui du mal, nous devrions sentir infiniment plus de douceur&#xA;dans l’amour de Dieu que dans l’usage des choses sensibles,&#xA;puisque Dieu est le vrai ou plutôt l’unique bien de l’esprit. Cela&#xA;arrivera certainement un jour, et il y a quelque apparence que&#xA;621&#xA;cela était ainsi avant le péché. Au moins est-il constant qu’avant&#xA;le péché on ne sentait point de douleur dans l’exercice de son&#xA;devoir.&#xA;Mais Dieu s’est retiré de nous depuis la chute du premier&#xA;homme. Il n’est plus notre bien par nature, il ne l’est plus que par&#xA;grâce ; car nous ne sentons plus naturellement de douceur dans&#xA;son amour ; et bien loin de nous porter à l’aimer, il nous éloigne&#xA;de lui. Si nous le suivons, il nous repousse ; si nous courons&#xA;après lui, il nous frappe. Si nous nous opiniâtrons à le&#xA;poursuivre, il continue de nous maltraiter, il nous fait souffrir des&#xA;douleurs très-vives et très-sensibles. Mais lorsque, étant lassés&#xA;de marcher dans les voies dures et pénibles de la vertu, sans être&#xA;soutenus parle goût du bien ni fortifiés par quelque nourriture,&#xA;nous nous repaissons des biens sensibles, il nous y attache par le&#xA;goût du plaisir, et il semble qu’il nous veuille récompenser de ce&#xA;que nous lui tournons le dos pour courir après ces faux biens.&#xA;Enfin depuis le péché il semble que Dieu ne veuille plus que&#xA;nous l’aimions, ni que nous pensions à lui, ou que nous le&#xA;regardions comme notre seul et unique bien. Ce n’est que par la&#xA;douceur de la grâce de notre médiateur JÉSUS-CHRIST que nous&#xA;sentons que Dieu est notre bien : car le plaisir étant la marque&#xA;sensible du bien, nous sentons que Dieu est notre bien ; puisque,&#xA;par la grâce de JÉSUS-CHRIST, nous aimons Dieu avec plaisir.&#xA;Ainsi l’âme ne reconnaissant point son bien, ni par une vue&#xA;claire ni par sentiment, sans la grâce de Jésus-Christ, elle prend&#xA;le bien du corps pour le sien propre, elle l’aime et s’y attache&#xA;encore plus étroitement par sa volonté, qu’elle n’y était attachée&#xA;par la première institution de la nature. Car le bien du corps étant&#xA;demeuré le seul qui se fasse maintenant sentir, il agit&#xA;622&#xA;nécessairement sur l’homme avec plus de force. Le cerveau en&#xA;est plus vivement frappé, et par conséquent l’àme le sent et&#xA;l’imagine d’une manière plus touchante. Les esprits animaux en&#xA;sont agités avec plus de violence, et par conséquent la volonté&#xA;l’aime avec plus d’ardeur et plus de plaisir.&#xA;L’âme pouvait avant le péché effacer du cerveau l’image trop&#xA;vive du bien du corps et faire évanouir le plaisir sensible qui&#xA;accompagnait cette image. Le corps étant soumis à l’esprit, l’âme&#xA;pouvait en un instant arrêter l’ébranlement des fibres du cerveau&#xA;et l’émotion des esprits par la seule considération de son devoir.&#xA;Mais depuis le péché cela n’est plus en sa puissance. Ces traces&#xA;de l’imagination et ces mouvements des esprits ne dépendent plus&#xA;d’elle, et, par une suite nécessaire, le plaisir qui est attaché par&#xA;l’ordre de la nature à ces traces et à ces mouvements devient seul&#xA;le maître du cœur. L’homme ne peut résister longtemps par ses&#xA;propres forces à ce plaisir : il n’y a que la grâce qui le puisse&#xA;vaincre entièrement ; la raison seule ne le peut, parce qu’en un&#xA;mot il n’y a que Dieu comme auteur de la grâce, qui, pour ainsi&#xA;dire, se puisse vaincre comme auteur de la nature, ou plutôt qui&#xA;se puisse fléchir comme vengeur de la désobéissance d’Adam.&#xA;Les stoïciens, qui n’avaient qu’une connaissance confuse des&#xA;désordres du péché originel, ne pouvaient répondre aux&#xA;épicuriens. Car leur félicité n’était qu’une idée ; puisqu’il n’y a&#xA;point de félicité sans plaisir, et qu’ils ne pouvaient goûter de&#xA;plaisir dans les actions d’une solide vertu. Ils sentaient bien&#xA;quelque joie en suivant les règles de leur vertu imaginaire, parce&#xA;que la joie est une suite naturelle de la connaissance qu’a notre&#xA;âme qu’elle est dans le meilleur état où elle puisse être. Cette&#xA;joie de l’esprit pouvait leur soutenir le courage pour quelque&#xA;623&#xA;temps, mais elle n’était pas’assez forte pour résister à la douleur&#xA;et pour vaincre le plaisir. L’orgueil secret, et non pas la joie&#xA;faisait bonne mine ; et lorsqu’ils n’étaient plus en vue ils&#xA;perdaient toute leur sagesse et toute leur force, comme ces rois&#xA;de théâtre qui perdent toute leur grandeur en un moment.&#xA;Il n’en est pas de même des chrétiens qui suivent exactement&#xA;les règles de l’Évangile. Leur joie est solide, parce qu’ils savent&#xA;très-certainement qu’ils sont dans le meilleur état où ils puissent&#xA;être. Leur joie est grande, parce que le bien qu’ils goûtent par la&#xA;foi et par l’espérance est infini. Car l’espérance d’un grand bien&#xA;est toujours accompagnée d’une grande joie ; et cette joie est&#xA;d’autant plus vive que l’espérance est plus forte, parce qu’une&#xA;forte espérance, faisant imaginer le bien comme présent, produit&#xA;nécessairement la joie, et même le plaisir sensible qui&#xA;accompagne toujours la présence du bien. Leur joie n’est point&#xA;inquiète, parce qu’elle est fondée sur les promesses d’un Dieu.&#xA;confirmée par le sang du Fils de Dieu, entretenue par la paix&#xA;intérieure et par la douceur inexplicable de la charité que le&#xA;Saint-Esprit répand dans leur cœur. Rien ne les peut séparer de&#xA;leur vrai bien, lorsqu’ils le goûtent et qu’ils se plaisent en lui par&#xA;la délectation de la grâce. Les plaisirs des biens du corps ne sont&#xA;point si grands que ceux qu’ils ressentent dans l’amour de Dieu.&#xA;Ils aiment le mépris et la douleur, ils se nourrissent d’opprobre,&#xA;et le plaisir qu’ils trouvent dans les souffrances, ou plutôt le&#xA;plaisir qu’ils trouvent en Dieu lorsqu’ils méprisent tout le reste&#xA;pour s’unir a lui, est si violent qu’il les transporte, qu’il leur fait&#xA;parler un langage tout nouveau ; et qu’ils se glorifient même&#xA;comme les apôtres dans leurs misères, et dans les injures qu’ils&#xA;ont souffertes. Mais pour les apôtres ils sortirent du conseil, dit&#xA;l’Écriture, tout remplis de joie de ce qu’ils avaient été jugés&#xA;624&#xA;dignes de souffrir des opprobres pour le nom de JÉSUS&#xA;[7]&#xA;. Telle&#xA;est la disposition d’esprit des véritables chrétiens lorsqu’ils ont&#xA;reçu les derniers affronts pour la défense de la vérité.&#xA;Jésus-Christ étant venu rétablir l’ordre que le péché avait&#xA;renversé, et l’ordre demandant que les plus grands biens soient&#xA;accompagnés des plaisirs les plus solides, il est visible que les&#xA;choses doivent arriver comme on vient de le dire. Mais outre la&#xA;raison nous avons encore l’expérience ; car dès qu’une personne&#xA;forme seulement la résolution de mépriser tout pour Dieu. il est&#xA;d’ordinaire touché d’un plaisir ou d’une joie intérieure qui lui&#xA;fait sentir aussi vivement que Dieu est son bien, qu’il le&#xA;connaissait clairement.&#xA;Les vrais chrétiens nous assurent tous les jours que la joie,&#xA;qu’ils ont de n’aimer et de ne servir que Dieu, ne se peut&#xA;exprimer, et il est bien juste de les croire touchant ce qui se passe&#xA;dans eux-mêmes. Les impies au contraire sont toujours dans des&#xA;inquiétudes mortelles ; et ceux que le monde partage avec Dieu,&#xA;partagent aussi la joie des justes et les inquiétudes des impies. Ils&#xA;se plaignent de leurs misères, et il est juste aussi de croire que&#xA;leurs plaintes ne sont point sans fondement. Dieu blesse les&#xA;hommes dans le fond de leur cœur lorsqu’ils aiment autre chose&#xA;que lui, et c’est cette blessure qui fait la véritable misère. Il&#xA;répand une joie excessive dans leurs esprits lorsqu’ils s’attachent&#xA;uniquement à lui. et c’est cette joie qui fait la solide félicité.&#xA;L’abondance des richesses et l’élévation des honneurs sont hors&#xA;de nous, ils ne peuvent nous guérir lorsque Dieu nous blesse. La&#xA;pauvreté et le mépris sont aussi hors de nous, et ils ne peuvent&#xA;nous blesser lorsque Dieu nous défend.&#xA;Il est clair par les choses que nous venons de dire que l’objet&#xA;625&#xA;de nos passions n’est point notre bien ; que nous ne devons en&#xA;suivre les mouvements que pour la conservation de notre vie ;&#xA;que le plaisir sensible est à l’égard de notre bien ce que nos&#xA;sensations sont à l’égard de la vérité, et que, de même que nos&#xA;sens nous trompent touchant la vérité, nos passions nous trompent&#xA;touchant notre bien ; que l’on doit se rendre à la délectation de la&#xA;grâce, parce qu’elle nous porte avec évidence à l’amour du vrai&#xA;bien, qu’elle n’est point suivie des reproches secrets de la&#xA;raison, comme l’instinct aveugle et le plaisir confus des passions,&#xA;et qu’elle est toujours accompagnée d’une secrète joie conforme&#xA;à l’état dans lequel nous sommes ; qu’enfin, n’y ayant que Dieu&#xA;qui puisse agir dans l’esprit de l’homme, l’homme ne peut&#xA;trouver de félicité hors de Dieu, si on ne suppose ou que Dieu&#xA;récompense la désobéissance, ou qu’il commande d’aimer&#xA;davantage ce qui mérite le moins d’être aimé.&lt;/p&gt;</description>
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      <title></title>
      <link>https://www.superphysics.org/research/malebranche/search/book-5/chapter-05/</link>
      <pubDate>Mon, 01 Jan 0001 00:00:00 +0000</pubDate>
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      <description>&lt;p&gt;CHAPITRE V.&lt;/p&gt;&#xA;&lt;p&gt;Que la perfection de l’esprit consiste dans son union avec Dieu par la connaissance de&#xA;la vérité et par l’amour de la vertu ; et au contraire que son imperfection ne vient&#xA;que de en dépendance du corps à cause du désordre de ses sens et de ses&#xA;passions.&#xA;La plus petite réflexion est suffisante pour reconnaître que le&#xA;bien de l’esprit est nécessairement quelque chose de spirituel.&#xA;Les corps sont beaucoup au-dessous de l’esprit ; ils ne peuvent&#xA;agir sur lui par leurs propres forces, ils ne peuvent même s’unir&#xA;immédiatement à lui ; enfin ils ne sont point intelligibles par euxmêms : ils ne peuvent donc être son bien. Les choses spirituelles,&#xA;au contraire, sont intelligibles par leur nature ; elles peuvent&#xA;s’unir à l’esprit : elles peuvent donc être son bien, supposé&#xA;626&#xA;qu’elles soient au-dessus de lui ; car, afin qu’une chose puisse&#xA;être le bien de l’esprit, il ne suffit pas qu’elle soit spirituelle&#xA;comme lui, il est encore nécessaire qu’elle soit au-dessus de lui,&#xA;qu’elle puisse agir sur lui, l’éclairer et le récompenser ;&#xA;autrement elle ne peut le rendre ni plus parfait ni plus heureux, et&#xA;par conséquent elle ne peut être son bien. De toutes les choses&#xA;intelligibles ou spirituelles, il n’y a que Dieu qui soit en cette&#xA;manière au-dessus de l’esprit ; il s’ensuit donc qu’il n’y a que&#xA;Dieu qui soit ni qui puisse être notre vrai bien. Nous ne pouvons&#xA;donc devenir plus parfaits ni plus heureux que par la possession&#xA;de Dieu.&#xA;Tout le monde est convaincu que la connaissance de la vérité&#xA;et l’amour de la vertu rendent l’esprit plus parfait, et que&#xA;l’aveuglement de l’esprit et le dérèglement du cœur le rendent&#xA;plus imparfait. La connaissance de la vérité et l’amour de la&#xA;vertu ne peuvent donc être autre chose que l’union de l’esprit&#xA;avec Dieu et qu’une espèce de possession de Dieu ; et&#xA;l’aveuglement de l’esprit et le dérèglement du cœur ne peuvent&#xA;aussi être autre chose que la séparation de l’esprit d’avec Dieu,&#xA;et que l’union de cet esprit à quelque chose qui soit au-dessous&#xA;de lui, c’est-à-dire au corps, puisqu’il n’y a que cette union qui le&#xA;puisse rendre imparfait et malheureux. Ainsi c’est connaître Dieu&#xA;que de connaître la vérité ou que de connaître les choses selon la&#xA;vérité ; et c’est aimer Dieu que d’aimer la vertu ou d’aimer les&#xA;choses selon qu’elles sont aimables ou selon les règles de la&#xA;vertu.&#xA;L’esprit est comme situé entre Dieu et les corps, entre le bien&#xA;et le mal, entre ce qui l’éclaire et ce qui l’aveugle, ce qui le règle&#xA;et ce qui le dérègle, ce qui le peut rendre parfait et heureux et ce&#xA;627&#xA;qui le peut rendre imparfait et malheureux. Lorsqu’il découvre&#xA;quelque vérité ou qu’il voit les choses selon ce qu’elles sont en&#xA;elles-mêmes, il les voit dans les idées de Dieu, c’est-à-dire par&#xA;la vue claire et distincte de ce qui est en Dieu qui les représente ;&#xA;car, comme j’aí déjà dit, l’esprit de l’homme ne renferme pas&#xA;dans lui-même les perfections ou les idées de tous les êtres qu’il&#xA;est capable de voir : il n’est point l’être universel. Ainsi il ne&#xA;voit point dans lui-même les choses qui sont distinguées de lui.&#xA;Ce n’est point en se consultant qu’il s’instruit et qu’il s’éclaire,&#xA;car il n’est pas à lui-même sa perfection et sa lumière ; il a&#xA;besoin de cette lumière immense de la vérité éternelle pour&#xA;l’éclairer. Ainsi, lorsque l’esprit connaît la vérité, il est uni à&#xA;Dieu, il connaît et possède Dieu en quelque manière.&#xA;Mais non-seulement on peut dire que l’esprit qui connait la&#xA;véríté connaît en quelque manière Dieu qui la renferme ; on peut&#xA;même dire qu’il connaît en quelque manière les choses comme&#xA;Dieu les connaît. En effet, cet esprit connaît leurs véritables&#xA;rapports, et Dieu les connaît aussi ; cet esprit les connaît dans la&#xA;vue des perfections de Dieu qui les représentent, et Dieu les&#xA;connaît aussi en’cette manière ; car enfin Dieu ne sent pas, Dieu&#xA;n’imagine pas, Dieu voit dans lui-même, dans le monde&#xA;intelligible quïil renferme, le monde matériel et sensible qu’il a&#xA;créé. Il en est de même d’un esprit qui connait la vérité ; il ne la&#xA;sent pas, il ne l’imagine pas. Les sensations et les fantômes ne&#xA;représentent à l’esprit que de faux rapports ; et quiconque&#xA;découvre la vérité, il ne la peut voir que dans le monde&#xA;intelligible auquel il est uni et dans lequel Dieu même la voit :&#xA;car ce monde matériel et sensible n’est point. intelligible par luimême. L’esprit voit donc dans la lumière de Dieu comme Dieu&#xA;même toutes les choses qu’il voit clairement, quoiqu’il ne les&#xA;628&#xA;voie que d’une manière fort imparfaite et en cela bien différente&#xA;de celle de Dieu. Ainsi, lorsque l’esprit voit la vérité, nonseulement il est uni à Dieu, il possède Dieu, il voit Dieu en&#xA;quelque manière, il voit aussi en un sens la vérité comme Dieu la&#xA;voit.&#xA;De même, lorsque l&amp;rsquo;on aime selon les règles de la vertu, on&#xA;aime Dieu ; car lois qu’on aime selon ces règles, l’impression&#xA;d’amour que Dieu produit sans cesse dans notre cœur pour nous&#xA;tourner vers lui n’est point divertie par le libre arbitre ni changée&#xA;en amour propre. L’esprit ne fait alors que suivre librement cette&#xA;impression que Dieu lui donne. Or, Dieu ne lui donnant jamais&#xA;d’impression qui ne tende vers lui, puisqu’il n’agit que pour lui,&#xA;il est visible qu’aimer selon les règles de la vertu, c’est aimer&#xA;Dieu.&#xA;Mais non-seulement c’est aimer Dieu ; c’est encore aimer&#xA;comme Dieu aime. Dieu s’aime uniquement ; il n’aime ses&#xA;ouvrages que parce qu’ils ont rapport à ses perfections, et il les&#xA;aime à proportion qu’ils y ont rapport ; enfin c’est le même&#xA;amour par lequel Dieu s’aime et les choses qu’il a faites. Aimer&#xA;selon les règles de la vertu, c’est aimer Dieu uniquement, c’est&#xA;aimer Dieu en toutes choses, c’est aimer les choses à proportion&#xA;qu’elles participent à la bonté et aux perfections de Dieu, puisque&#xA;c’est les aimer à proportion qu&amp;rsquo;elles sont aimables ; enfin c’est&#xA;aimer par l’impression du même amour par lequel Dieu s’aime,&#xA;car c’est l’amour par lequel Dieu s’aime et toutes choses par&#xA;rapport à lui- qui nous anime lorsque nous aimons comme. nous&#xA;devons aimer. Nous aimons donc alors comme Dieu aime.&#xA;Il est donc évident que la connaissance de la vérité et l’amour&#xA;réglé de la vertu font toute notre perfection ; puisque ce sont les&#xA;629&#xA;suites ordinaires de notre union avec Dieu, et qu’ils nous mettent&#xA;même en possession de lui autant que nous en sommes capables&#xA;en cette vie. L’aveuglement de l’esprit et le dérèglement du cœur&#xA;font au contraire toute notre imperfection ; et ce sont aussi des&#xA;suites de l’union de notre esprit avec notre corps, comme je l’ai&#xA;prouvé en plusieurs endroits en faisant voir que nous ne&#xA;connaissons jamais la vérité et que nous n’aimons jamais le vrai&#xA;bien lorsque nous suivons les impressions de nos sens, de notre&#xA;imagination et de nos passions.&#xA;Ces choses sont évidentes. Cependant les hommes, qui désirent&#xA;tous avec ardeur la perfection de leur être, se mettent peu en&#xA;peine d’augmenter l’union qu’ils ont avec Dieu, et ils travaillent&#xA;sans csse à fortifier et à étendre celle qu’ils ont avec les choses&#xA;sensibles. On ne peut trop expliquer la cause d’un si étrange&#xA;dérèglement.&#xA;La possession du bien doit naturellement produire deux effets&#xA;dans celui qui le possède : elle doit le rendre plus parfait et en&#xA;même temps plus heureux ; mais cela n’arrive pas toujours. Il est&#xA;impossible, je l’avoue, que l’esprit possède actuellement quelque&#xA;bien et qu’il ne soit pas actuellement plus parfait ; mais il n’est&#xA;pas impossible qu’il possède actuellement quelque bien sans être&#xA;actuellement plus heureux. Ceux qui connaissent le mieux la&#xA;vérité et qui aiment davantage les biens les plus aimables sont&#xA;toujours actuellement plus parfaits que ceux qui sont dans&#xA;l’aveuglement et dans le dérèglement, mais ils ne sont pas&#xA;toujours actuellement plus heureux. Il en est de même du mal : il&#xA;doit rendre imparfait et malheureux tout ensemble ; mais&#xA;quoiqu’il rende toujours les hommes plus imparfaits, il ne les&#xA;rend pas toujours plus malheureux, ou il ne les rend pas toujours&#xA;630&#xA;malheureux à proportion qu’il les rend imparfaits. La vertu est&#xA;souvent dure et amère, et le vice doux et agréable ; et c’est&#xA;principalement par la foi et par l’espérance que les gens de bien&#xA;sont véritablement heureux, pendant que les méchants sont&#xA;actuellement dans les plaisirs et dans les délices. Cela ne doit&#xA;pas être, mais cela est. Le péché a causé ce désordre, comme je&#xA;viens de dire dans le chapitre précédent ; et c’est ce désordre qui&#xA;est la principale cause non-seulement de tous les dérèglements de&#xA;notre cœur, mais encore de l’aveuglement et de l’ignorance de&#xA;notre esprit.&#xA;C’est ce désordre qui persuade notre imagination que les corps&#xA;peuvent être le bien de l’esprit ; car le plaisir, comme j’ai déjà&#xA;dit plusieurs fois, est le caractère ou la marque sensible du bien.&#xA;Or, de tous les plaisirs dont nous jouissons ici-bas, les plus&#xA;sensibles sont ceux que nous nous imaginons recevoir par les&#xA;corps. Nous jugeons donc sans beaucoup de réflexion que les&#xA;corps peuvent être et qu’ils sont même effectivement notre bien.&#xA;Car il est très-difficile de combattre contre l’instinct de la nature&#xA;et de résister aux preuves de sentiment : on ne s’en avise même&#xA;pas. On ne pense point au désordre du péché ; on ne fait pas&#xA;réflexion que les corps ne peuvent agir sur l’esprit que comme&#xA;causes occasionnelles ; que l’esprit ne peut immédiatement ou&#xA;par lui-même posséder quelque chose de corporel, et qu’il ne&#xA;peut s’unir à aucun objet que par sa connaissance et par son&#xA;amour ; qu’il n’y a que Dieu qui soit au-dessus de lui et qui&#xA;puisse le récompenser ou le punir par des sentiments de plaisir&#xA;ou de douleur, qui puisse l’éclairer et le mouvoir, en un mot qui&#xA;puisse agir en lui. Ces vérités, quoique très-évidentes à des&#xA;esprits attentifs, ne sont point si puissantes pour nous convaincre&#xA;que l’expérience trompeuse de l’impression sensible.&#xA;631&#xA;Lorsque nous considérons quelque chose comme partie de&#xA;nous mêmes, ou que nous nous considérons comme partie de cette&#xA;chose, nous jugeons que c’est notre bien d’y être unis ; nous&#xA;avons de l’amour pour elle, et cet amour est d’autant plus grand&#xA;que la chose à laquelle nous nous considérons comme unis nous&#xA;paraît une partie plus considérable du tout que nous composons&#xA;avec elle. Or, il y à deux sortes de preuves qui nous persuadent&#xA;qu’une chose est partie de nous-mêmes : l’instinct du sentiment et&#xA;l’évidence de la raison.&#xA;C’est par l’instinct du sentiment que je suis persuadé que mon&#xA;âme est unie à mon corps ou que mon corps fait partie de mon&#xA;être : je n’en ai point d’évidence. Ce n’est point par la lumière de&#xA;la raison que je le connais ; c’est par la douleur ou par le plaisir&#xA;que je sens lorsque les objets me frappent. On nous pique la&#xA;main, et nous en souffrons ; donc notre main fait partie de nousmêmes. On déchire notre habit, et nous n’en soufrons rien ; donc&#xA;notre habit n’est pas nous-mêmes. On nous coupe les cheveux&#xA;sans douleur, on nous les arrache avec douleμr. Cela embarrasse&#xA;les philosophes ; ils ne savent que décider. Mais leur embarras&#xA;prouve que même les plus sages jugent plutôt par l’instinct du&#xA;sentiment que par la lumière de la raison que telles choses font&#xA;ou ne font point partie d’eux-mêmes. Car s’ils en jugeaient par&#xA;l’évidence et la lumière de la raison, ils connaîtraient bientôt que&#xA;l’esprit et le corps sont deux genres d’être tout opposés, que&#xA;l’esprit ne peut s’unir au corps par lui-même, et que ce n’est que&#xA;par l’union que l’on a avec Dieu que l’âme est blessée lorsque le&#xA;corps est frappé, comme j’ai dit ailleurs. Ce n’est donc que par&#xA;l’instinct du sentiment qu’on regarde son corps et toutes les&#xA;choses sensibles auxquelles on est uni comme parties de soimême, je veux dire comme parties de ce qui pense et de ce qui&#xA;632&#xA;sent en nous, parce qu’en effet on ne peut pas reconnaître par&#xA;l’évidence de la raison ce qui n’est pas, l’évidence ne&#xA;découvrant jamais que la vérité.&#xA;Mais pour les choses intelligibles c’est tout le contraire, car&#xA;c’est par la lumière de la raison que nous reconnaissons le&#xA;rapport que nous avons avec elles. Nous découvrons par la vue&#xA;claire de l’esprit que nous sommes unis à Dieu d’une manière&#xA;bien plus étroite et bien plus essentielle qu’à notre corps ; que&#xA;sans Dieu nous ne sommes rien ; que sans lui nous ne pouvons&#xA;rien, nous ne connaissons rien, nous ne voulons rien, nous ne&#xA;sentons rien ; qu’il est notre tout, ou que nous faisons avec lui un&#xA;tout, si cela se peut dire ainsi, dont nous ne sommes qu’une partie&#xA;infiniment petite. La lumière de la raison nous découvre mille&#xA;motifs pour aimer uniquement Dieu, et pour mépriser les corps&#xA;comme indignes de notre amour. Mais nous ne sentons point&#xA;naturellement notre union avec Dieu. Ce n’est point par l’instinct&#xA;du sentiment que nous sommes persuadés que Dieu est notre tout,&#xA;si ce n’est par la grâce de Jésus-Christ, laquelle cause en&#xA;certaines personnes ce sentiment, pour les aider à vaincre le&#xA;sentiment contraire par lequel ils sont unis au corps. Car Dieu,&#xA;comme auteur de la nature, porte les esprits à son amour par une&#xA;connaissance de lumière et non point par une connaissance&#xA;d’instinct ; et selon toutes les apparences ce n’est que depuis le&#xA;péché qu’il ajoute comme auteur de la grâce l’instinct, la&#xA;délectation prévenante à la lumière : à cause que notre lumière&#xA;est maintenant beaucoup diminuée, qu’elle est incapable de nous&#xA;porter à Dieu, et que l’effort du plaisir ou de l’instinct contraire&#xA;l’affaiblit sans cesse et la rend inefficace.&#xA;Nous découvrons donc par la lumière de l’esprit que nous&#xA;633&#xA;sommes unis à Dieu et au monde intelligible qu’il renferme ; et&#xA;nous sommes convaincus par le sentiment que nous sommes unis&#xA;à notre corps, et par notre corps au monde matériel et sensible&#xA;que Dieu a créé. Mais comme nos sentiments sont plus vifs, plus&#xA;touchants, plus fréquents, et même plus durables que nos&#xA;lumières ; il ne faut pas s’étonner que nos sentiments nous agitent,&#xA;et réveillent notre amour pour toutes les choses sensibles, et que&#xA;nos lumières se dissipent et šévanouissent sans produire en nous&#xA;aucune ardeur pour la vérité.&#xA;ll est vrai qu’il y a bien des gens qui sont persuadés que Dieu&#xA;est leur vrai bien, qui l’aiment comme leur tout, et qui désirent&#xA;avec ardeur d’augmenter et de fortifier l’union qu’ils ont avec&#xA;lui. Mais il y en a très-peu qui sachent avec évidence que ce soit&#xA;s’unir avec Dieu, selon les forces naturelles, que de connaître la&#xA;vérité ; que ce soit une espèce de possession de Dieu même que&#xA;de contempler les véritables idées des choses, et que ces vues&#xA;abstraites de certaines vérités générales et immuables qui règlent&#xA;toutes les vérités particulières soient des efforts d’un esprit qui&#xA;s’attache à Dieu et qui quitte le corps. La métaphysique, les&#xA;mathématiques pures, et toutes les sciences universelles qui&#xA;règlent et qui renferment les sciences particulières, comme l’être&#xA;universel renferme tous les êtres particuliers, paraissent&#xA;chimériques presqu’à tous les hommes, aux gens de bien comme&#xA;à ceux qui n’ont aucun amour pour Dieu. De sorte que je&#xA;n’oserais presque dire que l’application à ces sciences est&#xA;l’application de l’esprit à Dieu. la plus pure et la plus parfaite&#xA;dont on soit naturellement capable, et que c’est dans la vue du&#xA;monde intelligible qu’elles ont pour objet, que Dieu même&#xA;connaît et produit ce monde sensible, duquel les corps reçoivent&#xA;la vie comme les esprits vivent de l’autre.&#xA;634&#xA;Ceux qui ne suivent que les impressions de leurs sens et que&#xA;les mouvements de leurs passions ne sont pas capables de goûter&#xA;la vérité, parce qu’elle ne les flatte pas ; et les gens de bien qui&#xA;s’opposent sans cesse à leurs passions lorsqu’elles leur&#xA;présentent de faux biens, n’y résistent pas toujours lorsqu’elles&#xA;leur cachent la vérité, ou lorsqu’elles la leur rendent méprisable ;&#xA;parce qu’on peut être homme de bien sans être fort éclairé. Il&#xA;n’est pas nécessaire pour être agréable à Dieu de savoir&#xA;exactement que nos sens, notre imagination et nos passions nous&#xA;représentent toujours les choses autrement qu’elles sont ; car&#xA;enfin l’on ne voit pas que Jésus-Christ et les apôtres aient eu&#xA;dessein de nous détromper de beaucoup d’erreurs que M.&#xA;Descartes nous a découvertes sur cette matière.&#xA;Il y a bien de la différence entre la foi et l’intelligence, entre&#xA;l’Évangile et la philosophie. Les hommes les plus grossiers sont&#xA;capables de foi, et il y en a très-peu qui soient capables de la&#xA;connaissance pure des vérités évidentes. La foi représente aux&#xA;simples Dieu comme le créateur du ciel et de la terre, et cela&#xA;suffit pour les porter à l’aimer et à le servir. La raison ne le&#xA;considère pas seulement dans ses ouvrages, Dieu était ce qu’il&#xA;est avant qu’il fût créateur ; elle tâche de l’envisager dans luimême, ou par cette grande et vaste idée d’être infiniment parfait&#xA;laquelle il renferme. Le Fils de Dieu, qui est la sagesse du Père,&#xA;ou la vérité éternelle, s’est fait homme, et s’est rendu sensible&#xA;pour se faire connaître aux hommes charnels et grossiers. Il les a&#xA;voulu instruire par ce qui les aveuglait : il les a voulu porter à&#xA;son amour et les détacher des biens sensibles par les mêmes&#xA;choses qui les captivaient. Agissant avec des —fous, il s’est&#xA;servi d’une espèce de folie pour les rendre sages. Ainsi les gens&#xA;de bien et ceux qui ont le plus de foi n’ont pas toujours le plus&#xA;635&#xA;d’intelligence. Ils peuvent connaître Dieu par la loi, et l’aimer,&#xA;par le secours de la grâce, sans savoir qu’il est leur tout de la&#xA;manière dont les philosophes peuvent l’entendre, et sans penser&#xA;que la connaissance abstraite de la vérité soit une espèce d’union&#xA;avec lui. Il ne faut donc pas être surpris s’il y a si peu de&#xA;personnes qui travaillent à fortifier l’union naturelle qu’ils ont&#xA;avec Dieu par la connaissance de la vérité, puisqu’il est&#xA;nécessaire pour cela de combattre sans cesse contre les&#xA;impressions des sens et des passions d’une manière bien&#xA;différente de celle qui est familière aux personnes les plus&#xA;vertueuses ; car les plus gens de bien ne sont pas toujours&#xA;persuadés que les sens et les passions sont trompeurs en la&#xA;manière que nous avons expliquée dans les livres précédents.&#xA;Il n’y a que les sentiments ou les pensées auxquelles le corps a&#xA;quelque part qui causent immédiatement les passions, parce qu’il&#xA;n’y a que Fébranlement des libres du cerveau qui excite quelque&#xA;émotion particulière dans les esprits animaux. Ainsi il n’y a que&#xA;les sentiments qui convainquent sensiblement que l’on tient à&#xA;certaines choses pour lesquelles ils excitent de l’amour. Or l’on&#xA;ne sent point l’union naturelle qu’on a avec Dieu lorsqu’on&#xA;connait la vérité ; on ne pense pas même à lui ; car il est et opère&#xA;en nous d’une manière si secrète et si insensible que nous ne nous&#xA;en apercevons pas. L’union que nous avons naturellement avec&#xA;Dieu n’excite donc point notre amour pour lui. Mais il n’en est&#xA;pas de même de l’union que nous avons avec les choses&#xA;sensibles. Tous nos sentiments prouvent cette union : les corps&#xA;nous frappent la vue lorsqu’ils agissent en nous, leur action n’a&#xA;rien de caché. Notre propre corps nous est même plus présent&#xA;que notre esprit, et nous le considérons comme la meilleure&#xA;partie de nous-mêmes. Ainsi l’union que nous avons avec notre&#xA;636&#xA;corps, et par notre corps, à tous les objets sensibles, excite en&#xA;nous un amour violent qui augmente cette union, et qui nous rend&#xA;dépendants des choses qui sont infiniment au-dessous de nous.&lt;/p&gt;</description>
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      <link>https://www.superphysics.org/research/malebranche/search/book-5/chapter-06/</link>
      <pubDate>Mon, 01 Jan 0001 00:00:00 +0000</pubDate>
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      <description>&lt;dl&gt;&#xA;&lt;dt&gt;CHAPITRE VI.&lt;/dt&gt;&#xA;&lt;dt&gt;Des erreurs les plus générales des passions ; quelques exemples&lt;/dt&gt;&#xA;&lt;dt&gt;particuliers.&lt;/dt&gt;&#xA;&lt;dt&gt;C’est à la morale à découvrir toutes les erreurs particulières&lt;/dt&gt;&#xA;&lt;dt&gt;dans lesquelles nos passions nous engagent touchant le bien ;&lt;/dt&gt;&#xA;&lt;dt&gt;c’est à elle à combattre les amours déréglés, à rétablir la droiture&lt;/dt&gt;&#xA;&lt;dt&gt;du cœur, à régler les mœurs. Mais ici notre fin principale est de&lt;/dt&gt;&#xA;&lt;dt&gt;régler l’esprit, et de découvrir les causes de nos erreurs à l’égard&lt;/dt&gt;&#xA;&lt;dt&gt;de la vérité : ainsi nous ne pousserons pas davantage les choses&lt;/dt&gt;&#xA;&lt;dt&gt;que nous venons de dire, qui ne regardent que l’amour du vrai&lt;/dt&gt;&#xA;&lt;dt&gt;bien. Nous allons à l’esprit, et nous ne passons par le cœur que&lt;/dt&gt;&#xA;&lt;dt&gt;parce que le cœur en est le maître. Nous recherchons la vérité en&lt;/dt&gt;&#xA;&lt;dt&gt;elle-même et sans rapport à nous ; et nous ne considérons le&lt;/dt&gt;&#xA;&lt;dt&gt;rapport qu’elle a avec nous que parce que ce rapport est cause&lt;/dt&gt;&#xA;&lt;dt&gt;que l’amour-propre nous la cache et nous la déguise ; car nous&lt;/dt&gt;&#xA;&lt;dt&gt;jugeons de toutes choses selon nos passions, et par conséquent&lt;/dt&gt;&#xA;&lt;dt&gt;nous nous trompons en toutes choses, les jugements des passions&lt;/dt&gt;&#xA;&lt;dt&gt;n’étant jamais d’accord avec les jugements de la vérité.&lt;/dt&gt;&#xA;&lt;dt&gt;C’est ce que nous apprend l’admirable saint Bernard par ces&lt;/dt&gt;&#xA;&lt;dt&gt;belles paroles&lt;/dt&gt;&#xA;&lt;dt&gt;[8]&lt;/dt&gt;&#xA;&lt;dd&gt;L’amour et la haine, dit-il, ne savent point&#xA;juger selon la vérité. Mais si vous voulez un jugement de&#xA;vérité : Je juge selon ce que j’entends&#xA;[9]&#xA;. Ce n’est point par&#xA;haine, ce n’est point par amour, ce n’est point par crainte.&#xA;Voici un jugement de haine : Nous avons une loi, et il doit&#xA;637&#xA;mourir selon notre loi&#xA;[10]&#xA;. Voici un jugement de crainte : Si nous&#xA;le laissons faire ainsi, les Romains viendront et ruineront notre&#xA;ville et notre nation&#xA;[11]&#xA;. Voici enfîn un jugement d’amour ; c’est&#xA;lorsque David parlant de son fils parricide dit : Pardonnez à&#xA;mon fils Absalon&#xA;[12]&#xA;. Notre amour, notre haine, notre crainte ne&#xA;nous font faire que de faux jugements ; et il n’y a que la lumière&#xA;pure de la vérité qui éclaire notre esprit, et que la voix distincte&#xA;de notre maître commun qui nous fasse faire des jugements&#xA;solides, pourvu que nous ne jugions que de ce qu’il nous dit, et&#xA;que selon qu’il nous le dit : Sicut audio, sic judico. Mais voyons&#xA;de quelle manière nos passions nous séduisent, afin que nous&#xA;puissions leur résister avec plus de facilité.&#xA;Les passions ont un si grand rapport avec les sens, qu’il ne&#xA;sera pas difficile d’expliquer de quelle manière elles nous&#xA;engagent dans l’erreur, après ce que nous avons dit dans le&#xA;premier livre. Car les causes générales des erreurs de nos&#xA;passions sont entièrement semblables à celles des erreurs de nos&#xA;sens.&#xA;La cause la plus générale des erreurs de nos sens est, comme&#xA;nous avons fait voir dans le premier livre, que nous attribuons&#xA;aux objets de dehors ou à notre corps les sensations qui sont&#xA;propres à notre âme ; que nous attachons les couleurs sur la&#xA;surface des corps ; que nous répandons la lumière, les sons et les&#xA;odeurs dans l’air, et que nous fixons la douleur et le&#xA;chatouillement dans les parties de notre corps qui reçoivent&#xA;quelques changements par le mouvement des corps qui les&#xA;rencontrent.&#xA;Il faut dire à peu près la même chose de nos passions. Nous&#xA;attribuons imprudemment aux objets qui les causent ou qui&#xA;638&#xA;semblent les causer toutes les dispositions de notre cœur, notre&#xA;bonté, notre douceur, notre malice, notre aigreur et toutes les&#xA;autres qualités de notre esprit. L’objet qui fait naître en nous&#xA;quelque passion, nous paraît en quelque façon renfermer en luimême ce qui se réveille en nous lorsque nous pensons à lui ; de&#xA;même que les objets sensibles nous paraissent renfermer en euxmêmes les sensations qu’ils excitent en nous par leur présence.&#xA;Lorsque nous aimons quelque personne, nous sommes&#xA;naturellement portés à croire qu’elle nous aime, et nous avons&#xA;quelque peine à nous imaginer qu’elle ait dessein de nous nuire,&#xA;ni de s’opposer à nos désirs. Mais si la haine succède à l’amour,&#xA;nous ne pouvons croire qu’elle nous veuille du bien ; nous&#xA;interprétons toutes ses actions en mauvaise part ; nous sommes&#xA;toujours sur nos gardes et dans la défiance, quoiqu’elle ne pense&#xA;pas à nous ou qu’elle ne pense qu’à nous rendre service. Enfin&#xA;nous attribuons injustement à la personne qui excite en nous&#xA;quelque passion toutes les dispositions de notre cœur ; de même&#xA;que nous attribuons imprudemment aux objets de nos sens toutes&#xA;les qualités de notre esprit.&#xA;De plus, par la même raison que nous croyons que tous les&#xA;hommes reçoivent les mêmes sensations que nous des mêmes&#xA;objets, nous pensons que tous les hommes sont agités des mêmes&#xA;passions que nous pour les mêmes sujets, pourvu que nous&#xA;croyions qu’ils en puissent être agités. Nous pensons que l’on&#xA;aime ce que nous aimons, ou que l’on désire ce que nous&#xA;désirons ; et de là naissent les jalousies et les secrètes aversions,&#xA;si le bien que nous recherchons ne peut être possédé tout entier&#xA;de plusieurs : car si plusieurs personnes peuvent le posséder sans&#xA;le diviser, comme le souverain bien, la science, la vertu, etc., il&#xA;arrive tout le contraire. nous pensons aussi que l’on hait, que l’on&#xA;639&#xA;fuit, que l’on craint les mêmes choses que nous ; et de la viennent&#xA;les liaisons et les conspirations secrètes ou manifestes selon la&#xA;nature et l’état de la chose que l’on hait, par le moyen desquelles&#xA;liaisons nous espérons de nous délivrer de nos misères.&#xA;Nous attribuons donc aux objets de nos passions les émotions&#xA;qu’ils produisent en nous ; et nous pensons que tous les autres&#xA;hommes, et même quelquefois que les bêtes en sont agitées&#xA;comme nous. Mais outre cela nous jugeons encore plus&#xA;témérairement que la cause de nos passions, qui n’est souvent&#xA;qu’imaginaire, est réellement dans quelque objet.&#xA;Lorsque nous avons un amour passionné pour quelqu’un, nous&#xA;jugeons que tout en est aimable. Ses grimaces sont des&#xA;agréments ; sa difformité n’a rien de choquant ; ses mouvements&#xA;irréguliers et ses gestes mal composes sont justes, ou pour le&#xA;moins ils sont naturels. S’il ne parle jamais, c’est qu’il est sage ;&#xA;s’il parle toujours, c’est qu’il est plein d’esprit ; s’il parle de&#xA;tout, c’est qu’il est universel ; s’il interrompt les autres sans&#xA;cesse. c’est qu’il a du feu, de la vivacité, du brillant ; enfin s’il&#xA;veut toujours primer, c’est qu’il le mérite. Notre passion nous&#xA;couvre ou nous déguise de cette sorte tous les défauts de nos&#xA;amis, et au contraire elle relève avec éclat leurs plus petits&#xA;avantages.&#xA;Mais si cette amitié qui n’est fondée, comme les autres&#xA;passions, que sur l’agitation du sang et des esprits animaux, vient&#xA;à se refroidir faute de chaleur ou d’esprits propres à l’entretenir ;&#xA;et si l’intérèt ou quelque faux rapport change la disposition du&#xA;cerveau, la haine, succédant à l’amour, ne manquera pas de nous&#xA;faire imaginer dans l’objet de notre passion tous les défauts qui&#xA;peuvent être un sujet d’aversion. Nous verrons dans cette même&#xA;640&#xA;personne des qualités toutes contraires à celles que nous y&#xA;admirions auparavant. Nous aurons honte de l’avoir aimée, et la&#xA;passion dominante ne manquera pas de se justifier et de rendre&#xA;ridicule celle dont elle a pris la place. »&#xA;La puissance et l’injustice des passions ne se bornent pas&#xA;encore aux choses que nous venons de dire, elles s’étendent&#xA;infiniment plus loin. Nos passions ne nous déguisent pas&#xA;seulement leur objet principal, mais encore toutes les choses qui&#xA;y ont quelque rapport. Non-seulement elles nous rendent&#xA;aimables toutes les qualités de nos amis, mais encore la plupart&#xA;des qualités des amis de nos amis. Elles passent même plus avant&#xA;dans ceux qui ont quelque étendue et quelque force&#xA;d’imagination ; car leurs passions ont sur leur esprit une&#xA;domination si vaste et si étendue, qu’il n’est pas possible d’en&#xA;marquer les bornes.&#xA;Les choses que je viens de dire sont des principes si généraux&#xA;et si féconds d’erreurs, de préventions et d’injustices, qu’íl est&#xA;impossible d’en faire remarquer toutes les suites. La plupart des&#xA;vérités ou plutôt des erreurs de certains lieux, de certains temps,&#xA;de certaines communautés, de certaines familles, en sont des&#xA;conséquences. Ce qui est vrai en Espagne est faux en France ; ce&#xA;qui est vrai à Paris est faux à Rome ; ce qui est certain chez les&#xA;jacobins est incertain chez les cordeliers ; ce qui est indubitable&#xA;chez les cordeliers semble être une erreur chez les jacobins. Les&#xA;jacobins se croient obligés de suivre saint Thomas, et pourquoi ?&#xA;c’est souvent parce que ce saint docteur était de leur ordre. Les&#xA;cordeliers au contraire embrassent les sentiments de Scot, parce&#xA;que Scot était cordelier.&#xA;Il y a de même des vérités et des erreurs de certains temps. La&#xA;641&#xA;terre tournait il y à deux mille ans ; elle est demeurée immobile&#xA;jusqu’à nos jours ; et voici qu’elle commence à s’ébranler. On a&#xA;brûlé autrefois Aristote ; un concile provincial, approuvé par un&#xA;pape, a très-sagement défendu qu’on enseignât sa physique. On&#xA;l’a admiré depuis ce temps-là, et voici qu’on commence à le&#xA;mépriser. Il y a des opinions reçues présentement dans les écoles&#xA;qui ont été rejetées comme des hérésies, et ceux qui les&#xA;soutenaient excommuniés comme des hérétiques par quelques&#xA;évêques ; parce que les passions causant des factions, les&#xA;factions produisent de ces vérités ou de ces erreurs aussi&#xA;inconstantes que la cause qui les excite. Par exemple, les hommes&#xA;sont indifférents à l’égard de la stabilité de la terre et de la&#xA;forme&#xA;[13] de corporéíté ; mais ils ne sont point indifférents pour&#xA;ces opinions lorsqu’elles sont soutenues par ceux qu’ils haïssent.&#xA;Ainsi, l’aversion soutenue par quelque sentiment confus de piété&#xA;fait naître un zèle indiscret, qui s’échauffe et qui s’allume peu à&#xA;peu, et qui produit enfin de ces événements qui ne paraissent&#xA;étranges à tout le monde que long-temps après qu’ils sont arrivés.&#xA;On a de la peine à s’imaginer que la passion aille jusque-là ;&#xA;mais c’est que l’on ne sait pas que nos passions s’étendent à tout&#xA;ce qui les peut satisfaire. Aman ne voulait peut-être point de mal&#xA;à tout le peuple juif ; mais Mardochée ne le salue pas, il est Juif :&#xA;il faut donc perdre toute la nation, la vengeance en sera plus&#xA;magnifique.&#xA;Il s’agit, entre des plaideurs, de savoir qui a droit à une terre :&#xA;ils ne devraient apporter que leurs titres et ne dire que ce qui a&#xA;rapport à leur affaire, ou qui la peut rendre meilleure. Cependant&#xA;ils ne manquent pas de dire toute sorte de mal les uns des autres.&#xA;de se contredire en toutes choses, de former des contestations et&#xA;642&#xA;des accusations inutiles, et d’embrouiller leur procès d’une&#xA;infinité d’accessoires qui confondent le principal. Enfin toutes&#xA;les passions s’ótendent aussi loin que la vue de l’esprit de ceux&#xA;qui en sont émus ; je veux dire qu’il n’y a aucune chose que nous&#xA;pensions avoir quelque rapport avec l’objet de nos passions, à&#xA;laquelle le mouvement de ces passions ne s’étende. Et voici&#xA;comment cela se fait.&#xA;Les traces des objets sont tellement liées les unes les autres&#xA;dans le cerveau, qu’il est impossible que le cours des esprits en&#xA;réveille quel qu’une avec force, que plusieurs autres ne se&#xA;rouvrent en même temps. L’idée principale de la chose il laquelle&#xA;on pense est donc nécessairement accompagnée d’un grand&#xA;nombre d’idées accessoires, lesquelles s’augmentent d’autant&#xA;plus que l’impression des esprits animaux est plus violente. Or,&#xA;cette impression des esprits ne peut manquer d’être violente dans&#xA;les passions, à cause que les passions poussent sans cesse dans&#xA;le cerveau, en abondance et avec beaucoup de force, les esprits&#xA;propres pour conserver les traces des idées qui représentent leur&#xA;objet. Ainsi, le mouvement d’amour ou de haine ne s’étend pas&#xA;seulement à l’objet principal de la passion, mais encore à toutes&#xA;les choses que l’on reconnaît avoir quelque rapport à cet objet ;&#xA;parce que le mouvement de l’âme, dans la passion, suit la&#xA;perception de l’esprit, de même que le mouvement des esprits&#xA;animaux, dans le cerveau, suit les traces du cerveau, tant celles&#xA;qui réveillent l’idée principale de l’objet de la passion que les&#xA;autres qui y ont rapport.&#xA;Il ne faut donc pas s’étonner si les hommes poussent si loin&#xA;leur haine ou leur amour, et s’ils font des actions si bizarres et si&#xA;surprenantes. Il y à une raison particulière de tous ces effets,&#xA;643&#xA;quoique nous ne la connaissions pas. Leurs idées accessoires ne&#xA;sont point toujours semblables aux nôtres ; nous ne les pouvons&#xA;connaître. Ainsi, il y a toujours quelque raison particulière qui&#xA;les fait agir d’une manière qui nous paraît si extravagante.&lt;/dd&gt;&#xA;&lt;/dl&gt;</description>
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      <link>https://www.superphysics.org/research/malebranche/search/book-5/chapter-07/</link>
      <pubDate>Mon, 01 Jan 0001 00:00:00 +0000</pubDate>
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      <description>&lt;p&gt;CHAPITRE VII.&lt;/p&gt;&#xA;&lt;p&gt;Des passions en particulier, et premièrement de l’admiration et de ses mauvais effets.&#xA;Tout ce que j’ai dit jusqu’ici des passions est général ; mais il&#xA;n’est pas fort difficile d’en tirer des conséquences particulières.&#xA;Il n’y a qu’à faire quelque réflexion sur ce qui se passe dans soimême et sur les actions des autres, et l’on découvrira plus de ces&#xA;sortes de vérités, d’une seule vue, que l’on n’en pourrait&#xA;expliquer dans un temps considérable. Cependant il y a si peu de&#xA;personnes qui s’avisent de rentrer dans eux-mêmes et qui fassent&#xA;pour cela quelque effort d’esprit, qu’afin de les y exciter et de&#xA;réveiller leur attention, il est nécessaire de descendre quelque&#xA;peu dans le particulier.&lt;/p&gt;</description>
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      <title></title>
      <link>https://www.superphysics.org/research/malebranche/search/book-5/chapter-08/</link>
      <pubDate>Mon, 01 Jan 0001 00:00:00 +0000</pubDate>
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      <description>&lt;p&gt;CHAPITRE VIII.&#xA;Continuation du même sujet. Du bon usage que 1’on peut faire de l’admiration et des&#xA;autres passions.&#xA;Toutes les passions ont deux effets fort considérables, elles&#xA;appliquent l’esprit et elles gagnent le cœur. En ce qu’elles&#xA;appliquent l’esprit, elles peuvent être fort utiles à la&#xA;connaissance de la vérité : pourvu que l’on sache en faire usage ;&#xA;car l’application produit la lumière, et la lumière découvre la&#xA;vérité. Mais en ce qu’elles gagnent le coeur, elles font toujours un&#xA;mauvais effet ; parce qu’elles ne gagnent le cœur, qu’en&#xA;667&#xA;corrompant la raison, et en lui représentant les choses non selon&#xA;ce qu’elles sont en elles-mêmes, ou selon la vérité, mais selon le&#xA;rapport qu’elles ont avec nous.&#xA;De toutes les passions celle qui va le moins au cœur, c’est&#xA;l’admiration ; car c’est la vue des choses, comme bonnes ou&#xA;comme mauvaises, qui nous agite ; la vue des choses comme&#xA;nouvelles, comme grandes et extraordinaires sans autre rapport&#xA;avec nous, ne nous touche presque pas. Ainsi l’admiration qui&#xA;accompagne la connaissance de la grandeur ou de l’excellence&#xA;des choses nouvelles que nous considérons corrompt beaucoup&#xA;moins la raison que toutes les autres passions, et elle peut même&#xA;être d’un grand usage pour la connaissance de la vérité ; pourvu&#xA;que l’on ait beaucoup de soin d’empêcher qu’elle ne soit suivie&#xA;des autres passions, comme il arrive presque toujours.&#xA;Dans l&amp;rsquo;admiration, les esprits animaux sont poussés avec force&#xA;vers les endroits du cerveau qui représentent l’objet nouveau&#xA;selon ce qu’il est en lui-même ; ils y font des traces distinctes et&#xA;assez profondes pour s’y conserver long-temps ; et par&#xA;conséquent l’esprit en à une idée assez claire ou assez nette, et il&#xA;s’en ressouvient facilement. Ainsi l’on ne peut nier que&#xA;l’admiration ne soit très-utile pour les sciences, puisqu’elle&#xA;applique et qu’elle éclaire l’esprit. Il n’en est pas de même des&#xA;autres passions ; elles appliquent l’esprit, mais elles ne&#xA;l’éclairent pas. Elles l’appliquent, parce qu’elles réveillent les&#xA;esprits animaux dont le cours est nécessaire pour la formation et&#xA;la conservation des traces ; mais elles ne l’éclairent pas, ou elles&#xA;l’éclairent d’un faux jour et d’une lumière trompeuse, parce&#xA;qu’elles poussent de telle manière ces mêmes esprits, qu’ils ne&#xA;représentent les objets que selon le rapport qu’ils ont avec nous,&#xA;668&#xA;et non pas selon ce qu’ils sont en eux-mêmes.&#xA;Il n’y a rien de si difficile que de s’appliquer long-tempsà une&#xA;chose lorsque, ne l’admirant point, les esprits animaux ne se&#xA;portent pas facilement aux endroits nécessaires pour se la&#xA;représenter. On a beau nous dire que nous soyons attentifs ; nous&#xA;ne pouvons pas l’être, ou nous ne pouvons pas l’être long-temps,&#xA;quoique d’ailleurs nous soyons persuadés, d’une certaine&#xA;persuasion abstraite et qui n’agite point les esprits, que la chose&#xA;mérite fort notre application, ll est nécessaire que nous trompions&#xA;notre imagination pour réveiller nos esprits, et que nous nous&#xA;représentions d’une manière nouvelle le sujet que nous voulons&#xA;méditer, afin d’exciter en nous quelque mouvement d’admiration.&#xA;Nous voyons tous les jours des esprits qui ne trouvent point de&#xA;goût à l’étude ; rien ne leur parait plus pénible que l’application&#xA;de l’esprit. Ils sont convaincus qu’ils doivent étudier certaines&#xA;matières, et ils font pour cela tous leurs efforts, mais ces efforts&#xA;sont assez inutiles ; ils n’avancent pas beaucoup et ils se lassent&#xA;incontinent. Il est vrai que les esprits animaux obéissent aux&#xA;ordres de la volonté, et que l’on se rend attentif lorsqu’on le&#xA;souhaite. Mais, lorsque la volonté qui commande est une volonté&#xA;de pure raison, qui n’est point soutenue de quelque passion, cela&#xA;se fait d’une manière si faible et si languissante, que nos idées&#xA;ressemblent alors à des fantômes qu’on ne fait qu’entrevoir, et&#xA;qui disparaissent en un moment. Nos esprits animaux reçoivent&#xA;tant d’ordres secrets de la part de nos passions, et ils ont par&#xA;nature et par habitude uuesi grande facilité il les exécuter, qu’ils&#xA;sont très-aisément détournés le ces chemins nouveaux et difficiles&#xA;ou la volonté les voulait engager. De sorte que c’est&#xA;principalement dans ces rencontres que l’on a besoin d’une grâce&#xA;669&#xA;particulière pour connaître la vérité, parce qu’on ne peut, par ses&#xA;propres forces, résister long-temps au poids lu corps qui&#xA;appesantit l’esprit ; ou, si on le peut, on ne fait jamais ce que l’on&#xA;peut.&#xA;Mais lorsque quelque mouvement (l’admiration nous réveille,&#xA;les esprits animaux se répandent naturellement vers les traces de&#xA;l’objet qui l’ont excitée ; ils le représentent nettement à l’esprit,&#xA;et il se fait dans le cerveau tout ce qui est nécessaire pour&#xA;produire la lumière et l’évidence, sans que la volonté se fatigue à&#xA;pousser les esprits rebelles. Ainsi ceux qui sont capables&#xA;d’admiration sont beaucoup plus propres a l’étude que ceux qui&#xA;n’en sont point susceptibles ; ils sont ingénieux, et les autres sont&#xA;stupides.&#xA;Cependant, lorsque l’admiration devient excessive et qu’elle&#xA;va jusqu’à l’étonnement ou à l’épouvante, ou enfin lorsqu’elle ne&#xA;porte point à une curiosité raisonnable, elle fait un très-mauvais&#xA;effet ; car alors les esprits animaux sont tout occupés à&#xA;représenter l’objet par celui de ses côtés que l’on admire. On ne&#xA;pense pas seulement aux autres faces selon lesquelles on le peut&#xA;considérer. Les esprits animaux ne se répandent pas même dans&#xA;les parties du corps pour y faire leurs fonctions ordinaires ; mais&#xA;ils impriment des vestiges si profonds de l’objet qu’ils&#xA;représentent, ils rompent un si grand nombre de fibres dans le&#xA;cerveau, que l’idée qu’ils ont excitée ne se peut plus effacer de&#xA;l’esprit.&#xA;Il ne suffit pas que l’admiration nous rende attentifs, il faut&#xA;qu’elle nous rende curieux ; il ne subit pas que nous ayons&#xA;considéré une des faces de quelque objet pour le connaître&#xA;pleinement, il faut que nous ayons eu la curiosité de les examiner&#xA;670&#xA;toutes, autrement nous n’en pouvons juger solidement. Ainsi&#xA;lorsque l’admiration ne nous porte point à examiner les choses&#xA;dans la dernière exactitude, ou lorsqu’elle nous en empêche, elle&#xA;est très-inutile pour la connaissance de la vérité. Alors elle ne&#xA;remplit l’esprit que de vraisemblances et de probabilités, et elle&#xA;nous porte à juger témérairement de toutes choses.&#xA;Il ne suffit pas d’admirer simplement pour admirer, il faut&#xA;admirer pour examiner ensuite avec plus de facilité. Les esprits&#xA;animaux qui se réveillent naturellement dans l’admiration&#xA;viennent s’offrir à l’ãme, afin qu’elle s’en serve pour se&#xA;représenter plus distinctement son objet et pour le mieux&#xA;connaître. C’est là l’institution de la nature ; car l’admiration doit&#xA;porter à la curiosité, et la curiosité doit conduire à la&#xA;connaissance de la vérité. Mais l’âme ne sait pas faire usage de&#xA;ses forces. Elle préfère un certain sentiment de douceur qu’elle&#xA;reçoit de cette abondance d’esprits qui la touchent à la&#xA;connaissance de l’objet qui les excite. Elle aime mieux sentir ses&#xA;richesses que de les dissiper par l’usage ; et elle ressemble en&#xA;cela aux avares, qui aiment mieux posséder leur argent que de&#xA;s’en servir dans leurs besoins.&#xA;Les hommes se plaisent généralement dans tout ce qui les&#xA;touche de quelque passion que ce puisse être. Ils ne donnent pas&#xA;seulement de l’argent pour se faire toucher de tristesse parla&#xA;représentation d’une tragédie, ils en donnent aussi à des joueurs&#xA;de gobelets pour se faire toucher d’admiration, car on ne peut pas&#xA;dire que ce soit pour être trompés qu’ils leur en donnent. Ce&#xA;sentiment de douceur intérieure que l’on sent en admirant est&#xA;donc la principale cause pour laquelle on s’arrête dans&#xA;l’admiration, sans en faire l’usage que la raison et la nature nous&#xA;671&#xA;prescrivent ; car c’est ce sentiment de douceur qui tient les&#xA;admirateurs si fort attachés aux sujets de leur admiration, qu’ils&#xA;se mettent en colère lorsqu’on leur en montre la vanité. Quand un&#xA;homme affligé goûte la douceur de la tristesse, on le fâche&#xA;lorsqu’on le veut réjouir. Il en est de même de ceux qui&#xA;admirent : il semble qu’on les blesse ; lorsqu’on s’efforce de leur&#xA;faire voir que c’est sans raison qu’ils admirent, parce qu’ils&#xA;sentent diminuer en eux le plaisir secret qu’ils reçoivent dans&#xA;leur passion à proportion que l’idée qui la causait s’efface de&#xA;leur esprit.&#xA;Les passions tâchent toujours de se justifier, et elles&#xA;persuadent insensiblement que l’on a raison de les suivre. La&#xA;douceur et le plaisir qu’elles font sentir à l’esprit, qui doit être&#xA;leur juge, le corrompent en leur faveur, et voici à peu près de&#xA;quelle manière on pourrait dire qu’elles le font raisonner : on ne&#xA;doit juger des choses que selon les idées qu’on en a ; et de toutes&#xA;nos idées, les plus sensibles sont les plus réelles, puisqu’elles&#xA;agissent sur nous avec le plus de force ; ce sont donc celles selon&#xA;lesquelles on doit le plutôt juger. Or le sujet que j’admire&#xA;renferme une idée sensible de grandeur : donc j’en dois juger&#xA;selon cette idée, car je dois avoir de l’estime et de l’amour pour&#xA;la grandeur ; ainsi j’ai raison de m’arrêter à cet objet et de m’en&#xA;occuper. En effet, le plaisir que je sens à la vue de l’idée qui le&#xA;représente est une preuve naturelle que c’esl mon bien d’y&#xA;penser ; car enfin il me semble que je m’agrandis quand j’y&#xA;pense, et que mon esprit a plus d’étendue lorsqu’il embrasse une&#xA;si grande idée. L’esprit cesse d’être lorsqu’il ne pense à rien ; si&#xA;cette idée s’évanouissait, il me semble que mon esprit&#xA;s’évanouirait avec elle, ou qu’il deviendrait plus petit et plus&#xA;resserré s’il s’attachait à une idée qui fût plus petite. La&#xA;672&#xA;conservation de cette grande idée est donc la conservation de la&#xA;grandeur et de la perfection de mon être : j’ai donc raison&#xA;d’admirer. Les autres devraient même avoir de l’admiration pour&#xA;moi s’ils me faisaient justice ; en effet, je suis quelque chose de&#xA;grand parle rapport que j’ai avec les grandes choses : je les&#xA;possède en quelque manière par l’admiration que j’ai pour elles,&#xA;et je le sens bien par l’avant-goût dont une sorte d’espérance me&#xA;fait jouir. Les autres hommes seraient heureux aussi bien que moi,&#xA;si connaissant ma grandeur ils s’attachaient comme moi il la&#xA;cause qui la produit ; mais ce sont des aveugles, qui ne&#xA;connaissent pas les belles et les grandes choses et qui ne savent&#xA;pas s’élever ni se rendre considérables.&#xA;Un peut dire que l’esprit raisonne naturellement de cette&#xA;manière sans y faire réflexíon lorsqu’il se laisse conduire aux&#xA;lumières trompeuses de ses passions ; Ces raisonnements ont&#xA;quelque vraisemblance, mais il est visible qu’ils n’ont aucune&#xA;solidité ; et cependant cette vraisemblance, ou plutôt le sentiment&#xA;confus de la vraisemblance qui accompagne ces raisonnements&#xA;naturels et sans réflexion, ont tant de force, que si l’on n’y prend&#xA;garde ils ne manquent jamais de nous séduire.&#xA;Par exemple, lorsque la poésie, l’histoire, la chimie, ou telle&#xA;autre science humaine qu’il vous plaira, a frappé l’imagination&#xA;d’un jeune homme de quelques mouvements d’admiration, s’il n’a&#xA;soin de veiller sur l’effort que ces mouvements font sur son&#xA;esprit, s’il n’examine à fond quels sont les avantages de ces&#xA;sciences, s’il ne compare la peine qu’il aura à les apprendre&#xA;avec le profit qu’il en pourra recevoir, enfin s’il n’est curieux&#xA;autant quiil le faut être pour bien juger, il y a grand danger que&#xA;son admiration, ne lui faisant voir ces sciences que par le bel&#xA;673&#xA;endroit, ne le séduise ; il est même fort à craindre qu’elle ne lui&#xA;corrompe le cœur de telle manière qu’il ne puisse plus se défaire&#xA;de son illusion, quoiqu’il la reconnaisse dans la suite ; parce&#xA;qu’il n’est pas possible d’effacer de son cerveau des traces&#xA;profondes qu’une admiration continuelle y aura gravées : c’est&#xA;pour cela qu’il faut veiller sans cesse a la pureté de son&#xA;imagination, c’est-ii-dire qu’il faut empêcher qu’il ne s”y forme&#xA;de ces traces dangereuses qui corrompent l’esprit et le cœur ; et&#xA;voici la manière dont il s”y faut prendre, qui sera utile nonseulement contre l’excès de l’admiration, mais aussi contre toutes&#xA;les autres passions.&#xA;Lorsque le mouvement des esprils animaux est assez violent&#xA;pour faire dans le cerveau de ces traces profondes qui&#xA;corrompent l’imagination, il est toujours accompagné de quelque&#xA;émotion de l’âme ; ainsi l’âme ne pouvant être émue sans le&#xA;sentir, elle est suffisamment avertie de prendre garde à elle et&#xA;d’examiner s’il lui est avantageux que ces traces s’achèvent et se&#xA;fortifient ; mais dans le temps de l’émotion, l’esprit n’étant pas&#xA;assez libre pour bien juger de l’utilité de ces traces, à cause que&#xA;cette émotion le trompe et l’incline à les favoriser, il faut faire&#xA;tous ses efforts pour arrêter cette émotion, ou pour détourner&#xA;ailleurs le mouvement des esprits qui la cause, et cependant il est&#xA;absolument nécessaire de suspendre son jugement.&#xA;Or il ne faut pas s’imaginer que l’âme puisse toujours par sa&#xA;seule volonté arrêter ce cours d’esprits qui l’empêche de faire&#xA;usage de sa raison. Ses forces ordinaires ne sont pas suffisantes&#xA;pour faire cesser des mouvements qu’elle n’a pas excités ; de&#xA;sorte qu’elle doit se servir d’adresse pour tâcher de tromper un&#xA;ennemi qui ne l’attaque que par surprise.&#xA;674&#xA;Comme le mouvement des esprits réveille dans l’âme certaines&#xA;pensées, nos pensées excitent aussi dans notre cerveau certains&#xA;mouvements ; ainsi, lorsque nous voulons arrêter quelque&#xA;mouvement t d’esprits qui s’e›cite en nous, il ne suffit pas de&#xA;vouloir qu’il cesse, car cela n’est pas toujours capable de&#xA;l’arrêter, il faut se servir d’adresse et se représenter des choses&#xA;contraires à celles qui excitent et qui entretiennent ce mouvement,&#xA;et cela fera révulsion ; mais si nous voulons seulement&#xA;déterminer ailleurs un mouvement d’esprits déjà excité, nous ne&#xA;devons pas penser à des choses contraires, mais seulement à des&#xA;choses différentes de celles qui l’ont produit, et cela fera sans&#xA;doute diversion.&#xA;Mais parce que la diversion et la róvulsion seront grandes ou&#xA;petites, à proportion que nos nouvelles pensées seront&#xA;accompagnées d’un grand ou d’un petit mouvement d’esprits, il&#xA;faut avoir soin de bien remarquer quelles sont les pensées qui&#xA;nous agitent le plus afin de pouvoir dans les occasions pressantes&#xA;les représenter à notre imagination qui nous séduit, et il faut&#xA;tâcher de se faire une habitude si forte de cette manière de&#xA;résistance, qu’il ne s’excite plus dans notre âme de mouvement&#xA;qui nous surprenne.&#xA;Si l’on a soin d’attacher fortement la pensée de l’éternité ou&#xA;quel qu’autre pensée solide aux mouvements extraordinaires qui&#xA;s’excitent en nous, il n’arrivera plus de mouvements violents et&#xA;extraordinaires qu’ils ne réveillent en même temps cette idée et&#xA;qu’ils ne fournissent par conséquent des armes pour leur&#xA;résister : ces choses sont prouvees par l’expérience et par les&#xA;raisons que l’on a dites lans le chapitre de la liaison des idées ;&#xA;de sorte qu’on ne doit. pas s’imaginer qu’il soit absolument&#xA;675&#xA;impossible de vaincre par adresse l’effort de ses passions&#xA;lorsqu’on en a une ferme volonté.&#xA;Néanmoins, il ne faut pas prétendre qu’on se rende impeccable&#xA;ni que l’on puisse éviter toute erreur par cette sorte de&#xA;résistance ; car. premièrement, il est difficile d’acquérir et de&#xA;conserver cette habitude que nos mouvements extraordinaires&#xA;réveillent en nous certaines idées propres pour les combattre ;&#xA;secondement, supposez qu’on l’ait acquise, ces mouvements&#xA;d’esprits exciteront directement les idées qu’il faut combattre, et&#xA;indirectement celles par lesquelles il les faut combattre ; de sorte&#xA;que les mauvaises idées étant les principales, elles auront.&#xA;toujours plus de force que celles qui ne sont qu’accessoires, et il&#xA;sera toujours nécessaire que la volonté résiste ; en troisième lieu,&#xA;ces mouvements d’esprits peuvent être si violents, qu’ils&#xA;remplissent toute la capacité de l’âme, de sorte qu’il n’y reste&#xA;plus de place, s’il est permis de parler ainsi, pour recevoir l’idée&#xA;accessoire propre pour faire révulsion dans les esprits, ou pour&#xA;l’y recevoir de telle manière qu’on la puisse considérer avec&#xA;quelque attention ; enfin, il y a tant de circonstances particulières&#xA;qui peuvent rendre ce remède inutile, que l’on ne doit pas trop&#xA;s’y fier, quoi qu’il ne faille pas aussi le négliger. On doit sans&#xA;cesse recourir à la prière pour recevoir du ciel le secours&#xA;nécessaire dans le temps du combat, et tâcher cependant de se&#xA;rendre présente à l’esprit quelque vérité si solide et si forte que&#xA;l’on puisse par ce moyen vaincre les passions les plus violentes,&#xA;car il faut que je dise ici en passant que des personnes de piété&#xA;retombent souvent dans les mêmes fautes, parce qu’elles&#xA;remplissent leur esprit d’un grand nombre de vérités qui ont plus&#xA;d’éclat que de force, et qui sont plus propres à dissiper et à&#xA;partager leur esprit qu’à le fortifier contre les tentations ; au lieu&#xA;676&#xA;que des personnes grossières et peu éclairées sont fidèles dans&#xA;leur devoir, parce qu’elles se sont rendu familière quelque&#xA;grande et solide vérité qui les fortifie et qui les soutient en toutes&#xA;rencontres.&lt;/p&gt;</description>
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      <title></title>
      <link>https://www.superphysics.org/research/malebranche/search/book-5/chapter-09/</link>
      <pubDate>Mon, 01 Jan 0001 00:00:00 +0000</pubDate>
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      <description>&lt;p&gt;CHAPITRE IX.&#xA;De l&amp;rsquo;amour et de l&amp;rsquo;aversion, et de leurs principales espèces.&#xA;L&amp;rsquo;amour et l’aversion sont les premières passions qui&#xA;succèdent à l’admiration. Nous ne considérons pas long-temps un&#xA;objet sans découvrir les rapports qu’il a avec nous, ou avec&#xA;quelque chose que nous aimons. L’objet que nous aimons, et&#xA;auquel par conséquent nous sommes unis par notre amour, nous&#xA;étant presque toujours présent aussi bien que celui que nous&#xA;admirons actuellement, notre esprit fait sans peine et sans de&#xA;grandes réflexions les comparaisons nécessaires pour découvrir&#xA;les rapports qu’ils ont entre eux et avec nous, ou bien il en est&#xA;averti naturellement par des sentiments prévenants de plaisir et&#xA;de douleur ; et alors le mouvement d’amour que nous avons pour&#xA;nous et pour l’objet que nous aimons, s&amp;rsquo;étend jusqu’à celle que&#xA;nous admirons, si le rapport qu’elle a immédiatement avec nous,&#xA;ou avec quelque chose qui nous soit uni, nous paraît avantageux&#xA;ou par la connaissance ou par le sentiment ; or ce nouveau&#xA;mouvement de l’âme, ou plutôt ce mouvement de l&amp;rsquo;âme&#xA;nouvellement déterminé, étant joint à celui des esprits animaux et&#xA;suivi du sentiment qui accompagne la nouvelle disposition que ce&#xA;nouveau mouvement d’esprit produit dans le cerveau, est la&#xA;passion qu’on appelle ici amour.&#xA;Mais, si nous sentons par quelque douleur, ou si nous&#xA;677&#xA;découvrons par une connaissance claire et évidente que l’union&#xA;ou le rapport de l’objet que nous admirons nous est&#xA;désavantageux, ou à quelque chose qui nous soit uni, alors le&#xA;mouvement d’amour que nous avons pour nous et pour la chose&#xA;qui nous est unie, se borne dans nous ou se porte vers elle ; il ne&#xA;suit point la vue de l’esprit, il ne se répand point vers l’objet de&#xA;notre admiration. Mais comme le mouvement vers le bien en&#xA;général que l’auteur de lalnature imprime sans cesse dans l’âme&#xA;ne la porte que vers ce que l’on connait et que l’on sent comme&#xA;bon ou comme convenable à notre nature, on peut dire que le&#xA;refus que fait l’âme de s’approcher et de s’unir avec un objet qui&#xA;ne lui convient nullement, est une espèce de mouvement&#xA;volontaire dont le terme est le néant ; or ce mouvement volontaire&#xA;de l’âme étant joint a celui des esprits et du sang, et suivi du&#xA;sentiment qui accompagne la nouvelle disposition que ce&#xA;mouvement d’esprit produit dans le cerveau, est la passion que&#xA;l’on appelle ici aversion.&#xA;Cette passion est entièrement contraire à l’amour, mais elle&#xA;n’est jamais sans amour ; elle est entièrement contraire à l’amour,&#xA;car elle sépare, et l’amour unit ; elle a le néant pour son terme, et&#xA;l’amour a toujours l’être pour objet ; elle résiste au mouvement&#xA;naturel et le rend inutile, et l’amour s’y abandonne et le rend&#xA;victorieux. Mais elle n’est jamais séparée de l’amour ; car si le&#xA;mal qui est son objet est pris pour la privation du bien, fuir le&#xA;mal c’est fuir la privation du bien, c’est-à-dire tendre vers le&#xA;bien ; et ainsi l’aversion de la privation du bien est l’amour du&#xA;bien. Mais si le mal est pris pour la douleur, l’aversion de la&#xA;douleur n’est pas l’aversion de la privation du plaisir, puisque la&#xA;douleur étant un sentiment aussi réel que le plaisir, elle-n’en est&#xA;pas la privation ; mais l’aversion de la douleur étant l’aversion&#xA;678&#xA;de quelque misère intérieure, on n’aurait point cette aversion si&#xA;l’on ne s’aimait : enfin le mal se peut prendre pour ce qui cause&#xA;en nous la douleur. ou pour ce qui nous prive du bien ; et alors&#xA;l’aversion dépend de l’amour de nous-mêmes, ou de l’amour de&#xA;quelque chose in laquelie nous souhaitons d’être unis. L’amour et&#xA;l’aversion sont donc les deux passions-mères opposées entre&#xA;elles ; mais l’amour est la première, la principale et la plus&#xA;universelle.&#xA;On distingue souvent, dans la morale, les vertus ou les espèces&#xA;de charités par la différence des objets ; mais cela confond&#xA;quelquefois la véritable idée qu’on doit avoir de la vertu,&#xA;laquelle dépend plutôt de la fin qu’on se propose que de toute&#xA;autre chose. Ainsi nous ne croyons pas en devoir faire de même&#xA;des passions : nous ne les distinguerons point ici par les objets,&#xA;parce qu’un seul objet peut les exciter toutes, et que dix mille&#xA;objets peuvent n’en exciter qu’une même ; car encore que les&#xA;objets soient différents entre eux, ils ne sont pas toujours&#xA;différents par rapport à nous, et ils n’excitent pas en nous des&#xA;passions différentes. Un bâton de maréchal de France promis est&#xA;différent d’une crosse promise ; cependant ces deux marques&#xA;d’honneur excitent à peu près dans les ambitieux la même&#xA;passion, parce qu’elles réveillent dans l’esprit une même idée de&#xA;bien : mais un bâton de maréchal de France, promis, accordé,&#xA;possédé, ôte, excite des passions toutes différentes, à cause qu’il&#xA;réveille dans l’esprit différentes idées de bien.&#xA;Il ne faut donc pas multiplier les passions selon les différents&#xA;objets qui les causent, mais il en faut seulement admettre autant&#xA;qu’il y a d’idées accessoires, qui accompagnent l’idée principale&#xA;du bien ou du mal, et qui la changent considérablement par&#xA;679&#xA;rapport ii nous. Car l&amp;rsquo;idée générale du bien ou la sensation du&#xA;plaisir qui est un bien à celui qui le goûte, agitant l’áme et les&#xA;esprits animaux, elle produit la passion générale de l’amour, et&#xA;les idées accessoires de ce bien déterminent l’agitation générale&#xA;de l’âme et le cours des esprits animaux, d’une manière&#xA;particulière qui met l’esprit et le corps dans la disposition où ils&#xA;doivent être par rapport au bien que l’on aperçoit, et elles&#xA;produisent ainsi toutes les passions particulières.&#xA;Ainsi, l&amp;rsquo;idée générale du bien produit un amour indéterminé,&#xA;qui n’est qu’une suite de l’amour-propre ou du désir naturel&#xA;d’ètre heureux.&#xA;L’ídée du bien que l’on possède produit un amour de joie.&#xA;L’ídée d’un bien que l’on ne possède pas, mais que l’on espere&#xA;de posséder, c’est-à-dire que l’on juge pouvoir posséder, produit&#xA;un amour de désir.&#xA;Enfin, l’idée d’un bien que l’on ne possède pas et que l’on&#xA;n’espère pas de posséder, ou, ce qui fait le même effet, l’idée&#xA;d’un bien que l’on n’espère pas de posséder sans la perte de&#xA;quelque autre, ou que l’on ne peut conserver lorsqu’on le&#xA;possède, produit un amour de tristesse. Ce sont là les trois&#xA;passions simples ou primitives qui ont le bien pour objet, car&#xA;l’espérance qui produit la joie n’est point une émotion de l’âme,&#xA;mais un simple jugement.&#xA;Mais on doit remarquer que les hommes ne bornent point leur&#xA;être dans eux-mêmes, et qu’ils l’étendent à toutes les choses et à&#xA;toutes les personnes auxquelles il leur paraît avantageux de&#xA;s’unir. De sorte qu’on doit concevoir qu’ils possèdent en quelque&#xA;manière un bien, lorsque leurs amis en jouissent, quoiqu’ils ne le&#xA;possèdent pas immédiatement par eux-mêmes. Ainsi, lorsque je&#xA;680&#xA;dis que la possession du bien produit la joie, je ne l’entends pas&#xA;seulement de la possession ou de l’union immédiate, mais de&#xA;toute autre, car nous sentons naturellement de la joie lorsqu’il&#xA;arrive quelque bonne fortune à ceux que nous aimons.&#xA;Le mal, comme j’ai déjà dit, se peut prendre en trois&#xA;manières : ou pour la privation du bien, ou pour la douleur, ou&#xA;enfin pour la chose qui cause la privation du bien ou qui produit&#xA;la douleur.&#xA;Dans le premier sens, l’idée du mal étant la même que l’idée&#xA;d’un bien que l’on ne possède pas, il est visible que cette idée&#xA;produit la tristesse, ou le désir, ou même la joie, car la joie&#xA;s’excite toujours lorsqu’on se sent privé de la privation du bien,&#xA;c’est-à-dire lorsqu’on possède le bien. De sorte que les passions&#xA;qui regardent le mal pris en ce sens sont les mêmes que celles qui&#xA;ringardent le bien, parce qu’en effet elles ont aussi le bien pour&#xA;leur objet.&#xA;Que si par le mal on entend la douleur, laquelle seule est&#xA;toujours un mal réel á celui qui la soulfre dans le temps qu’il la&#xA;souffre, alors le sentiment de ce mal produit les passions de&#xA;tristesse et de désir de l’anéantissement de ce mal, passions qui&#xA;sont des espèces d&amp;rsquo;aversion et non d’amoμr, car leur mouvement&#xA;est entièrement opposé à celui qui accompagne la vue du bien, ce&#xA;mouvement n’étant que l’opposition de l’âme qui résiste à&#xA;l’impression naturelle, c’est-à-dire un mouvement dont le terme&#xA;est le néant.&#xA;Le sentiment actuel de la douleur produit une aversion de&#xA;tristesse.&#xA;La douleur que l’on ne souffre pas, mais que l’on craint de&#xA;souffrir, produit une aversion de désir dont le terme est le néant&#xA;681&#xA;de cette douleur.&#xA;Enñn, la douleur que l’on ne souffre pas et que l’on ne craint&#xA;point de souffrir, ou, ce qui fait le même effet, la douleur que l’on&#xA;n&amp;rsquo;appréhende point de souffrir sans quelque grande récompense,&#xA;ou la douleur dont on se sent délivré, produit une aversion de&#xA;joie. Ce sont là les trois passions simples ou primitives qui ont le&#xA;mal pour objet, car la crainte qui produit la tristesse n’est point&#xA;une émotion de l’åme, mais un simple jugement.&#xA;Enfin, si par le mal on entend la personne ou la chose qui nous&#xA;prive du bien ou qui nous fait souffrir de la douleur, l’idée du mal&#xA;produit un mouvement d’amour et d’aversion tout ensemble, ou&#xA;simplement un mouvement d’aversion. L’idée du mal produit un&#xA;mouvement d’amour et d’aversion tout ensemble, lorsque le mal&#xA;est ce qui nous prive du bien, car c’est par un même mouvement&#xA;que l’on tend vers le bien et que l’on s’éloigne de ce qui en&#xA;empêche la possession. Mais cette idée produit seulement un&#xA;mouvement d’aversion, lorsque c’est l’idée d’un mal qui nous&#xA;fait souffrir de la douleur, parce que c’est par un même&#xA;mouvement d’aversion que l’on hait la douleur et celui qui nous&#xA;la fait souffrir.&#xA;Ainsi, il y a trois passions simples ou primitives qui regardent&#xA;le bien, et autant d’autres qui regardent la douleur ou celui qui la&#xA;cause, savoir : la joie, le désir et la tristesse. Car on a de la joie&#xA;lorsque le bien est présent ou que le mal est passé ; on sent de la&#xA;tristesse lorsque le bien est passé et que le mal est présent, et&#xA;l’on est agité de désir lorsque le bien et le mal sont futurs.&#xA;Les passions qui regardent le bien sont des déterminations&#xA;particulières du mouvement que Dieu nous donne pour le bien en&#xA;général. et c’est pour cela que leur objet est réel ; mais les autres&#xA;682&#xA;qui n’ont point Dieu pour cause de leur mouvement n’ont que le&#xA;néant pour leur terme ; je veux dire que ces passions sont plutôt&#xA;des cessations de mouvement que des mouvements réels ; on&#xA;cesse alors de vouloir plutôt qu’on ne veut.&lt;/p&gt;</description>
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      <link>https://www.superphysics.org/research/malebranche/search/book-5/chapter-10/</link>
      <pubDate>Mon, 01 Jan 0001 00:00:00 +0000</pubDate>
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      <description>&lt;p&gt;CHAPITRE X.&#xA;Des passions en particulier, et en général de la manière de les expliquer et de&#xA;reconnaître les erreurs dont elles sont la cause.&#xA;Si l’on considère de quelle manière les passions se&#xA;composent, on reconnaîtra visiblement que leur nombre ne se&#xA;peut déterminer, et qu’il y en a beaucoup plus que nous n’avons&#xA;de termes pour les exprimer. Les passions ne tirent pas seulement&#xA;leurs différences de la différente combinaison des trois&#xA;primitives, car de cette sorte il y en aurait fort peu ; mais leur&#xA;différence se prend encore des différentes perceptions et des&#xA;différents jugements qui les causent ou qui les accompagnent. Ces&#xA;différents jugements que l’âme fait des biens et des maux&#xA;produisent des mouvements différents dans les esprits animaux,&#xA;pour disposer le corps par rapport à l’objet, et ils causent par&#xA;conséquent dans l’âme des sentiments qui ne sont point&#xA;entièrement semblables. Ainsi ils sont cause que l’on remarque&#xA;de la différence entre certaines passions dont les émotions ne&#xA;sont point différentes.&#xA;Cependant l’émotion de l’àme étant la principale chose qui se&#xA;rencontre dans chacune de nos passions, il est beaucoup mieux de&#xA;les rapporter toutes aux trois primitives dans lesquelles ces&#xA;émotions sont fort différentes, que de les traiter confusément et&#xA;sans ordre, par rapport aux différentes perceptions que l’on peut&#xA;683&#xA;avoir d’une infinité de biens et de maux qui les causent.&#xA;Lorsque l&amp;rsquo;âme aperçoit un bien dont elle peut jouir, on peut&#xA;dire peut-être qu’elle l’espère, quoiqu’elle ne le désire pas ;&#xA;mais il est visible qu’alors son espérance n’est point une passion,&#xA;mais un simple jugement. Car c’est l’émotion qui accompagne&#xA;l’idée d’un bien, dont on juge que la jouissance est possible, qui&#xA;fait que l’espérance est une passion véritable. Lorsque&#xA;l’espérance se change en sécurité, c’est encore la même chose ;&#xA;elle n’est passion qu’il cause de l’émotion de joie qui se mèle&#xA;alors avec celle du désir ; car le jugement de l’âme qui considère&#xA;un bien comme ne lui pouvant manquer, n’est une passion qu’à&#xA;cause que l’avant-goût du bien nous agite. Enfin, lorsque&#xA;l’espérance diminue et que le désespoir lui succède, il est encore&#xA;visible que ce désespoir n’est une passion qu’à cause de&#xA;l&amp;rsquo;émotion de la tristesse qui se mêle alors avec celle du désir ;&#xA;car le jugement de l’âme qui considère un bien comme ne lui&#xA;pouvant arriver, n’est point une passion si ce jugement ne nous&#xA;agite.&#xA;Mais, parce que l’âme ne considère jamais de bien ou de mal&#xA;sans quelque émotion et sans qu’il arrive même dans le corps&#xA;quelque changement, on donne souvent le nom de passion au&#xA;jugement qui produit la passion, à cause que l’on confond tout ce&#xA;qui se passe et dans l’âme et dans le corps à la vue de quelque&#xA;bien ou de quelque mal. Car les mots d’espérance, de crainte, de&#xA;hardiesse, de honte, d’impudence, de colère, de pitié, de&#xA;moquerie, de regret, enfin le nom de toutes les autres passions&#xA;sont dans l’usage ordinaire, des expressions abrégées de&#xA;plusieurs termes, par lesquels on peut expliquer en détail tout ce&#xA;que les passions renferment.&#xA;684&#xA;On comprend par le mot de passion la vue du rapport qu’une&#xA;chose a avec nous, l’émotion et le sentiment de l’âme,&#xA;l’ébranlement du cerveau et le mouvement des esprits, une&#xA;nouvelle émotion et un nouveau sentiment de l’âme, et enfin un&#xA;sentiment de douceur qui accompagne toujours les passions et qui&#xA;les rend toutes agréables. On entend toutes ces choses. Mais&#xA;quelquefois on entend seulement par le nom de quelque passion,&#xA;ou le jugement qui la cause, on l’émotion seule de l’âme, ou le&#xA;mouvement seul des esprits et du sang, ou enfin quelque autre&#xA;chose qui accompagne l’émotion de l’âme.&#xA;C&amp;rsquo;est une chose fort utile à la connaissance de la vérité que&#xA;d’abréger les idées et leurs expressions ; mais souvent cela est&#xA;cause de quelque erreur, principalement lorsque ces idées&#xA;s’abrègent par un usage populaire. Car il ne faut jamais alléger&#xA;ses idées que lorsqu’on se les est rendues très-claires et trèsdistinctes par une grande application d’esprit, et non pas comme&#xA;l’on fait ordinairement des passions et de toutes les choses&#xA;sensibles, lorsqu’on se les est rendues familières par des&#xA;sentiments et par l’action seule de imagination qui trompe&#xA;l’esprit.&#xA;Il y a bien de la différence entre les idées pures de l’esprit et&#xA;les sensations ou les émotions de l’âme. Les idées pures de&#xA;l’esprit sont claires et distinctes, mais il est difficile de se les&#xA;rendre familières. Les sensations et les émotions de l’âme sont au&#xA;contraire très-familières, mais il est impossible de les connaître&#xA;clairement et distinctement. Les nombres, l’étendue et leurs&#xA;propriétés se connaissent clairement, mais lorsqu’on ne les a pas&#xA;rendus sensibles par quelques caractères qui les expriment, il est&#xA;difficile de se les représenter, car tout ce qui est abstrait ne&#xA;685&#xA;touche point. Les sensations au contraire et les émotions de l’âme&#xA;se représentent facilement à l’esprit, quoiqu’on ne les connaisse&#xA;que d’une manière fort confuse et fort imparfaite, et tous les&#xA;termes qui les excitent frappent fortement l’âme et la rendent&#xA;attentive. Il arrive de là que l’on s’imagine souvent bien&#xA;comprendre des discours absolument incompréhensibles ; et&#xA;lorsqu’on lit certaines descriptions des sentiments et des&#xA;passions de l’àme, on se persuade qu’on les entend parfaitement,&#xA;parce qu’on en est touché vivement et que tous les mots qui&#xA;frappent les yeux agitent l’âme. Dès que l’on prononce devant&#xA;nous le mot de honte, de désespoir, d’impudence, etc., il se&#xA;réveille aussitôt dans notre esprit une certaine idée confuse et un&#xA;certain sentiment obscur qui nous applique fortement ; et parce&#xA;que ce sentiment nous est fort familier et qu’il se représente à&#xA;nous sans peine et sans effort d’esprit, nous nous persuadons&#xA;qu’il est clair et distinct. Cependant ces mots sont les noms des&#xA;passions composées, et par conséquent des expressions abrégées&#xA;que l’usage populaire a faites de plusieurs idées confuses et&#xA;obscures.&#xA;Comme nous sommes obligés de nous servir des termes&#xA;approuvés par l’usage, on ne doit pas être surpris de trouver de&#xA;l’obscurité et quelquefois une espèce de contradiction dans nos&#xA;paroles. Et si l’on fait réflexion que les sentiments et les&#xA;émotions de l’âme, qui répondent aux termes dont on se sert en de&#xA;semblables discours, ne sont pas tout à fait les mêmes dans tous&#xA;les hommes, à cause de leurs différentes dispositions d’esprit ;&#xA;on ne nous condamnera pas facilement lorsqu’on n’entrera pas&#xA;dans nos opinions. Je ne dis pas tant ceci pour me mettre à&#xA;couvert des objections qu’on me pourrait faire, que pour faire&#xA;bien comprendre la nature des passions et ce qu’on doit penser&#xA;686&#xA;des traités que l’on compose sur cette matière.&#xA;Après toutes ces précautions, je crois pouvoir dire que toutes&#xA;les passions se peuvent rapporter aux trois primitives, savoir : au&#xA;désir, à la joie et à la tristesse, et que c’est principalement par&#xA;les différents jugements que l’âme fait des biens et des maux, que&#xA;celles qui se rapportent à une même passion primitive sont&#xA;différentes entre elles.&#xA;Je puis dire que l’espérance, la crainte et l’irrésolution qui&#xA;tient le milieu entre ces deux, sont des espèces de désirs ; que la&#xA;hardiesse, le courage, l’émulation, etc., ont plus de rapport à&#xA;l’espérance qu’à toutes les autres, et que la peur, la lâcheté, la&#xA;jalousie, etc., sont des espèces de craintes.&#xA;Je puis dire que l’allégresse et la gloire, la faveur et la&#xA;reconnaissance sont des espèces de joies causées par la vue du&#xA;bien que nous connaissons en nous, ou dans ceux auxquels nous&#xA;sommes unis ; comme le ris ou la moquerie est une espèce de joie&#xA;qui s’excite ordinairement en nous á la vue du mal qui arrive à&#xA;ceux desquels nous sommes séparés ; enfin que le dégoût, l’ennui,&#xA;le regret. la piété et l’indignation sont des espèces de tristesses&#xA;causées par la vue de quelque chose qui nous déplaît.&#xA;Mais outre ces passions et plusieurs autres que je ne nomme&#xA;point, qui se rapportent particulièrement à quel qu’une des&#xA;passions primitives, il y en a encore plusieurs autres dont&#xA;l’émotion est presque également composée, ou de celle du désir&#xA;et de la joie, comme l’impudence, la colère et la vengeance ; ou&#xA;de celles du désir et de la tristesse, comme la honte, le regret et&#xA;le dépit ; ou de toutes les trois ensemble, lorsqu’il se trouve des&#xA;motifs de joie et de tristesse joints ensemble. Mais quoique ces&#xA;dernières passions n’aient pas, que je sache, des noms&#xA;687&#xA;particuliers, elles sont cependant des plus communes ; parce&#xA;qu’en cette vie nous ne goûtons presque jamais de bien sans&#xA;quelque mal, et que nous ne souffrons presque jamais de mal sans&#xA;quelque espérance d’en être délivré et de jouir de quelque bien.&#xA;Et quoique la joie soit entièrement contraire à la tristesse, elle la&#xA;souffre néanmoins, et même elle partage avec cette passion la&#xA;capacité que l’àmea de vouloir, lorsque la vue du bien et du mal&#xA;partage la capacité que l’âme a d’apercevoir.&#xA;Toutes les passions sont donc des espèces de désirs, de joies&#xA;et de tristesses. Et la principale différence qui se trouve entre les&#xA;passions de même espèce, se tire des différentes perceptions ou&#xA;des différents jugements qui les causent ou, qui les&#xA;accompagnent. Si bien que pour se rendre savant dans les&#xA;passions, et pour en faire le dénombrement le plus exact qui soit&#xA;possible, il est nécessaire de rechercher les différents jugements&#xA;que l’on peut faire des biens et des maux. Mais comme nous&#xA;recherchons principalement ici les causes de nos erreurs, nous ne&#xA;devons pas tant nous arrêter à examiner les jugements qui&#xA;précèdent et qui causent les passions, que ceux qui les suivent, et&#xA;que l’ùme forme des choses lorsque quelque passion l’agite ; car&#xA;ce sont ces derniers jugements qui sont les plus sujets à l’erreur.&#xA;Les jugements qui précédent et qui causent les passions, sont&#xA;presque toujours faux en quelque chose, car ils sont presque&#xA;toujours appuyés sur les perceptions de l’àme, en tant qu’elle&#xA;considère les objets par rapport à elle, et non point selon ce&#xA;qu’ils sont en eux-mêmes. Mais les jugements, qui suivent les&#xA;passions, sont faux en toutes manières ; car les jugements que&#xA;forment les passions toules seules, sont uniquement appuyés sur&#xA;les perceptions que l’àme a des objets par rapport à elle, ou&#xA;688&#xA;plutôt par rapport à son émotion actuelle.&#xA;Dans les jugements qui précèdent les passions, le vrai et le&#xA;faux sont joints ensemble ; mais lorsque l’âme est agitée, et&#xA;qu’elle juge selon toute l’inspiration de la passion, le vrai se&#xA;dissipe et le faux se conserve, pour servir de principe à d’autant&#xA;plus de fausses conclusions que la passion est plus grande.&#xA;Toutes les passions se justifient : elles représentent sans cesse&#xA;à l’âme l’objet qui l’agite, de la manière la plus propre pour&#xA;conserver et pour augmenter son agitation. Le jugement ou la&#xA;perception qui la cause, se fortifie à proportion que la passion&#xA;s’augmente ; et la passion s’augmente à proportion que le&#xA;jugement qui la produit à son tour se fortifie. Les faux jugements&#xA;et les passions contribuent sans cesse à leur mutuelle&#xA;conservation. De sorte que si le cœur ne cessait point de fournir&#xA;les esprits propres pour entretenir les vestiges du cerveau et&#xA;l&amp;rsquo;épanchement des mêmes esprits, ce qui est nécessaire pour&#xA;conserver le sentiment et l&amp;rsquo;émotion de l’âme qui accompagnent&#xA;les passions, elles augmenteraient sans cesse, et nous ne&#xA;reconnaîtrions jamais nos erreurs. Mais comme toutes nos&#xA;passions dépendent de la fermentation et de la circulation du&#xA;sang, et que le cœur ne peut pas toujours fournir des esprits&#xA;propres pour leur conservation, il est nécessaire qu’elles cessent,&#xA;lorsque les esprits diminuent et que le sang se refroidit.&#xA;Si c’est une chose fort facile que de découvrir les jugements&#xA;ordinaires des passions, ce n’est pas une chose qu’il faille&#xA;négliger. Il y a peu de sujets plus dignes de l’application de ceux&#xA;qui recherchent la vérité, qui tâchent de se délivrer de la&#xA;domination de leur corps, et qui veulent juger de toutes choses&#xA;selon les véritables idées.&#xA;689&#xA;On peut s’instruire sur ce sujet en deux manières : ou par la&#xA;raison toute pure, ou par le sentiment intérieur que l’on a de soimême, lorsqu’on est agité de quelque passion. Par exemple, l’on&#xA;sait par sa propre expérience qu’on est porté à juger&#xA;désavantageusement de ceux que l’on n’aime pas, et à répandre,&#xA;pour ainsi dire, toute la malignité de sa haine pour en couvrir&#xA;l’objet de sa passion. L’on reconnaît aussi par la pure raison, que&#xA;ne pouvant haïr que ce qui est mauvais, il est nécessaire, pour la&#xA;conservation de la haine, que l’esprit se représente son objet par&#xA;le côté le plus mauvais. Car enfin il suffit de supposer que toutes&#xA;les passions se justifient, et qu’elles tournent l’imagination et&#xA;ensuite l’esprit d’une manière propre à conserver leur propre&#xA;émotion, pour conclure directement quels sont les jugements que&#xA;toutes les passions nous font former.&#xA;Ceux qui ont l’imagination forte et vive, qui sont extrêmement&#xA;sensibles, et fort sujets aux mouvements des passions, sïnstruisent&#xA;parfaitement de ces choses par le sentiment qu’ils ont de ce qui&#xA;se passe en eux ; et ils en parlent même d’une manière plus&#xA;agréable, et quelquefois plus instructive, que ceux qui ont plus de&#xA;raison que d’imagination. Car on ne doit pas penser que ceux qui&#xA;découvrent le mieux les ressorts de l’amour-propre, qui pénètrent&#xA;le mieux et qui développent d’une manière plus sensible les&#xA;replis du cœur de l’homme, soient toujours les plus éclairés.&#xA;C’est souvent une marque qu’ils sont plus vifs, plus imaginatifs,&#xA;et quelquefois plus malins et plus corrompus que les autres.&#xA;Mais ceux qui sans consulter leur sentiment intérieur, ne se&#xA;servent que de leur raison pour rechercher la nature des passions,&#xA;et ce qu’elles sont capables de produire, s’ils ne sont pas&#xA;toujours aussi pénétrants que les autres, ils sont toujours plus&#xA;690&#xA;raisonnables et moins sujets à l’erreur ; car ils jugent des choses&#xA;selon ce qu’elles sont en elles-mêmes. Ils voient à peu près ce&#xA;que les passionnés peuvent faire, selon qu’ils les supposent plus&#xA;ou moins émus ; et ik ne jugent pas témérairement des choses que&#xA;les autres feront ou ne feront pas en telles rencontres, par celles&#xA;qu’ils feraient eux-mêmes ; car ils savent bien que tous les&#xA;hommes ne sont pas également sensibles pour les mêmes objets,&#xA;ni également susceptibles des émotions involontaires. Ainsi, ce&#xA;n’est point en consultant les sentiments que les passions excitent&#xA;en nous, mais en consultant la raison, que nous devons parler des&#xA;jugements qui accompagnent les passions ; de peur que nous ne&#xA;nous fassions connaître nous-mêmes, au lieu de faire connaître la&#xA;nature des passions en général.&lt;/p&gt;</description>
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      <link>https://www.superphysics.org/research/malebranche/search/book-5/chapter-11/</link>
      <pubDate>Mon, 01 Jan 0001 00:00:00 +0000</pubDate>
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      <description>&lt;p&gt;CHAPITRE XI.&#xA;Que toutes les passions se justifient, et des jugements qu’elles nous font faire pour leur&#xA;justification.&#xA;Il n’est pas nécessaire de faire de grands raisonnements pour&#xA;démontrer que toutes les passions se justifient ; ce principe est&#xA;assez évident par le sentiment intérieur que nous avons de nous&#xA;mêmes, et par la conduite de ceux que l’on voit agités de quelque&#xA;passion : il suffit de l’exposer afin qu’on y fasse réflexion.&#xA;L’esprit est tellement esclave de l’imagination, qu’il lui obéit&#xA;toujours lorsqu’elle est échauffée. Il n’ose lui répondre&#xA;lorsqu’elle est en fureur, parce qu’elle le maltraite s’il résiste, et&#xA;qu’il se trouve toujours récompensé de quelque plaisir, lorsqu’il&#xA;s’accommode à ses desseins. Ceux mêmes dont l’imagination est&#xA;si déréglée qu’ils pensent être transformés en bêtes, trouvent des&#xA;691&#xA;raisons pour prouver qu’ils doivent vivre comme elles ; qu’ils&#xA;doivent marcher à quatre pattes, se nourrir des herbes de la&#xA;campagne. et imiter toutes les actions qui ne conviennent qu’aux&#xA;bêtes. Ils trouvent du plaisir à vivre selon les impressions de leur&#xA;passion ; ils se sentent intérieurement punis lorsqu’ils y résistent ;&#xA;et c’est assez afin que la raison qui s’accommode et qui sert&#xA;ordinairement au plaisir, raisonne d’une manière propre pour en&#xA;défendre la cause.&#xA;S’il est donc vrai que toutes les passions se justifient, il est&#xA;évident que le désir nous doit porter par lui-même à juger&#xA;avantageusement de son objet, si c’est un désir d’amour ; et&#xA;désavantageusement, si c’est un désir, d’aversion. Le désir&#xA;d’amour est un mouvement de l’âme excité par les esprits, qui la&#xA;disposent à vouloir jouir ou user des choses qui ne sont point en&#xA;sa puissance ; car si nous désirons même la continuation de notre&#xA;jouissance, c’est que I”avenir ne dépend pas de nous. Il est donc&#xA;nécessaire, pour la justification du désir, que l’objet qui le fait&#xA;naître soit jugé bon en lui-même ou par rapport à quelque autre ;&#xA;et il faut penser le contraire du désir qui est une espèce&#xA;d’aversion.&#xA;Il est vrai qu’on ne peut juger qu’une chose soit bonne ou&#xA;mauvaise, s’il n’y a quelque raison pour cela ; mais il n’y a aucun&#xA;objet de nos passions qui ne soit bon en un sens. Si l’on peut dire&#xA;qu’il y en a quelques-uns qui ne renferment rien de bon, et qui par&#xA;conséquent ne puissent être aperçus comme bons par la vue de&#xA;l’esprit ; on ne peut pas dire qu’ils ne puissent être goûtés comme&#xA;bons, puisqu’on suppose qu’ils nous agitent ; et le goût ou le&#xA;sentiment ne suffit que trop pour porter l’âme à juger&#xA;avantageusement d’un objet.&#xA;692&#xA;Si l’on juge si facilement que le feu contient en lui-même la&#xA;chaleur que l’on sent, et le pain la saveur que l’on goûte, à cause&#xA;du sentiment que ces corps excitant en nous, quoique cela soit&#xA;entièrement incompréhensible à l’esprit, puisque l’esprit ne peut&#xA;concevoir que la chaleur et la saveur soient des manières d’être&#xA;d’un corps ; il n’y a point d’objet de nos passions, si vil et si&#xA;méprisable qu’il paraisse, que nous ne jugions bon lorsque nous&#xA;sentons du plaisir dans sa jouissance. Car, comme l’on s’imagine&#xA;que la chaleur sort du feu, à sa présence, on croit aveuglément&#xA;que les objets des passions causent le plaisir que l’on goûte&#xA;lorsqu’on en jouit ; et qu’ainsi ils sont bons, puisqu’ils sont&#xA;capables de nous faire du bien. Il faut dire le même des passions&#xA;qui ont le mal pour objet.&#xA;Mais, comme je viens de dire, il n’y a rien qui ne soit digne&#xA;d’amour ou d’aversion, soit par lui-même, soit par quelque chose&#xA;à laquelle il ait rapport ; et lorsqu’on est agité de quelque&#xA;passion, on a bientôt découvert dans son objet le bien et le mal&#xA;qui la favorise. Ainsi il est très-facile de reconnaître par la&#xA;raison, quels peuvent être les jugements que les passions qui nous&#xA;agitent forment en nous.&#xA;Car, si c’est un désir d’amour qui nous agite, on comprend&#xA;bien qu’il ne manquera pas de se justifier par les jugements&#xA;avantageux qu’il formera sur son objet. On voit aisément que ces&#xA;jugements auront d’autant plus d’étendue, que le désir sera plus&#xA;violent ; et que souvent ils seront entiers et absolus, quoique la&#xA;chose ne paraisse bonne que par un très-petit endroit. On conçoit&#xA;sans peine que ces jugements avantageux s’étendront à toutes les&#xA;choses qui ont, ou qui sembleront avoir quelque liaison avec&#xA;l’objet principal de la passion ; et cela d’autant plus que la&#xA;693&#xA;passion sera plus forte et imagination plus étendue. Mais, si le&#xA;désir est un désir d’aversion, il arrivera tout le contraire, par des&#xA;raisons qu’il est également facile de comprendre. L’expérience&#xA;prouve assez ces choses, et en cela elle s’accommode&#xA;parfaitement avec la raison. Mais rendons ces vérités plus&#xA;sensibles par des exemples.&#xA;Tous les hommes désirent naturellement de savoir, car tout&#xA;esprit est fait pour la vérité ; mais le désir de savoir, tout juste et&#xA;tout raisonnable qu’il est en lui-même, devient souvent un vice&#xA;très-dangereux par les faux jugements qui l’accompagnent. La&#xA;curiosité offre souvent à l’esprit de vains objets de ses&#xA;méditations et de ses veilles : elle attache souvent à ces objets de&#xA;fausses idées de grandeur ; elle les relève par l’éclat trompeur de&#xA;la rareté, et elle les représente si couverts de charmes et&#xA;d’attraits, qu’il est difficile qu’on ne les contemple avec trop de&#xA;plaisir et d’attachement.&#xA;Il n’y a point de bagatelle dont quelques esprits ne s’occupent&#xA;tout entiers, et leur occupation se trouve toujours justifiée par les&#xA;faux jugements que leur vaine curiosité leur fait faire. Ceux par&#xA;exemple qui sont curieux de mots, s’imaginent que c’est dans la&#xA;connaissance de certains termes que consistent toutes les&#xA;sciences. Ils trouvent mille raisons pour se le persuader ; et le&#xA;respect que leur rendent ceux qu’un terme inconnu étourdit, n’est&#xA;pas la plus faible, quoique ce soit la moins raisonnable.&#xA;Il y a certaines gens qui apprennent toute leur vie à parler, et&#xA;qui devraient peut-être se taire toute leur vie ; car il est évident&#xA;qu’en doit se taire lorsqu’on n’a rien de bon à dire ; mais ils&#xA;n’apprennent pas à parler pour se taire. Ils ne savent point assez&#xA;que pour bien parler il faut bien penser ; qu’il faut se rendre&#xA;694&#xA;l’esprit juste, discerner le vrai d’avec le faux, les idées claires&#xA;de celles qui sont obscures, ce qui vient de l’esprit de ce qui part&#xA;de l’imagination. Ils s’imaginent être de beaux et de rares génies,&#xA;à cause qu’ils savent contenter l’oreille par une juste mesure,&#xA;flatter les passions par des figures et des mouvements agréables,&#xA;réjouir l’imagination par des expressions vives et sensibles,&#xA;quoiqu’ils laissent l’esprit vide d’idées, sans lumière et sans&#xA;intelligence.&#xA;Il y a quelque raison apparente de s’appliquer toute sa vie à&#xA;l’étude de sa langue, puisqu’on en fait usage toute sa vie : cela&#xA;est capable de justifier la passion de certains esprits. Mais&#xA;j’avoue qu’il est difficile de justifier par quelque raison&#xA;vraisemblable la passion de ceux qui s’appliquent&#xA;indifféremment à toutes sortes de langues. On peut excuser la&#xA;passion de ceux qui se font une bibliothèque entière de toutes&#xA;sortes de dictionnaires, aussi bien que la curiosité de ceux qui&#xA;veulent avoir des monnaies de tous les pays et de tous les temps.&#xA;Cela peut leur être utile en quelques rencontres ; et si cela ne leur&#xA;fait pas grand bien, du moins cela ne leur fait-il point de mal. Ils&#xA;ont un magasin de curiosités qui ne les embarrasse pas, car ils ne&#xA;portent sur eux ni leurs livres ni leurs médailles. Mais comment&#xA;justifier la passion de ceux qui font de leur tête même une&#xA;bibliothèque de dictionnaires ? Ils perdent le souvenir de leurs&#xA;affaires et de leurs devoirs essentiels pour des mots de nul usage.&#xA;lls ne parlent leur langue qu’en hésitant. Ils mêlent à tous&#xA;moments dans leurs entretiens des termes ou inconnus ou&#xA;barbares, et ils ne paient jamais les honnêtes gens d’une monnaie&#xA;qui ait cours dans le pays. Enfin leur raison n’est pas mieux&#xA;conduite que leur langue ; car tous les recoins et tous les replis&#xA;de leur mémoire sont tellement pleins d’étymologies, que leur&#xA;695&#xA;esprit est comme étouffé par la multitude innombrable de mots&#xA;qui voltigent sans cesse autour de lui.&#xA;Cependant il faut tomber d’accord que le désir bizarre des&#xA;philologues se justifie. Mais comment ? Écoutez les jugements&#xA;que ces faux savants font des langues, et vous le saurez. Ou bien&#xA;supposez de certains axiomes qui passent parmi eux pour&#xA;incontestables, et tirez-en les conséquences qui s’en peuvent&#xA;déduire. Supposez par exemple que les hommes qui parlent&#xA;plusieurs langues, sont autant de fois hommes qu’ils savent de&#xA;langues, puisque c’est la parole qui les distingue des bêtes ; que&#xA;l’ignorance des langues est la cause de l’ignorance où nous&#xA;sommes d’une infinité de choses, puisque Ies anciens philosophes&#xA;et les étrangers sont plus habiles que nous. Supposez de&#xA;semblables principes et concluez, et vous formerez des jugements&#xA;propres in faire naître la passion pour les langues, lesquels, par&#xA;conséquent, seront semblables à ceux que la même passion forme&#xA;dans les philologues pour justifier leurs études.&#xA;Toutes les sciences les plus basses et les plus méprisables ont&#xA;toujours quelque endroit qui brille à l’imagination, et qui éblouit&#xA;facilement l’esprit par l’eelat que la passion y attache. Il est vrai&#xA;que cet éclat diminue, lorsque les esprits et le sang se&#xA;refroidissent, et que la lumière de la vérité commence à paraître ;&#xA;mais cette lumière se dissipe aussi lorsque l’imagination reprend&#xA;feu, et nous ne faisons plus alors qu’entrevoir ces belles raisons&#xA;qui prétendaient condamner notre passion.&#xA;Au reste, lorsque la passion qui nous anime se sent mourir, elle&#xA;ne se repent pas de sa conduite. On peut dire au contraire qu’elle&#xA;dispose toutes choses, ou pour mourir avec honneur, ou pour&#xA;revivre bientôt après ; je veux dire qu’elle dispose toujours&#xA;696&#xA;l’esprit à former des jugements qui la justifient. Elle contracte&#xA;encore en cet état une espèce d’alliance avec toutes les autres&#xA;passions qui peuvent la secourir dans sa faiblesse, la fournir&#xA;d’esprits et de sang dans son intelligence, rallumer ses cendres et&#xA;l’en faire renaître ; car les passions ne sont point indifférentes les&#xA;unes pour les autres. Toutes celles qui se peuvent souffrir&#xA;contribuent fidèlement à leur mutuelle conservation. Ainsi, les&#xA;jugements qui justifient le désir qu’on a pour les langues ou pour&#xA;telle autre chose qu’il vous plaira, sont incessamment sollicités&#xA;et pleinement confirmés par toutes les passions qui ne lui sont&#xA;point contraires.&#xA;Le faux savant se présente à lui-même, tantôt comme environné&#xA;de gens qui l’écoutent avec respect, tantôt comme victorieux de&#xA;ceux qu’il a terrassés par des mots incompréhensibles, et presque&#xA;toujours comme élevé au-dessus du commun des hommes. Il se&#xA;flatte des louanges qu’on lui donne, des établissements qu’on lui&#xA;propose, des recherches qu’on fait de sa personne. Il tient à tous&#xA;les temps, il s’étend à tous les pays ; il ne se borne pas, comme&#xA;les petits esprits, dans le temps présent, et, dans l’enceinte de sa&#xA;ville, il se répand incessamment et son épanchement fait son&#xA;plaisir. Combien donc de passions se mêlent avec celle qu’il a&#xA;pour la fausse érudition, lesquelles travaillent toutes à la justifier,&#xA;et sollicitent chaudement des jugements en sa faveur !&#xA;Si chaque passion n’agissait que pour elle sans se mettre en&#xA;peine des autres, elles se dissiperaient toutes incontinent après&#xA;leur naissance. Elles ne pourraient pas former assez de faux&#xA;jugements pour leur subsistance, ni soutenir long-temps la vue de&#xA;l’imagination contre la lumière de la raison. Mais tout est réglé&#xA;dans nos passions de la manière la plus juste qui se puisse pour&#xA;697&#xA;leur mutuelle conservation. Elles se fortifient les unes les autres,&#xA;les plus éloignées se secourent ; et il suffit qu’elles ne soient pas&#xA;ennemies déclarées, pour suivre entre elles toutes les règles&#xA;d’une société bien ordonnée.&#xA;Si la passion de désir se trouvait seule, tous les jugements&#xA;qu’elle formerait ne pourraient tendre qu’à représenter la&#xA;possession du bien comme possible, car le désir d’amour&#xA;précisément comme tel, n’est produit que par le jugement que&#xA;l’on fait que la jouissance de quelque bien est possible. Ainsi ce&#xA;désir ne pourrait former que des jugements sur la possibilité de&#xA;la jouissance, puisque les jugements qui suivent et qui conservent&#xA;les passions sont entièrement semblables à ceux qui les précèdent&#xA;et qui les produisent. Mais le désir est animé par l’amour ; il est&#xA;fortifié par l’espérance ; il est augmenté par la joie ; il est&#xA;renouvelé par la crainte ; il est accompagné de courage,&#xA;d’émulation, de colère et de plusieurs autres passions qui forment&#xA;à leur tour des jugements dans une variété infinie, lesquels se&#xA;succèdent les uns aux autres et soutiennent ce désir qui les a fait&#xA;naître. Il ne faut donc pas être surpris si le désir pour une pure&#xA;bagatelle, ou pour une chose qui nous est manifestement nuisible&#xA;ou inutile, se justifie sans cesse contre la raison pendant&#xA;plusieurs années ou pendant toute la vie d’un homme qui en est&#xA;agité, puisqu’il y a tant de passions qui travaillent à sa&#xA;justification. Voici en peu de mots comment les passions se&#xA;justifient, car il faut expliquer les choses par des idées distinctes.&#xA;Toute passion agite le sang et les esprits. Les esprits agités&#xA;sont conduits dans le cerveau par la vue sensible de l’objet ou&#xA;par la force de l’imagination, d’une manière propre à former des&#xA;traces profondes qui représentent cet objet. Ils plient et rompent&#xA;698&#xA;même quelquefois par leur cours impétueux les fibres du cerveau,&#xA;et l’imagination en demeure long-temps salie et corrompue ; car&#xA;les plaies du cerveau ne se reprennent pas aisément, ses traces ne&#xA;se ferment pas à cause que les esprits y passent sans cesse. Les&#xA;traces du cerveau n’obéissent point à l’âme, elles ne s’effacent&#xA;pas lorsqu’elle le souhaite, elles lui font au contraire violence et&#xA;l’obligent même à considérer sans cesse les objets d’une manière&#xA;qui l’agite et qui la trouble en faveur des passions. Ainsi les&#xA;passions agissent sur l’imagination, et l’imagination corrompue&#xA;fait effort contre la raison en lui représentant à toute heure les&#xA;choses, non selon ce quelles sont en elles-mêmes afin que l’esprit&#xA;prononce un jugement de vérité, mais selon ce qu’elles sont par&#xA;rapport à la passion présente afin qu’il porte un jugement qui la&#xA;favorise.&#xA;Les passions ne corrompent pas seulement l’imagination et&#xA;l’esprit en leur faveur, elles produisent encore dans le reste du&#xA;corps toutes les dispositions nécessaires à leur conservation. Les&#xA;esprits qu’elles agitent ne s’arrêtent pas dans le cerveau, ils se&#xA;portent, comme j’ai dit ailleurs, vers toutes les autres parties du&#xA;corps. Ils se répandent principalement dans le cœur, dans le foie,&#xA;dans la rate et dans les nerfs qui environnent les principales&#xA;artères. Enfin ils se jettent dans les parties quelles qu’elles&#xA;soient, qui peuvent fournir les esprits nécessaires à la&#xA;conservation de la passion qui domine. Mais lorsque ces esprits&#xA;se répandent ainsi dans toutes les parties du corps, ils y&#xA;détruisent peu à peu tout ce qui peut résister à leurs cours, et ils y&#xA;font un chemin si glissant et si rapide que le plus petit objet nous&#xA;agite infiniment et nous porte par conséquent à former des&#xA;jugements qui favorisent les passions. C’est ainsi qu’elles&#xA;s’établissent et qu’elles se justifient.&#xA;699&#xA;Si l’on considère maintenant quelle peut être la constitution&#xA;des fibres du cerveau, l’agitation et l’abondance des esprits et du&#xA;sang dans les différents sexes et dans les différents âges, il sera&#xA;assez facile de connaître à peu près à quelles passions certaines&#xA;personnes sont plus sujettes, et, par conséquent, quels sont les&#xA;jugements qu’elles forment des objets. Et pour en donner quelque&#xA;exemple, je dis que l’on peut connaître à peu près par&#xA;l’abondanre ou par la disette des esprits que l’on remarque dans&#xA;différentes personnes, qu’une même chose leur étant également&#xA;proposée et également expliquée, plusieurs formeront sur elle des&#xA;jugements d’espérance et de joie, lorsque les autres en formeront&#xA;de crainte et de tristesse.&#xA;Car ceux qui ont abondance de sang et d’esprits comme sont&#xA;ordinairement les jeunes gens, les sanguins et les bilieux,&#xA;concevant aisément de l’espérance à cause du sentiment secret&#xA;qu’ils ont de leur force, ils croiront ne trouver aucune opposition&#xA;à leurs desseins qu’ils ne puissent surmonter ; ils se repaîtront&#xA;d’abord de l’avant-goût du bien dont ils espèrent de jouir ; et ils&#xA;formeront toutes sortes de jugements propres à justifier leur&#xA;espérance et leur joie. Mais les autres qui ont disette d’esprits&#xA;agités, comme les vieillards, les mélancoliques et les&#xA;flegmatiques. étant portés à la crainte et à la tristesse, à cause que&#xA;leur âme se croit faible, parce qu’elle est dénuée d’esprits qui&#xA;exécutent ses ordres ; ils formeront des jugements tout contraires,&#xA;ils s’imagineront des difficultés insurmontables afin de justifier&#xA;leur crainte, et ils s’abandonneront à l’envie, à la tristesse, au&#xA;désespoir, et à certaines espèces d’aversions dont les faibles sont&#xA;les plus susceptibles.&lt;/p&gt;</description>
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      <link>https://www.superphysics.org/research/malebranche/search/book-5/chapter-12/</link>
      <pubDate>Mon, 01 Jan 0001 00:00:00 +0000</pubDate>
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      <description>&lt;p&gt;CHAPITRE XII.&lt;/p&gt;&#xA;&lt;p&gt;Que les passions qui ont le mal pour objet sont les plus dangereuses et les plus injustes,&#xA;et que celles quisont le moins accompagnées de connaissance sont les plus vives et les&#xA;plus sensibles.&#xA;De toutes les passions, celles dont les jugements sont les plus&#xA;éloignés de la raison et les plus à craindre, sont toutes les&#xA;espèces d’aversions, il n’y a point de passions qui corrompent&#xA;davantage la raison en leur faveur, que la haine et que la crainte ;&#xA;la haine dans les bilieux principalement ou dans ceux dont les&#xA;esprits sont dans une agitation continuelle, et la crainte dans les&#xA;mélancoliques ou dans ceux dont les esprits grossiers et solides&#xA;ne s’agitent et ne s’apaisent pas avec facilité. Mais lorsque la&#xA;haine et la crainte conspirent ensemble à corrompre la raison, ce&#xA;qui est fort ordinaire, alors il n’y a point de jugements si injustes&#xA;et si bizarres qu’on ne soit capable de former et de soutenir avec&#xA;une opiniâtreté insurmontable.&#xA;La raison de ceci est que les maux de cette vie touchent plus&#xA;vivement l’âme que les biens. Le sentiment de douleur est plus&#xA;vif que le sentiment du plaisir. Les injures et les opprobres sont&#xA;beaucoup plus sensibles que les louanges et les&#xA;applaudissements ; et si l’on trouve des gens assez indifférents&#xA;pour goûter de certains plaisirs et pour recevoir de certains&#xA;honneurs, il est difficile d’en trouver qui souffrent la douleur et le&#xA;mépris sans inquiétude.&#xA;Ainsi la haine, la crainte et les autres espèces d’aversions qui&#xA;ont le mal pour objet sont des passions très-violentes. Elles&#xA;donnent à l’esprit des secousses imprévues qui l’étourdissent et&#xA;qui le troublent ; elles pénètrent bientôt jusque dans le plus secret&#xA;de l’âme, et renversant la raison de son siège, elles prononcent&#xA;701&#xA;sur toutes sortes de sujets des jugements d’erreur et d’iniquité&#xA;pour favoriser leur folie et leur tyrannie.&#xA;De toutes les passions ce sont les plus cruelles et les plus&#xA;défiantes, les plus contraires à la charité et à la société civile, et&#xA;en même temps les plus ridicules et les plus extravagantes, car&#xA;elles forment des jugements si impertinents et si bizarres, qu’ils&#xA;excitent la risée et l’indignation de tous les hommes.&#xA;Ce sont ces passions qui mettaient dans la bouche des&#xA;pharisiens ces discours extravagants : Que faisons-nous ? Cet&#xA;homme fait plusieurs miracles. Si nous le laissons continuer,&#xA;tout le monde croíra en lui&#xA;[14]&#xA;, les Romains viendront et&#xA;ruineront noire ville et notre nation. Ils tombaient d’accord que&#xA;Jésus-Christ faisait plusieurs miracles. la résurrection de Lazare&#xA;était incontestable. Quel était cependant le jugement de leurs&#xA;passions ? De faire mourir Jésus-Christ et Lazare même qu’il&#xA;avait ressuscité. Mais pour quelle raison faire mourir JésusChrist ? parce que si nous le laissons continuer, tout le monde&#xA;croira en lui, les Romains viendront et ruineront notre ville et&#xA;notre nation. Et pourquoi vouloir donner la mort à Lazare ?&#xA;Parce que plusieurs Juifs se retiraient d’avec eux à cause de&#xA;lui, et croyaient en Jésus&#xA;[15]&#xA;. Jugements cruels et extravagants&#xA;tout ensemble : cruels par la haine et extravagants par la crainte,&#xA;les Romains viendront et ruineront notre ville et notre nation.&#xA;Ce sont ces mêmes passions qui faisaient dire à une assemblée&#xA;composée d’Anne le grand-prêtre, de Caïphe, Jean, Alexandre, et&#xA;de tous ceux qui étaient de la race sacerdotale : Que ferons-nous&#xA;à ces gens-ci ? car ils ont fait un miracle qui est connu de toute&#xA;la ville, nous ne pouvons pas le nier. Mais afin que cela ne se&#xA;répande pas davantage parmi le peuple. menaçons-les de les&#xA;702&#xA;punir s’ils continuent d’enseigner au nom Je Jésus&#xA;[16]&#xA;.&#xA;Tous ces grands hommes prononcent un jugement injuste et&#xA;impertinent tout ensemble, parce que leurs passions les agitent et&#xA;que leur faux zèle les aveugle. Ils n’osent punir les apôtres à&#xA;cause du peuple, et parce que l’homme qui avait été&#xA;miraculeusement guéri avait plus de quarante ans et était présent&#xA;à l’assemblée, mais ils les menacent pour les empêcher&#xA;d’enseigner au nom de Jésus. Ils s’imaginent devoir condamner&#xA;une doctrine à cause qu’ils en ont fait mourir l’auteur. Vous&#xA;voulez, disent-ils aux apôtres, nous charger du sang de cet&#xA;homme&#xA;[17]&#xA;.&#xA;Lorsque le faux zèle se joint à la haine, il la met à couvert des&#xA;reproches de la raison, et il la justifie de telle manière qu’on&#xA;ferait même scrupule de n’en pas suivre les mouvements. Et&#xA;lorsque l’ignorance et la faiblesse accompagnent la crainte, elles&#xA;l’étendent à une infinité de sujets, et elles en fortifient de telle&#xA;sorte les émotions, que le moindre soupçon effarouche et trouble&#xA;la raison.&#xA;Les faux zélés s’imaginent rendre service à Dieu lorsqu’ils&#xA;obéissent à leurs passions. Ils suivent aveuglément les&#xA;inspirations secrètes de leur haine comme des inspirations de la&#xA;vérité intérieure ; et s’arrêtant avec plaisir aux preuves de&#xA;sentiment qui justifient leur excès, ils se confirment dans leurs&#xA;erreurs avec une opiniâtreté insurmontable.&#xA;Pour les ignorants et les esprits faibles, ils se font des sujets&#xA;de crainte imaginaires et ridicules. Ils ressemblent aux enfants&#xA;qui marchent dans les ténèbres sans guide et sans flambeau ; ils&#xA;se figurent des spectres épouvantables, ils se troublent et se&#xA;récrient comme si tout était perdu. La lumière les rassure s’ils&#xA;703&#xA;sont ignorants ; mais si ce sont des esprits faibles, leur&#xA;imagination en demeure toujours blessée. La moindre chose qui a&#xA;quelque rapport à ce qui les a effrayés renouvelle les traces et le&#xA;cours des esprits qui causent le symptôme de leur crainte. Il est&#xA;absolument impossible de les guérir ou de les apaiser pour&#xA;toujours.&#xA;Mais lorsque le faux zèle se rencontre avec la haine et la&#xA;crainte dans un esprit faible, il se produit sans cesse dans cet&#xA;esprit des jugements si injustes et si violents, qu’on ne peut y&#xA;penser sans horreur. Pour changer un esprit possédé de ces&#xA;passions, il faut un plus grand miracle que celui qui convertit&#xA;saint Paul, et sa guérison serait absolument impossible si l’on&#xA;pouvait donner des bornes à la puissance et à la miséricorde de&#xA;Dieu.&#xA;Ceux qui marchent dans l’obscurité se réjouissent à la vue de&#xA;la lumière ; celui-ci ne la peut souffrir. Elle le blesse, car elle&#xA;résiste à sa passion. Sa crainte étant en quelque façon volontaire&#xA;à cause que sa haine la produit, il se plaît d’en être frappé, parce&#xA;qu’on se plaît d’être agité des passions mêmes qui ont le mal&#xA;pour objet loisque le mal est imaginaire, ou plutôt lorsque l’on&#xA;sait, comme dans spectacles, que le mal ne peut nous blesser.&#xA;Les fantômes que se figurent ceux qui marchent dans les&#xA;ténèbres s’évanouissent à la lumière d’un flambeau, mais les&#xA;fantômes de celui-ci ne se dissipent point à la lumière de la&#xA;vérité. Elle ne peut pas facilement percer les ténèbres de son&#xA;esprit, elle ne fait qu’irriter son imagination ; de sorte que,&#xA;comme il s’applique uniquement à l’objet de sa passion, la&#xA;lumière se réfléchit, et il semble que ces fantômes aient un corps&#xA;véritable à cause qu’ils repoussent quelques faibles rayons de la&#xA;704&#xA;lumière qui les frappe.&#xA;Mais quand on supposerait dans ces esprits assez de docilité et&#xA;de réflexion pour écouter et pour comprendre des raisons&#xA;capables de dissiper leurs erreurs, leur imagination étant&#xA;déréglée par la crainte, et leur cœur corrompu par la haine et par&#xA;le faux zèle. ces raisons, toutes solides qu’elles seraient en ellesmêmes ne pourraient arrêter long-temps le mouvement impétueux&#xA;de ces passions violentes, ni empêcher qu’elles ne se&#xA;justifiassent bientôt par des preuves sensibles et convaincantes.&#xA;Car on doit remarquer qu’il y a des passions qui passent et qui&#xA;ne reviennent plus, et qu’il y en a d’autres constantes et qui&#xA;subsistent long-temps. Celles qui ne sont point soutenues par la&#xA;vue de l’esprit et par quelque raison vraisemblable, mais qui sont&#xA;seulement produites et fortifiées par la vue sensible de quelque&#xA;objet et par la fermentation du sang, ne durent pas ; elles meurent&#xA;pour l’ordinaire incontinent après leur naissance. Mais celles qui&#xA;sont accompagnées de la vue de l’esprit sont constantes, car le&#xA;principe qui les produit n’est pas sujet au changement comme le&#xA;sang et les humeurs. De sorte que la haine, la crainte et toutes les&#xA;autres passions qui s’excitent ou qui se conservent en nous par la&#xA;connaissance de l’esprit et non point par la vue sensible de&#xA;quelque mal, doivent subsister long-temps. Ces passions sont&#xA;donc les plus durables, les plus violentes, les plus injustes, mais&#xA;elles ne sont pas les plus vives et les plus sensibles, comme on le&#xA;va faire voir.&#xA;La perception du bien et du mal, laquelle excite les passions,&#xA;se fait en trois manières : par les sens, par imagination et par&#xA;l’esprit. La perception du bien et du mal par les sens, ou le&#xA;sentiment du bien et du mal produit des passions très-promptes et&#xA;705&#xA;très-sensibles. La perception du bien et du mal par la seule&#xA;imagination en excite de bien plus faibles ; et la vue du bien et du&#xA;mal par l’esprit seul n’en produit de véritables, que parce que&#xA;cette vue du bien et du mal par l’esprit est toujours accompagnée&#xA;de quelque mouvement des esprits animaux.&#xA;Les passions ne nous sont données que pour le bien du corps,&#xA;et que pour nous unir par le corps à tous les objets sensibles ; car&#xA;encore que les choses sensibles ne puissent être ni bonnes ni&#xA;mauvaises à l’égard de l’esprit, elles sont toutefois bonnes ou&#xA;mauvaises par rapport au corps auquel l’esprit est uni. Ainsi les&#xA;sens et l’imagination découvrant beaucoup mieux les rapports&#xA;que les objets sensibles ont avec le corps que l’esprit même, ces&#xA;facultés doivent exciter des passions beaucoup plus vives qu’une&#xA;connaissance claire et évidente. Mais parce que nos&#xA;connaissances sont toujours accompagnées de quelque&#xA;mouvement d’esprit, une connaissance claire et évidente d’un&#xA;grand bien et d’un grand mal que les sens ne découvrent pas&#xA;excite toujours quelque passion secrète.&#xA;Cependant toutes nos connaissances claires et évidentes du&#xA;bien et du mal ne sont pas suivies de quelque passion sensible et&#xA;dont on s’aperçoive, de même que toutes nos passions ne sont&#xA;point accompagnées de quelque connaissance de l’esprit. Car si&#xA;l’on pense quelquefois à des biens et à des maux sans se sentir&#xA;ému, on se sent souvent ému de quelque passion sans en connaître&#xA;et même quelquefois sans en sentir la cause. Un homme qui&#xA;respire un bon air se sent ému de joie sans en savoir la cause, il&#xA;ne connait pas le bien qu’il possède, qui produit cette joie ; et&#xA;s’il y a quelque corps invisible qui, se mêlant dans le sang en&#xA;empêche la fermentation, il se trouvera triste, et pourra même&#xA;706&#xA;attribuer la cause de sa tristesse à quelque chose de visible qui&#xA;se présentera devant lui dans le temps de sa passion.&#xA;De toutes les passions, il n’y en a point qui soient plus&#xA;sensibles ni plus promptes, et qui par conséquent soient le moins&#xA;accompagnées de la connaissance de l’esprit, que l’horreur et&#xA;l’antipathie, l’agrément et la sympathie. Un homme sommeillant à&#xA;l’ombre se réveille quelquefois en sursaut si une mouche le pique&#xA;ou si une feuille le chatouille, comme si un serpent le mordait. Le&#xA;sentiment confus de quelque chose aussi terrible que la mort&#xA;même l’effraie, et, sans qu’il y pense, il se trouve agité d’une&#xA;passion très-forte et très-violente qui est une aversion de désir.&#xA;Un homme au contraire dans quelque besoin, découvre par hasard&#xA;quelque petit bien dont la douceur le surprend, il s’attache à cette&#xA;bagatelle comme au plus grand de tous les biens, sans y faire la&#xA;moindre réflexion. Cela arrive aussi dans les mouvements de&#xA;sympathie et d’antipathie. On voit dans une compagnie une&#xA;personne dont l’air et les manières ont de secrètes alliances avec&#xA;la disposition présente de notre corps, sa vue nous touche et nous&#xA;pénètre, nous sommes portés sans réflexion à l’aimer et à lui&#xA;vouloir du bien. C’est le je ne sais quoi qui nous agite, car la&#xA;raison n’y a point de part. Il arrive le contraire à l’égard de ceux&#xA;dont l’air et les manières répandent, pour ainsi dire, le dégoût et&#xA;l’horreur. Ils ont je ne sais quoi de fade qui repousse et qui nous&#xA;effraie ; mais l’esprit n’y connait rien, car il n’y a que les sens&#xA;qui jugent bien de la beauté et de la laideur sensible, lesquelles&#xA;sont l’objet de ces sortes de passions.&lt;/p&gt;</description>
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      <title></title>
      <link>https://www.superphysics.org/research/malebranche/search/book-6/chapter-01/</link>
      <pubDate>Mon, 01 Jan 0001 00:00:00 +0000</pubDate>
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      <description>&lt;p&gt;LIVRE SIXIÈME.&#xA;DE LA MÉTHODE.&#xA;PREMIÈRE PARTIE.&#xA;CHAPITRE PREMIER.&lt;/p&gt;&#xA;&lt;p&gt;Dessein de ce livre, et les deux moyens généraux pour conserver l’évidence dans la&#xA;recherche de la vérité, quiseront le sujet de ce livre.&#xA;On a vu, dans les livres précédents, que de l’homme est&#xA;extrêmement sujet à l’erreur ; que les illusions de ses sens&#xA;[1]&#xA;, les&#xA;visions de son imagination&#xA;[2] et les abstractions de son esprit&#xA;[3]&#xA;le&#xA;trompent à chaque moment ; que les inclinations de sa volonté&#xA;[4]&#xA;et les passions de son cœur&#xA;[5]&#xA;lui cachent presque toujours la&#xA;vérité, et ne la lui laissent paraître que lorsqu’elle est teinte de&#xA;ces fausses couleurs qui flattent la concupiscence. En un mot,&#xA;l’on a reconnu en partie les erreurs de l’esprit et les causes de&#xA;ces erreurs ; il est temps présentement de montrer les chemins qui&#xA;conduisent à la connaissance de la vérité, et de donner à l’esprit&#xA;toute la force et toute l’adresse que l’on pourra pour marcher&#xA;dans ces chemins sans se fatiguer inutilement et sans s’égarer.&lt;/p&gt;</description>
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      <link>https://www.superphysics.org/research/malebranche/search/book-6/chapter-02/</link>
      <pubDate>Mon, 01 Jan 0001 00:00:00 +0000</pubDate>
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      <description>&lt;p&gt;CHAPITRE II.&lt;/p&gt;&#xA;&lt;p&gt;Que attention est nécessaire pour conserver l’évidence dans nos connaissances. Que les&#xA;modifications de l’âme la rendent attentive, mais qu’elles partagent trop la&#xA;capacité qu’elle a d&amp;rsquo;apercevoir.&lt;/p&gt;&#xA;&lt;p&gt;Nous avons montré dès le commencement de cet ouvrage que&#xA;l’entendement ne fait qu’apercevoir, et qu’il n’y a point de&#xA;différence de la part de l’entendement entre les simples&#xA;perceptions, les jugements et les raisonnements, si ce n’est que&#xA;les jugements et les raisonnements sont des perceptions beaucoup&#xA;plus composées que les simples perceptions, parce qu’ils ne&#xA;représentent pas seulement plusieurs choses, mais même les&#xA;rapports que plusieurs choses ont entre elles. Car les simples&#xA;perceptions ne représentent à l’esprit que les choses ; mais les&#xA;jugements représentent à l’esprit les rapports qui sont entre les&#xA;choses, et les raisonnements représentent les rapports qui sont&#xA;entre les rapports des choses, si ce sont des raisonnements&#xA;simples ; mais si ce sont des raisonnements composés, ils&#xA;représentent les rapports des rapports, ou les rapports composés&#xA;qui sont entre les rapports des choses, et ainsi à l’infini. Car, à&#xA;mesure que les rapports se multiplient, les raisonnements qui&#xA;représentent à l’esprit ces rapports deviennent plus composés.&#xA;Néanmoins, les jugements, les raisonnements simples et les&#xA;raisonnements composés ne sont que de pures perceptions de la&#xA;part de l’entendement, parce que l’entendeïnent ne fait&#xA;simplement qu’apercevoir, ainsi qu’on l’a déjà dit dès le&#xA;commencement du premier livre.&lt;/p&gt;</description>
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      <pubDate>Mon, 01 Jan 0001 00:00:00 +0000</pubDate>
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      <description>&lt;p&gt;CHAPITRE III.&lt;/p&gt;&#xA;&lt;p&gt;De l’usage que l’on peut faire des passions et des sens pour conserver l’attentíon de&#xA;l’esprit.&lt;/p&gt;&#xA;&lt;p&gt;Les passions dont il est utile de se servir pour s’exciter à la&#xA;recherche de la vérité sont celles qui donnent la force et le&#xA;courage de surmonter la peine que l’ou trouve à se rendre attentif.&#xA;Il y en a de bonnes et de mauvaises : de bonnes, comme le désir&#xA;de trouver la vérité, d’acquérir assez de lumière pour se&#xA;conduire, de se rendre utile au prochain, et quelques autres&#xA;semblables ; de mauvaises ou dangereuses, comme le désir&#xA;d’acquérir de la réputation, de se faire quelque établissement, de&#xA;s’élever au-dessus de ses semblables, et quelques autres encore&#xA;plus déréglées dont il n’est pas nécessaire de parler.&#xA;Dans le malheureux état ou nous sommes, il arrive souvent que&#xA;les passions les moins raisonnables nous portent plus vivement à&#xA;la recherche de la vérité et nous consolent plus agréablement&#xA;dans les peines que nous y trouvons que les passions les plus&#xA;justes et les plus raisonnables. La vanité, par exemple, nous agite&#xA;beaucoup plus que l’amour de la vérité, et l’on voit tous les jours&#xA;que des personnes s’appliquent continuellement à l’étude&#xA;lorsqu’elles trouvent des gens à qui elles puissent dire ce&#xA;qu’elles ont appris, et qui l’abandonnent entièrement lorsqu’elles&#xA;ne trouvent plus personne qui les écoute. La vue confuse de&#xA;quelque gloire qui les environne lorsqu’elles débitent leurs&#xA;opinions leur soutient le courage dans les études même les plus&#xA;stériles et les plus ennuyeuses. Mais si par hasard ou par la&#xA;nécessité de leurs affaires elles se trouvent éloignées de ce petit&#xA;troupeau qui leur applaudissait, leur ardeur se refroidit aussitôt ; les études même les plus solides n’ont plus d’attrait pour elles :&#xA;le dégoût, l’ennuí, le chagrin les prend, elles quittent tout.&lt;/p&gt;</description>
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      <link>https://www.superphysics.org/research/malebranche/search/book-6/chapter-04/</link>
      <pubDate>Mon, 01 Jan 0001 00:00:00 +0000</pubDate>
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      <description>&lt;p&gt;CHAPITRE IV.&lt;/p&gt;&#xA;&lt;p&gt;De l’usage de l’organisation pour conserver l’attention de l’esprit, et de l’utilité de la&#xA;géométrie.&lt;/p&gt;&#xA;&lt;p&gt;Il faut user de grandes circonspections dans le choix et dans&#xA;l’usage des secours que l’on peut tirer de ses sens et de ses&#xA;passions pour se rendre attentif à la vérité, parce que nos&#xA;passions et nos sens nous touchent trop vivement, et qu’ils&#xA;remplissent de telle sorte la capacité de l’esprit qu’il ne voit&#xA;souvent que ses propres sensations lorsqu’il pense découvrir les&#xA;choses en elles-mêmes. Mais il n’en est pas de même des secours que l’on peut tirer de son imagination : ils rendent l’esprit attentif&#xA;sans en partager inutilement la capacité, et ils aident ainsi&#xA;merveilleusement à apercevoir clairement et distinctement les&#xA;objets, de sorte qu’il est presque toujours avantageux de s’en&#xA;servir. Mais rendons ceci sensible par quelques exemples.&#xA;On sait qu’un corps est mu par deux ou par plusieurs causes&#xA;différentes vers deux ou plusieurs différents côtés ; que ces&#xA;forces les poussent également ou inégalement ; qu’elles&#xA;augmentent ou qu’elles diminuent incessamment, selon une&#xA;proportion connue telle qu’on voudra. Et l’on demande quel est&#xA;le chemin que doit tenir ce corps, l’endroit où il se doit trouver&#xA;dans un tel moment, quelle doit être sa vitesse lorsqu’il est arrivé&#xA;à un tel endroit, et autres choses semblables.&lt;/p&gt;</description>
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      <link>https://www.superphysics.org/research/malebranche/search/book-6/chapter-05/</link>
      <pubDate>Mon, 01 Jan 0001 00:00:00 +0000</pubDate>
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      <description>&lt;p&gt;CHAPITRE V.&lt;/p&gt;&#xA;&lt;p&gt;Des moyens d’augmenter l’étendue et la capacité de l’esprit. Que l’arithmétique et&#xA;l’algèbre y sont absolument nécessaires.&#xA;Il ne faut pas s&amp;rsquo;imaginer d’abord que l’on puisse jamais&#xA;augmenter véritablement la capacité et l’étendue de son esprit.&#xA;L’âme de l’homme est pour ainsi dire une quantité déterminée ou&#xA;une portion de pensée qui a des bornes qu’elle ne peut passer ;&#xA;l’âme ne peut devenir plus grande ni plus étendue qu’elle est ;&#xA;elle ne s’enfle ni ne s’étend pas de même qu’on le croit des&#xA;liqueurs et des métaux ; enfin il me paraît qu’elle n’aperçoit&#xA;jamais davantage en un temps qu’en un autre.&lt;/p&gt;</description>
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      <link>https://www.superphysics.org/research/malebranche/search/book-6b/chapter-01/</link>
      <pubDate>Mon, 01 Jan 0001 00:00:00 +0000</pubDate>
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      <description>&lt;p&gt;DEUXIÈME PARTIE.&#xA;DE LA MÉTHODE&#xA;CHAPITRE PREMIER.&lt;/p&gt;&#xA;&lt;p&gt;Des règles qu’il faut observer dans la recherche de la vérité.&lt;/p&gt;&#xA;&lt;p&gt;Après avoir expliqué les moyens dont il faut se servir pour&#xA;rendre l’esprit plus attentif et plus étendu, qui sont les seuls qui&#xA;peuvent le rendre plus parfait, c’est-à-dire plus éclairé et plus&#xA;pénétrant, il est temps de venir aux règles qu’il est absolument&#xA;nécessaire d’observer dans la résolution de toutes les questions.&#xA;C’est à quoi je m’arrêterai beaucoup, et que je tâcherai de bien&#xA;expliquer par plusieurs exemples, afin d’en faire mieux connaître&#xA;la nécessité, et d’accoutumer l’esprit à les mettre en usage, parce&#xA;que le plus nécessaire et le plus difficile n’est pas de les bien&#xA;savoir, mais de les bien pratiquer.&lt;/p&gt;</description>
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      <link>https://www.superphysics.org/research/malebranche/search/book-6b/chapter-02/</link>
      <pubDate>Mon, 01 Jan 0001 00:00:00 +0000</pubDate>
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      <description>&lt;p&gt;CHAPITRE II.&#xA;De la règle générale qui regarde le sujet de nos études. Que les philosophes de l’école&#xA;ne l’observent point ; ce qui est cause de plusieurs erreur dans la physique.&#xA;La première de ces règles, et celles qui regardent le sujet de nos études, nous apprend que nous ne devons raisonner que sur&#xA;des idées claires. De là on doit tirer cette conséquence que, pour&#xA;étudier par ordre, il faut commencer par les choses les plus&#xA;simples et les plus faciles à comprendre, et s’y arrêter même&#xA;longtemps avant que d’entreprendre la recherche des plus&#xA;composées et des plus difficiles.&lt;/p&gt;</description>
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      <link>https://www.superphysics.org/research/malebranche/search/book-6b/chapter-03/</link>
      <pubDate>Mon, 01 Jan 0001 00:00:00 +0000</pubDate>
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      <description>&lt;p&gt;CHAPITRE III.&lt;/p&gt;&#xA;&lt;p&gt;De l’erreur la plus dangereuse de la philosophie des anciens.&#xA;Non-seulement les philosophes disent ce qu’ils ne conçoivent&#xA;point, lorsqu’ils expliquent les effets de la nature par de certains&#xA;êtres dont ils n&amp;rsquo;ont aucune idée particulière ; ils fournissent même&#xA;un principe dont on peut tirer directement des conséquences trèsfausses et très-dangereuses.&#xA;Car si on suppose, selon leur sentiment, qu’il y a dans les&#xA;corps quelques entités distinguées de la matière ; n’ayant point&#xA;d’idée distincte de ces entités, on peut facilement s’imaginer&#xA;qu’elles sont les véritables ou les principales causes des elîets que l’on voit arriver. C’est même le sentiment commun des&#xA;philosophes ordinaires ; car c’est principalement pour expliquer&#xA;ces effets qu’ils pensent qu&amp;rsquo;il a des formes substantielles, des&#xA;qualités réelles et d’autres semblables entités. Que si l’on vient&#xA;ensuite à considérer attentivement l’idée que l’on a de cause ou&#xA;de puissance d’agir, on ne peut douter que cette idée ne&#xA;représente quelque chose de divin. Car l’idée d’une puissance&#xA;souveraine est l’idée de la souveraine divinité ; et l’idée d’une&#xA;puissance subalterne est l’idée d’une divinité inférieure, mais&#xA;d’une véritable divinité, au moins selon la pensée des païens,&#xA;supposé que ce soit l’idée d’une puissance ou d’une cause&#xA;véritable. On admet donc quelque chose de divin dans tous les&#xA;corps qui nous environnent, lorsqu’on admet des formes, des&#xA;facultés, des qualités, des vertus, ou des êtres réels capables de&#xA;produire certains effets par la force de leur nature ; et l’on entre&#xA;ainsi insensiblement dans le sentiment des païens par le respect&#xA;que l’on a pour leur philosophie. Il est vrai que la foi nous&#xA;redresse ; mais peut-être que l’on peut dire que si le cœur est&#xA;chrétien, le fond de l’esprit est païen.&#xA;De plus, il est difficile de se persuader que l’on ne doive ni&#xA;craindre ni aimer de véritables puissances, des êtres qui peuvent&#xA;agir sur nous, qui peuvent nous punir par quelque douleur ou nous&#xA;récompenser par quelque plaisir. Et comme l’amour et la crainte&#xA;sont la véritable adoration, il est encore difficile de se persuader&#xA;qu’on ne doive pas les adorer. Tout ce qui peut agir sur nous&#xA;comme cause véritable et réelle est nécessairement au-dessus de&#xA;nous, selon saint Augustin et selon la raison ; et selon le même&#xA;saint et la même raison, c’est une loi immuable que les choses&#xA;inférieures servent aux supérieures. C’est pour ces raisons que ce&#xA;grand saint reconnaît que le corps ne peut agir sur l’âme&#xA;[8]&#xA;, et que&#xA;775&#xA;rien ne peut être au-dessus de l’âme que Dieu&#xA;[9]&#xA;.&lt;/p&gt;</description>
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      <title></title>
      <link>https://www.superphysics.org/research/malebranche/search/book-6b/chapter-04/</link>
      <pubDate>Mon, 01 Jan 0001 00:00:00 +0000</pubDate>
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      <description>&lt;p&gt;CHAPITRE IV.&lt;/p&gt;&#xA;&lt;p&gt;Explication de la seconde partie de la règle générale. Que les philosophes ne l’observent&#xA;point, et que M. Descartes l’a fort exactement observée.&#xA;On vient de faire voir dans quelles erreurs on est capable de&#xA;tomber, lorsqu’on raisonne sur les idées fausses et confuses des sens, et sur les idées vagues et indéterminées de la pure logique.&#xA;Par là l’on reconnaît assez que, pour conserver l’évidence dans&#xA;ses perceptions, il est absolument nécessaire d’observer&#xA;exactement la règle que nous venons de prescrire, et d’examiner&#xA;quelles sont les idées claires et distinctes des choses, afin de ne&#xA;raisonner que suivant ces idées.&lt;/p&gt;</description>
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      <title></title>
      <link>https://www.superphysics.org/research/malebranche/search/book-6b/chapter-05/</link>
      <pubDate>Mon, 01 Jan 0001 00:00:00 +0000</pubDate>
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      <description>&lt;p&gt;CHAPITRE V.&lt;/p&gt;&#xA;&lt;p&gt;Explication des principes de la philosophie d’Aristote, où l’on fait voir qu’il n’a jamais&#xA;observé la seconde partie de la règle générale, et où l’on examine ses quatre&#xA;éléments, et ses qualités élémentaires.&lt;/p&gt;</description>
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      <title></title>
      <link>https://www.superphysics.org/research/malebranche/search/book-6b/chapter-06/</link>
      <pubDate>Mon, 01 Jan 0001 00:00:00 +0000</pubDate>
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      <description>&lt;p&gt;CHAPITRE VI.&lt;/p&gt;&#xA;&lt;p&gt;Avis généraux quisont nécessaires pour se conduire par ordre dans la recherche de la&#xA;vérité et dans le choix des sciences.&#xA;Afin qu’on ne dise pas que je ne fais que détruire sans rien&#xA;établir de certain et d’incontestable dans cet ouvrage, il est à&#xA;propos que j’expose ici en peu de mots l’ordre que l’on doit&#xA;garder dans ses études pour ne se point tromper, et que je marque&#xA;même quelques vérités et quelques sciences très-nécessaires&#xA;dans lesquelles il se rencontre une évidence telle qu’on ne peut&#xA;s’empêcher d’y consentir sans souffrir les reproches secrets de&#xA;sa raison. Je n’expliquerai pas ces vérités et ces sciences fort au&#xA;long, c’est une chose déjà faite ; je ne prétends pas faire&#xA;imprimer de nouveau les ouvrages des autres, je me contenterai&#xA;d’y renvoyer. Je montrerai seulement l’ordre qu’on doit tenir&#xA;dans l’étude qu’on en voudra faire pour conserver toujours&#xA;l’évidence dans ses perceptions.&lt;/p&gt;</description>
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      <title></title>
      <link>https://www.superphysics.org/research/malebranche/search/book-6b/chapter-07/</link>
      <pubDate>Mon, 01 Jan 0001 00:00:00 +0000</pubDate>
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      <description>&lt;p&gt;CHAPITRE VII.&lt;/p&gt;&#xA;&lt;p&gt;De l’usage de la première règle, qui regarde les questions particulières.&#xA;Nous nous sommes suffisamment arrêtes à expliquer la règle générale de la méthode, et à faire voir que M. Descartes l’a&#xA;suivie assez exactement dans son système du monde, et&#xA;qu’Aristote et ses sectateurs ne l’ont point du tout observée. Il est&#xA;maintenant à propos de descendre aux règles particulières qui&#xA;sont nécessaires pour résoudre toutes sortes de questions.&#xA;Les questions que l’on peut former sur toute sorte de sujets,&#xA;sont de plusieurs espèces dont il n’est pas facile de faire le&#xA;dénombrement ; mais voici les principales : quelquefois on&#xA;cherche les causes inconnues de quelques effets connus ;&#xA;quelquefois on cherche les effets inconnus par leurs causes&#xA;connues. Le feu brûle et dissipe le bois : on en cherche la cause.&#xA;Le feu consiste dans un très-grand mouvement des parties du&#xA;bois ; on veut savoir quels effets ce mouvement est capable de&#xA;produire, s’il peut durcir la boue, fondre le fer, etc.&lt;/p&gt;</description>
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      <title></title>
      <link>https://www.superphysics.org/research/malebranche/search/book-6b/chapter-08/</link>
      <pubDate>Mon, 01 Jan 0001 00:00:00 +0000</pubDate>
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      <description>&lt;p&gt;CHAPITRE VIII.&lt;/p&gt;&#xA;&lt;p&gt;Application des autres règles å des questions particulières.&#xA;Il y a des questions de deux sortes, de simples et de&#xA;composées. La résolution des premières ne dépend que de la&#xA;seule attention de l’esprit aux idées claires des termes qui les&#xA;expriment. Les autres ne se peuvent résoudre que par&#xA;comparaison à une troisième on à plusieurs autres idées ; on ne&#xA;peut découvrir les rapports inconnus qui sont exprimés par les&#xA;termes de la question, en comparant immédiatement los idées de&#xA;ces termes, car elles ne peuvent se joindre ou se comparer. Il faut&#xA;donc une ou plusieurs idées moyennes afin de faire les&#xA;comparaisons nécessaires pour découvrír ces rapports, et&#xA;observer exactement que ces idées moyennes soient claires et distinctes, à proportion que l’on tâche de découvrir des rapports&#xA;plus exacts et en plus grand nombre.&#xA;Cette règle n’est qu’une suite de la première, et elle est d’une&#xA;égale importance. Car s’il est nécessaire, pour connaître&#xA;exactement les rapports des choses que l’on compare, d’en avoir&#xA;des idées claires et distinctes ; il est nécessaire, par la même&#xA;raison, de bien connaître les idées moyennes par lesquelles on&#xA;prétend faire ces comparaisons, puisqu’il faut connaître&#xA;distinctement le rapport de la mesure avec chacune des choses&#xA;que l’on mesure pour en découvrir les rapports. Voici des&#xA;exemples.&lt;/p&gt;</description>
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      <title></title>
      <link>https://www.superphysics.org/research/malebranche/search/book-6b/chapter-09/</link>
      <pubDate>Mon, 01 Jan 0001 00:00:00 +0000</pubDate>
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      <description>&lt;p&gt;CHAPITRE IX.&lt;/p&gt;&#xA;&lt;p&gt;Dernier exemple pour faire connaître l’utilité de cet ouvrage. L’on recherche dans cet&#xA;892&#xA;exemple la cause physique de la dureté ou de l’union des parties des corps les&#xA;unes avec les autres.&#xA;Les corps sont unis ensemble en trois manières, par la&#xA;continuité, par la contiguïté, et par une troisième manière qui&#xA;n’a point de nom particuler à cause qu’elle arrive rarement, et&#xA;que j’appellerai du terme général d’union.&#xA;Par la continuité, ou par la cause de la continuité, j’entends ce&#xA;je ne sais quoi que je tâche de découvrir, qui fait que les parties&#xA;d’un corps tiennent si fort les unes aux autres qu’il faut faire&#xA;effort pour les séparer, et qu’on les regarde comme ne faisant&#xA;ensemble qu’un tout.&#xA;Par la contiguïté, j’entends ce je ne sais quoi qui me fait juger&#xA;que deux corps se touchent immédiatement, en sorte qu’il n’y ait&#xA;rien entre eux, mais que je ne juge pas étroitement unis, à cause&#xA;que je les puis facilement séparer.&#xA;Par ce troisième terme, union, j’entends encore un je ne sais&#xA;quoi qui fait que deux verres ou deux marbres, dont on a usé et&#xA;poli les surfaces en les frottant l’une sur l’autre, s’attachent de&#xA;telle sorte, qu’encore qu’on les puisse très-facilement séparer en&#xA;les faisant glisser, on a pourtant quelque peine à le faire en un&#xA;autre sens.&#xA;Or ceci n’est pas continuité, puisque ces deux verres ou ces&#xA;deux marbres étant unis de cette manière ne sont point conçus&#xA;comme ne faisant qu’un tout, à cause qu’on les peut séparer en un&#xA;sens avec beaucoup de facilité. Œ n’est pas aussi simplement&#xA;contiguïté, quoique cela en approche fort, parce que ces deux&#xA;parties de verre ou de marbre sont assez étroitement unies et&#xA;même beaucoup plus que les parties des corps mous et liquides,&#xA;893&#xA;comme celles du beurre et de l’eau.&#xA;Ces termes ainsi expliqués, il faut présentement chercher la&#xA;cause qui unit les corps et les différences qui se trouvent entre la&#xA;continuité, la contiguïté et l’union, des corps selon le sens que&#xA;j’ai déterminé. Je vais chercher d’abord la cause de la&#xA;continuité, ou quel est ce je ne sais quoi qui fait que les parties&#xA;d’un corps se tiennent si fort les unes aux autres qu’il faut faire&#xA;effort pour les séparer. et qu’on les regarde comme ne faisant&#xA;ensemble qu’un tout. Peepère que cette cause étant trouvée, il n’y&#xA;aura pas grande difficulté à découvrir le reste.&#xA;Il me semble présentement qu’il est nécessaire que ce je ne&#xA;sais quoi qui lie les parties mêmes les plus petites de ce morceau&#xA;de fer que je tiens entre mes mains, soit quelque chose de bien&#xA;puissant, puisqu’il faut que je fasse un très-grand effort pour en&#xA;rompre une petite partie. Mais ne me trompé-je point ? ne se&#xA;peut-il pas faire que cette difficulté que je trouve à rompre le&#xA;moindre petit morceau de fer vienne de ma faiblesse et non pas&#xA;de la résistance de ce fer : car je me souviens que j’ai fait&#xA;autrefois plus d’effort que je n’en fais maintenant pour rompre un&#xA;morceau de fer pareil à celui que je tiens ; et si je tombais&#xA;malade il pourrait arriver que même avec de très-grands efforts&#xA;je n’en pourrais venir à bout. Je vois bien que je ne dois pas&#xA;juger absolument de la fermeté dont les parties du fer sont jointes&#xA;ensemble par les efforts que je fais a les désunir. Je dois&#xA;seulement juger qu’elles tiennent très-fort les unes aux autres par&#xA;rapport à mon peu de force ; ou qu’elles se tiennent plus fort que&#xA;les parties de ma chair, puisque les sentiments de douleur que&#xA;j’ai en faisant trop d’efforts m’avertissent que je désunirai plutôt&#xA;les parties de mon corps que celles du fer.&#xA;894&#xA;Je reconnais donc que de même que je ne suis point fort ou&#xA;faible absolument, le fer ou les autres corps ne sont point durs ou&#xA;flexiblea absolument, mais seulement par rapport à la cause qui&#xA;agit contre eux ; et que les efforts que je fais ne peuvent me servir&#xA;de règle pour mesurer la grandeur de la force qu’il faut employer&#xA;pour vaincre la résistance et la dureté du fer. Car les règles&#xA;doivent être invariables, et ces efforts varient selon les temps,&#xA;selon l’abondance des esprits animaux et la dureté des chairs,&#xA;puisque je ne puis pas toujours produire les mêmes effets en&#xA;faisant les mêmes efforts.&#xA;Cette réflexion me délivre d’un préjugé que j’avais qui me&#xA;faisait imaginer de forts liens pour unir les parties des corps ;&#xA;lesquels liens ne sont peut-être point ; et j’espère qu’elle ne me&#xA;sera pas inutile dans la suite, car j’ai une pente étrange à juger de&#xA;tout par rapport à moi et à suivre les impressions de mes sens, à&#xA;quoi je prendrai garde avec plus de soin. Mais continuons.&#xA;Après avoir pensé quelque temps et cherché avec quelque&#xA;application la cause de cette étroite union sans avoir pu rien&#xA;découvrir, je me sens porté par ma négligence et par ma nature à&#xA;juger comme plusieurs autres, que c’est la forme des corps qui&#xA;conserve l’union entre leurs parties, ou l’amitié et l’inclination&#xA;qu’elles ont pour leurs semblables, car il n’y a rien de plus&#xA;commode que de se laisser quelquefois séduire et devenir ainsi&#xA;tout d’un coup savant à peu de frais.&#xA;Mais puisque je ne veux rien croire que je ne sache, il ne faut&#xA;pas que je me laisse ainsi abattre par ma propre paresse ni que je&#xA;me rende à de simples lueurs. Quittons donc ces formes et ces&#xA;inclinations dont nous n’avons point d’idées distinctes et&#xA;particulières. mais seulement de confuses et générales que nous&#xA;895&#xA;ne formons ce me semble que par rapport à notre nature, et de&#xA;l’existence même desquelles plusieurs personnes et peut-être des&#xA;nations entières ne conviennent pas.&#xA;Il me semble que je vois la cause de cette étroite union des&#xA;parties qui composent les corps durs sans y admettre autre chose&#xA;que tout ce que tout le monde convient y être, ou tout au moins&#xA;tout ce que le monde conçoit distinctement pouvoir y être. Car&#xA;tout le monde connait distinctement que tous les corps sont&#xA;composés ou peuvent être composés de petites parties. Ainsi il se&#xA;pourra faire qu’il y en aura qui seront crochus et branchus, et&#xA;comme de petits liens capables d’arrêter fortement les autres, ou&#xA;bien qu’elles s’entrelaceront toutes dans leurs branches, de sorte&#xA;qu’on ne pourra pas facilement les désunir.&#xA;J’ai une grande pente à me laisser aller à cette pensée, et&#xA;d’autant plus grande que je vois que les parties visibles des&#xA;corps grossiers s’arrêtent et s’unissent les unes avec les autres de&#xA;cette manière. Mais je ne saurais trop me défier des&#xA;préoccupations et des impressions de mes sens. Il faut donc que&#xA;j’examine encore la chose de plus près, et que je cherche même&#xA;la raison pourquoi les plus petites et les dernières parties solides&#xA;des corps, en un mot les parties mêmes de chacun de ces liens se&#xA;tiennent ensemble, car elles ne peuvent être unies par d’autres&#xA;liens encore plus petits puisque je les suppose solides. Ou bien si&#xA;je dis qu’elles sont unies de cette sorte, on me demandera avec&#xA;raison qui unira ensemble ces autres et ainsi à l’infini.&#xA;De sorte que présentement le nœud de la question est de savoir&#xA;comment les parties de ces petits liens ou de ces parties&#xA;branchues peuvent être aussi étroitement unies ensemble qu’elles&#xA;le sont, A par exemple avec B, que je suppose parties d’un petit&#xA;896&#xA;lien. Ou bien ce&#xA;qui est la même chose, les corps étant d’autant plus durs qu’ils&#xA;sont plus solides et qu’ils ont moins de pores, la question est à&#xA;présent de savoir comment les parties d’une colonne composée&#xA;d’une matière qui n’aurait aucun pore peuvent être fortement&#xA;jointes ensemble et composer un corps très-dur, car on ne peut&#xA;pas dire que les parties de cette colonne se tiennent par de petits&#xA;liens, puisque, étant supposées sans pores, elles n’ont point de&#xA;figure particulière.&#xA;Je me sens encore extrêmement porté à dire que cette colonne&#xA;est dure par sa nature, ou bien que les petits liens dont sont&#xA;composés les corps durs, sont des atomes dont les parties ne se&#xA;peuvent diviser comme étant les parties essentielles et dernières&#xA;des corps, et qui sont essentiellement crochus ou branchus, ou&#xA;d’une figure embarrassante.&#xA;Mais je reconnais franchement que ce n’est point expliquer la&#xA;difficulté et que quittant les préoccupations et les illusions de&#xA;mes sens j’aurais tort de recourir à une forme abstraite et&#xA;d’embrasser un fantôme de logique pour la cause que je cherche ;&#xA;je veux dire que j’aurais tort de concevoir comme quelque chose&#xA;de réel et de distinct, l’idée vague de nature ou d’essence qui&#xA;n’exprime que ce que l’on sait, et de prendre ainsi une forme&#xA;abstraite et universelle comme une cause physique d’un effet trèsréel. Car il y a deux choses desquelles je ne me saurais trop défier. La première est l’impression de mes sens, et l’autre est la&#xA;facilité que j’ai de prendre les natures abstraites et les idées&#xA;générales de logique pour celles qui sont réelles et particulières,&#xA;et je me souviens d’avoir été plusieurs fois séduit par ces deux&#xA;principes d’erreur.&#xA;Car, pour revenir à la difficulté, il ne m’est pas possible de&#xA;concevoir comment ces petits liens seraient indivisibles par leur&#xA;essence et par leur nature, ni par conséquent comment ils seraient&#xA;inflexibles, puisqu’au contraire je les conçois très-divisibles et&#xA;nécessairement divisibles par leur essence et par leur nature. Car&#xA;la partie A est très-certainement une substance aussi bien que B,&#xA;et par conséquent il est clair que A peut exister sans B ou séparé&#xA;de B, puisque les substances peuvent exister les unes sans les&#xA;autrœ. parce que autrement elles ne seraient pas des substances.&#xA;De dire que A ne soit pas une substance, cela ne se peut ; car&#xA;je le puis concevoir sans penser à B, et tout ce qu’on peut&#xA;concevoir seul n’est point un mode, puisqu’il n’y a que les modes&#xA;ou manières d’être qui ne se puissent concevoir seuls ou sans les&#xA;êtres dont ils sont les manières. Donc A n’étant point un mode&#xA;c’est une substance, puisque tout être est nécessairement ou une&#xA;substance ou bien une manière d’être. Car enfin tout ce qui est se&#xA;peut concevoir seul ou ne le peut pas ; il n’y a pas de milieu dans&#xA;les propositions contradictoires, et l’on appelle être ou substance&#xA;ce qui peut être conçu et par conséquent créé seul. La partie A&#xA;peut donc exister sans la partie B, et à plus forte raison elle peut&#xA;exister séparément de B. De sorte que ce lien est divisible en A&#xA;et en B.&#xA;De plus, si ce lien était indivisible ou crochu par sa nature et&#xA;par son essence, il arriverait tout le contraire de ce que nous&#xA;898&#xA;voyons par l’expérience, car on ne pourrait rompre aucun corps.&#xA;Supposons, comme auparavant, qu’on morceau de fer est&#xA;composé d’une infinité de petits liens qui s’entrelacent les uns&#xA;dans les autres, dont A, a, et B, b, en soient deux. Je dis qu’on ne&#xA;pourrait les&#xA;décrocher, et par conséquent qu’on ne pourrait rompre ce fer ; car&#xA;pour le rompre il faudrait plier les liens qui le composent,&#xA;lesquels cependant sont supposés inflexibles par leur essence et&#xA;par leur nature.&#xA;Que si on ne les suppose point inflexibles, mais seulement&#xA;indivisibles par leur nature, la supposition ne servira de rien&#xA;pour résoudre la question ; car alors la difficulté sera de savoir&#xA;d’où vient que ces petits liens n’obéissent pas à l’effort que l’on&#xA;fait pour ployer une barre de fer. Cependant, si l’on ne les&#xA;suppose point inflexibles on ne doit pas les supposer&#xA;indivisibles ; car si les parties de ces liens pouvaient changer de&#xA;situation les unes à l’égard des autres, il est visible qu’elles se&#xA;pourraient séparer, puisqu’il n’y a point de raison pourquoi si&#xA;une partie peut un peu s’éloigner de l’autre elle ne le pourra pas&#xA;tout à fait. Soit donc que l’on suppose ces petits liens inflexibles,&#xA;soit qu’on les suppose indivisibles, on ne peut par ce moyen&#xA;résoudre la question ; car si on ne les suppose qu&amp;rsquo;indivisibles, on doit rompre sans peine un morceau de fer ; et si on les suppose&#xA;inflexibles, il sera impossible de le rompre ; puisque les petits&#xA;liens qui composent le fer étant embarrassés les uns dans les&#xA;autres, il sera impossible de les décrocher. Tâchons donc de&#xA;résoudre la difficulté par des principes clairs et incontestables et&#xA;de trouver la raison pourquoi ce petit lien à ces deux parties, A,&#xA;B, si fort attachées l’une à l’autre.&#xA;Je vois bien qu’il est nécessaire que je divise le sujet de ma&#xA;méditation par parties, aiin que je l’examine plus exactement et&#xA;avec moins de contention d’esprit, puisque je n’ai pu d’abord,&#xA;d’une simple vue et avec toute l’attention dont je suis capable,&#xA;découvrir ce que je cherchais. Et c’est ce que je pouvais faire&#xA;dès le commencement, car quand les sujets que l’on considère&#xA;sont un peu cachés, c’est toujours le meilleur de ne les examiner&#xA;que par parties, et de ne se point fatiguer inutilement sur de&#xA;fausses espérances de rencontrer heureusement.&#xA;Ce que je cherche est la cause de l’étroite union qui se trouve&#xA;entre les petites parties qui composent le petit lien A, B. Or, il&#xA;n’y a que trois choses que je conçoive distinctement pouvoir être&#xA;la cause que je cherche, savoir : les parties mêmes de ce petit&#xA;lien, ou bien la volonté de l’auteur de la nature, ou enfin les&#xA;corps invisibles qui environnent ces petits liens. Je pourrais&#xA;encore apporter pour cause de ces choses la forme des corps, les&#xA;qualités de dureté, ou quelque qualité occulte, la sympathie qui&#xA;serait entre les parties de même genre, etc. Mais parce que je&#xA;n’ai point d’idée distincte de ces belles choses, je ne dois ni ne&#xA;puis y appuyer mes raisonnements ; de sorte que, si je ne trouve&#xA;pas la cause que je cherche dans les choses dont j’ai des idées&#xA;distinctes, je ne me peinerai pas inutilement à la contemplation&#xA;900&#xA;de ces idées vagues et générales de logique, et je cesserai de&#xA;vouloir parler de ce que je n’entends point. Mais examinons la&#xA;première de ces choses qui peuvent être cause que les parties de&#xA;ce petit tien sont si fort attachées, savoir les petites parties dont il&#xA;est composé.&#xA;Quand je ne considère que les parties dont les corps durs sont&#xA;composés, je me sens porté à croire qu’on ne peut imaginer&#xA;aucun ciment qui unísse les parties de ce lien, qu’elles-mêmes&#xA;et leur propre repos ; car de quelle nature pourrait-il être ? Il&#xA;ne sera pas une chose qui subsiste de soi-même ; car toutes ces&#xA;petites parties étant des substances, pour quelle raison&#xA;seraient-elles unies par d’autres substances que par ellesmêmes ? Il ne sera pas aussi une qualité différente du repos,&#xA;parce qu’íl n’y a aucune qualité plus contraire au mouvement&#xA;qui pourrait séparer ces parties que le repos qui est en elles ;&#xA;mais outre les substances et leurs qualités, nous ne connaissons&#xA;point qu’íl y ait d’autres genres de choses&#xA;[28]&#xA;.&#xA;Il est bien vrai que les parties des corps durs demeurent unies,&#xA;tant qu’elles sont en repos les unes auprès des autres ; et que&#xA;lorsqu’elles sont une lois en repos, elles continuent par ellesmêmes d’y demeurer autant qu’il se peut. Mais ce n’est pas ce&#xA;que je cherche, je prends le change. Je ne cherche pas d’où vient&#xA;que les parties des corps durs sont en repos les unes auprès des&#xA;autres : je tâche ici de découvrir d’où vient que les parties de ces&#xA;corps ont force pour demeurer en repos les unes auprès des&#xA;autres, et qu’elles résistent à l’effort que l’on fait pour les remuer&#xA;ou les séparer.&#xA;Je pourrais&#xA;[29] pourtant me répondre que chaque corps a&#xA;véritablement de la force pour continuer de demeurer dans l’état&#xA;901&#xA;où il est, et que cette force est égale pour le mouvement et pour le&#xA;repos ; mais que ce qui fait que les parties des corps durs&#xA;demeurent en repos les unes auprès des autres, et qu’on a de la&#xA;peine à les séparer et à les agiter, c’est qu’on n’emploie pas&#xA;assez de mouvement pour vaincre leur repos&#xA;[30]&#xA;. Cela est&#xA;vraisemblable, mais je cherche la certitude, si elle se peut&#xA;trouver, et non pas la seule vraisemblance. Et comment puis-je&#xA;savoir avec certitude et avec évidence que chaque corps à cette&#xA;force pour demeurer en l’état qu’il est, et que cette force est&#xA;égale pour le mouvement et pour le repos, puisque la matière&#xA;parait au contraire indifférente au mouvement et au repos, et&#xA;absolument sans aucune force ? Venons donc, comme a fait M.&#xA;Descartes, à la volonté du Créateur, laquelle est peut-être la&#xA;force que les corps semblent avoir dans eux-mêmes. C’est la&#xA;seconde chose que nous avons dite auparavant pouvoir conserver&#xA;les parties de ce petit lien dont nous parlions, si fort attachées les&#xA;unes aux autres.&lt;/p&gt;</description>
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      <title></title>
      <link>https://www.superphysics.org/research/malebranche/search/book-6b/conclusion/</link>
      <pubDate>Mon, 01 Jan 0001 00:00:00 +0000</pubDate>
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      <description>&lt;p&gt;CONCLUSION DES TROIS DERNIERS LIVRES.&lt;/p&gt;&#xA;&lt;p&gt;J’ai, ce me semble, assez fait voir, dans le quatrième et&#xA;cinquième livre, que les inclinations naturelles et les passions&#xA;des hommes les tout souvent tomber dans l’erreur, parce quelles&#xA;ne les portent pas tant à examiner les choses avec soin, qu’à en&#xA;juger avec précipitation.&lt;/p&gt;</description>
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      <title></title>
      <link>https://www.superphysics.org/research/malebranche/search/preface/</link>
      <pubDate>Mon, 01 Jan 0001 00:00:00 +0000</pubDate>
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      <description>&lt;p&gt;De la recherche de la vérité&#xA;Nicolas Malebranche&#xA;Charpentier, Paris, 1842&lt;/p&gt;&#xA;&lt;p&gt;Préface&#xA;Livre premier : Des erreurs des sens&#xA;Livre second : De l’imagination&#xA;4&#xA;Livre troisième : De l’entendement ou de l’esprit pur&#xA;Livre quatrième : Des inclinations ou des mouvements&#xA;naturels de l’esprit&#xA;Livre cinquième : Des passions&#xA;Livre sixième : De la méthode&#xA;Éclaircissements sur la recherche de la vérité&lt;/p&gt;</description>
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